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15 avr. 2025 · 17 min

Elizebeth Friedman : la cryptanalyste révélée en 2008

Cet épisode audio suit ses décryptages, de Shakespeare aux réseaux criminels et nazis, jusqu’aux archives qui révèlent son rôle en 2008.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravi d'ouvrir cette nouvelle plongée aujourd'hui. On va explorer un article de la médiatrice scientifique Noëlle Krechtmann. Et franchement, c'est une histoire de dengue.

  2. Intervenant 2

    Ah, ça, c'est clair. C'est fascinant de bout en bout.

  3. Intervenant 1

    Il faut s'imaginer le tableau. On est en 1933. Les parrains de la pègre les plus redoutables de la prohibition américaine entrent dans un tribunal fédéral avec une arrogance folle.

  4. Intervenant 2

    Ils sont complètement détendus, quoi.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, souriants, en costume. Ils ont payé les avocats les plus chers du pays. Et surtout, leur empire criminel est coordonné par un réseau de codes radio tellement complexe que même les militaires américains n'arrivent pas à le lire. Du coup, ils se croient absolument intouchables.

  6. Intervenant 2

    Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que le témoin clé du gouvernement, la personne qui va les envoyer en prison, c'est pas un détective en durcine ni un agent fédéral surarmé.

  7. Intervenant 1

    Ben non.

  8. Intervenant 2

    C'est une mère au foyer d'une trentaine d'années, armée d'un simple morceau de craie.

  9. Intervenant 1

    C'est une scène fondatrice. Et ce qui rend cette histoire si captivante pour l'audience, c'est qu'elle illustre une sorte de bataille intellectuelle éternelle, tu vois.

  10. Intervenant 2

    Totalement. On a souvent tendance à voir la cryptanalyse comme une forteresse technologique, genre une magie obscure réservée aux supercalculateurs d'aujourd'hui.

  11. Intervenant 1

    Ouais, des lignes de code vert fluo sur des écrans noirs.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Mais l'histoire d'Elizabeth Smith Friedman, elle nous prouve que tout système de chiffrement, aussi mécanique soit-il, possède en fait une faille fatale. Il est manipulé par des humains. Et le comportement humain, lui, il est prévisible.

  13. Intervenant 1

    C'est exactement le fil rouge de notre exploration d'aujourd'hui. Comment cette prévisibilité humaine permet de briser le chaos mathématique. Et le parcours d'Elize commence d'une manière qui défie un peu toute logique. Elle est née en 1892 dans une grande famille de l'Indiana et elle veut faire des études supérieures de littérature anglaise et de grec ancien.

  14. Intervenant 2

    Sauf que son père refuse catégoriquement.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, il lâche pas l'affaire. Pour lui arracher son accord, elle doit carrément négocier un prêt avec lui. Il accepte de financer ses études à une condition d'une froideur absolue. Elle devra lui rembourser chaque centime avec un taux d'intérêt de 6%.

  16. Intervenant 2

    Et ce détail, c'est pas juste une petite anecdote en passant, c'est vraiment la clé de son caractère. Accepter une dette à 6% auprès de son propre père, ça montre une détermination en acier

  17. Intervenant 1

    trempé.

  18. Intervenant 2

    Et surtout, c'est cette immersion obsessionnelle dans la structure des langues anciennes, la grammaire, la syntaxe, qui va forger son architecture mentale. Sans le savoir, elle s'entraîne déjà à repérer des motifs invisibles dans le langage.

  19. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Comment on passe de l'étude d'Homer et de Shakespeare au cassage de codes secrets ?

  20. Intervenant 2

    Eh bien, tout bascule dans une bibliothèque de Chicago.

  21. Intervenant 1

    Oui, elle examine une édition originale de Shakespeare et là, elle attire l'attention d'un millionnaire très excentrique, un certain George Fabian. Il l'embauche direct sur son domaine de riverbank en Californie. C'est un centre de recherche privé totalement surréaliste.

  22. Intervenant 2

    Et sa mission, c'est de prouver une théorie du complot. Fabian est persuadé que Francis Bacon est le véritable auteur des pièces de Shakespeare et qu'il y a caché des messages codés.

  23. Intervenant 1

    Ce qui est fou quand on y pense.

  24. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est la rigueur qu'elle va devoir déployer face à un truc complètement absurde. Francis Bacon avait effectivement inventé en 1605 ce qu'on appelle un chiffre bilitaire. C'est une méthode assez brillante.

  25. Intervenant 1

    Un chiffre bilitaire. Il faut peut-être préciser ce que c'est pour ceux qui n'ont pas l'habitude de manipuler des codes.

  26. Intervenant 2

    Bien sûr, imaginez un texte écrit en utilisant deux polices de caractères très, très légèrement différentes. On va dire la police A et la police B. Bacon avait compris qu'en groupant ses lettres par blocs de cinq, il pouvait créer un alphabet caché.

  27. Intervenant 1

    D'accord. Un bloc de 5 lettres.

  28. Intervenant 2

    C'est ça. Par exemple, 5 lettres de la police A, donc AAAA, ça signifie la lettre A du message secret. AAAAB, ça signifie la lettre B. AAABA, la lettre C. Et ainsi de suite.

  29. Intervenant 1

    Attends, attends, mais c'est littéralement un code binaire sur 5 bits. Un système binaire inventé au XVIIe siècle pour encouder de l'information.

  30. Intervenant 2

    Exactement. C'est l'ancêtre direct de notre code informatique moderne. Fabien était convaincu que Bacon avait utilisé cette méthode typographique binaire dans les premières éditions de Shakespeare. La tâche d'Elizabeth, c'était donc d'analyser chaque lettre à la loupe pour repérer d'infimes variations d'encre.

  31. Intervenant 1

    L'enfer absolu.

  32. Intervenant 2

    Oh oui. Pour séparer les lettres de type A et B et extraire le prétendu message caché.

  33. Intervenant 1

    Un travail titanesque et surtout complètement vain puisqu'il n'y avait pas de message en fait.

  34. Intervenant 2

    Non, aucun message. Mais la méthode scientifique qu'elle a développée, elle, était bien réelle. Pour l'aider, on lui a associé un autre scientifique du domaine, le généticien William Friedman. Lui, il utilise ses compétences en photographie pour agrandir les textes.

  35. Intervenant 1

    Et ensemble, ils prouvent mathématiquement, par l'analyse statistique, que ces différences typographiques sont juste dues à l'usure aléatoire des presses d'imprimerie.

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