
13 avr. 2021 · 21 min
Z408 et Z340 du Zodiac : deux décryptages très différents
Dans cet épisode audio, suivez deux décryptages : les mots probables ouvrent Z408, puis substitution et transposition permettent de lire Z340.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez-vous un instant, on est en Californie, en plein cœur de l'été 69.
Intervenant 2
Une période vraiment assez terrifiante pour la région.
Intervenant 1
Oui, très tendue. Vous ouvrez votre journal avec votre petit café matinal et au beau milieu de la page, en lieu et place des actualités habituelles, vous tombez sur une grille chaotique.
Intervenant 2
Une vraie bouillie visuelle quoi.
Intervenant 1
C'est ça, des dizaines de symboles étranges, des lettres grecques, des formes géométriques. Et tout ça, c'est dessiné par un tueur en série qui promet que la clé de son identité s'y cache.
Intervenant 2
Et avec un chantage glaçant en plus.
Intervenant 1
Exactement. Si la presse refuse de publier ce message, il menace de se virer à nouveau. Donc aujourd'hui, on plonge dans nos sources pour comprendre cette fascinante rencontre entre la rigueur mathématique la plus pure et la psychologie humaine la plus sombre. L'énigme des codes indéchiffrables du tueur du Zodiac.
Intervenant 2
C'est vraiment un terrain de jeu intellectuel et criminel absolument vertigineux.
Intervenant 1
Complètement.
Intervenant 2
Pour bien poser le contexte, on parle d'un tueur qui a terrorisé toute la côte ouest des États-Unis. Il revendiquait pas moins de 37 victimes.
Intervenant 1
37 ouais ! Même si la police, enfin les enquêteurs ne lui en attribuent formellement que 5.
Intervenant 2
C'est ça. Mais l'homme avait une particularité vraiment obsessionnelle. Il éprouvait un besoin compulsif de narguer les autorités.
Intervenant 1
Et la presse du coup ?
Intervenant 2
Voilà, il a expédié 17 lettres à la police et aux rédactions locales. Et parmi cette correspondance macabre, on trouve quatre cryptogrammes.
Intervenant 1
Les fameux
Intervenant 2
codes. L'histoire les a retenus sous des noms assez pragmatiques. Le Z408, le Z340, le Z32 et le Z13.
Intervenant 1
Juste en fonction du nombre de caractères, en fait.
Intervenant 2
Tout bêtement, oui.
Intervenant 1
Bon, décartiquons tout ça. Naturellement, quand les enquêteurs du FBI et la police de San Francisco reçoivent ce matériel, ils attaquent tout de suite le pavé le plus imposant.
Intervenant 2
Le Z408, oui.
Intervenant 1
La cible logique.
Intervenant 2
C'était divisé en trois blocs, c'est bien ça, envoyés à trois journaux différents.
Intervenant 1
Exactement. Et une fois assemblées, ça formait une énorme grille de 24 lignes par 17 colonnes. Donc logiquement, on se dit, enfin en cryptographie de base, que plus on a de textes chiffrés sous les yeux, plus on a de données pour déceler des répétitions.
Intervenant 2
C'est la règle d'or.
Intervenant 1
Et donc, plus le code est facile à casser. Mais concrètement, face à un tel mur de symboles, on commence par quoi ?
Intervenant 2
La toute première arme du cryptanalyste, c'est l'analyse fréquentielle.
Intervenant 1
L'analyse fréquentielle, d'accord.
Intervenant 2
Dans n'importe quelle langue, vous voyez, certaines lettres reviennent beaucoup plus souvent que d'autres. En anglais, la lettre E représente à peu près 13% d'un texte normal.
Intervenant 1
Oui, c'est la lettre la plus courante.
Intervenant 2
Voilà. Le T, c'est environ 9% et ainsi de suite. Donc, si le tueur s'était contenté de remplacer chaque lettre par un symbole unique... Ce
Intervenant 1
qu'on appelle une substitution mono-alphabétique.
Intervenant 2
C'est ça. Comme le classique code de César. Eh bien, le travail aurait pris quoi ? 10 minutes ?
Intervenant 1
Genre, on compte juste les symboles et le gagnant, c'est le E.
Intervenant 2
Exactement. Celui qui apparaît le plus souvent, boum, c'est le E.
Intervenant 1
Sauf que là, en observant les données du Z408, j'imagine que les statistiques de base ne collaient pas du tout avec la langue anglaise, si ?
Intervenant 2
Pas le moins du monde. L'alphabet anglais comporte 26 lettres, on est d'accord. Oui. Mais quand on se met à compter les symboles différents dans la grille, on en trouve une cinquantaine.
Intervenant 1
Ah ouais, 50 symboles pour 26 lettres ?
Intervenant 2
Mathématiquement, c'est juste impossible que ce soit une simple substitution d'une lettre pour un symbole. Du coup, la conclusion s'impose très vite aux experts de l'époque. Le Zodiac a utilisé un chiffre homophonique.
Intervenant 1
Un chiffre homophonique ? Attendez, pour être sûre de bien visualiser le concept, c'est un peu comme si j'avais, disons, cinq clés d'apparence complètement différentes sur mon trousseau.
Intervenant 2
Ouais, c'est une bonne image.
Intervenant 1
Elles ont des crans différents, des têtes différentes, mais si je les insère dans ma serrure, elles ouvrent toute ma porte d'entrée.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
L'idée, c'est juste de brouiller les pistes de la personne qui m'observerait en pensant que j'ai cinq portes différentes dedans.
Intervenant 2
C'est exactement l'idée mécanique de base, oui. Et pour prolonger votre image, imaginez que le serrurier, donc notre tueur, a sciemment fabriqué beaucoup plus de clés différentes uniquement pour la lettre E.
Intervenant 1
Parce qu'il sait que c'est celle qu'on va chercher en premier.
Intervenant 2
Voilà, parce qu'il sait que vous l'utilisez tout le temps. Il attribue, disons, sept symboles géométriques différents au seul E, quatre symboles différents au A, et ainsi de suite.
Intervenant 1
Ah, malin. Et en faisant ça, les statistiques s'écraisent ?
Intervenant 2
Complètement artificiellement, oui. La fréquence d'apparition devient presque plate. Plus aucun symbole isolé ne crie « Eh, regardez, je suis le E ». Et ça remonte à très loin. Marie Stuart, la reine d'Écosse, l'utilisait déjà au XVIe siècle pour protéger ses correspondances des espions anglais.
Intervenant 1
Oh waouh ! Donc on se retrouve au XXème siècle, face à un tueur californien qui maîtrise les parades cryptographiques de la Renaissance. Nos statistiques de base servent plus à rien. Le FBI a bien dû mettre ses supercalculateurs sur le coup pour forcer ça, non ?
Intervenant 2
Et c'est là qu'intervient la première grande ironie de ce dossier.
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