
9 avr. 2025 · 12 min
Martin Gardner, auteur sceptique : les attaques qui font vendre
Cet épisode suit le livre de son échec commercial à sa réédition, puis aux attaques radiophoniques qui ont fait bondir ses ventes.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un vrai bonheur de démarrer cette discussion aujourd'hui avec une énergie, je dirais même une impatience particulière.
Intervenant 2
Salut Evelyne. Oui, on a vraiment un sujet en or pour cette analyse en profondeur.
Intervenant 1
Exactement. On va décortiquer un document source absolument passionnant. Il s'agit d'un article de Normand Bayer-Jean qui s'intitule « Vers le scepticisme moderne ».
Intervenant 2
Un texte incontournable.
Intervenant 1
Et la mission de notre exploration d'aujourd'hui, c'est de découvrir comment un homme, Martin Gardner, a littéralement forgé au XXème siècle l'outil intellectuel ultime. La méthode parfaite pour déjouer les fausses informations et la pseudoscience.
Intervenant 2
Et tout ça avec une rigueur digne des mathématiques les plus pures, c'est ça qui est beau.
Intervenant 1
Totalement. Je promets à tous les auditeurs un voyage rempli de rebondissements. On va partir d'un échec éditorial cuisant pour aller carrément jusqu'aux frontières de la matrice et de la réalité elle-même avec le concept de solipsisme.
Intervenant 2
Accrochez vos ceintures comme on dit. Parce que avant d'aborder la grande philosophie ou les axiomes logiques, il faut bien comprendre que ce mouvement rationnel, il est né d'un événement totalement irrationnel.
Intervenant 1
Mais oui, c'est fou. Tout a commencé par un flop, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
Un flop monumental, ouais. On est en 1950 et Gardner publie un article, The Hermit Scientist. Il avait passé genre des mois entiers à la bibliothèque publique de New York pour décortiquer les travaux des soi-disant savants, ce qu'il appelait les scientifiques déjantés.
Intervenant 1
Les fameux cranks en anglais.
Intervenant 2
Voilà. Et donc cet article devient un vrai livre relié chez l'éditeur POTNAM en 1952. Il s'appelle « In the name of science ». Et là, c'est le désastre complet.
Intervenant 1
C'est l'indifférence totale. Personne n'en veut.
Intervenant 2
Personne. L'éditeur abandonne complètement le projet. Mais coup de théâtre, un autre éditeur, Eward Sirker de chez Dover, décide de racheter le manuscrit.
Intervenant 1
Ah, le sauveur !
Intervenant 2
Ouais, il le publie en livre de poche sous un nouveau titre « Fads and fallacies in the name of science », un titre qui sera traduit plus tard en français par « les magiciens démasqués ».
Intervenant 1
D'accord. Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que les ventes vont soudainement exploser, mais pas du tout à cause d'une promo géniale ou d'une critique élogieuse.
Intervenant 2
Ah bah non, pas du tout.
Intervenant 1
Les ventes explosent grâce aux attaques féroces dans le livre fait l'objet à la radio, plus précisément dans une émission nocturne animée par un certain Long John Nebel.
Intervenant 2
Ouais, un animateur qui donnait justement la parole à tous les charlatans et promoteurs de pseudo-sciences de l'époque.
Intervenant 1
C'est l'équivalent des années 50 de se faire canceller en direct à la radio en fait. Ça crée un effet Streisand avant l'heure et bam, l'échec se transforme en best-seller.
Intervenant 2
Ce qui est absolument fascinant ici, c'est que Gardner a su identifier des tendances qui exploitent les failles psychologiques humaines. Et c'est pour ça que son travail est totalement intemporel.
Intervenant 1
C'est vrai, l'article souligne que près des deux tiers du livre restent d'une actualité troublante aujourd'hui. On y parle de la théorie de la Terre plate, des charlatanismes médicaux ou encore de l'énergie orgone.
Intervenant 2
Sans oublier la Dianétique de L. Renubar, juste avant que ça ne devienne la Scientologie. Gardner décortiquait déjà tout ça, en montrant les invariants chez ces scientifiques déjantés.
Intervenant 1
C'est-à-dire ? Ils ont des points communs précis ?
Intervenant 2
Totalement. Ils travaillent seuls, ils inventent un jargon incompréhensible, ils refusent la critique par les pairs et surtout, ils se posent toujours en victime d'un complot de la science officielle.
Intervenant 1
D'accord. Prenons un instant pour démêler tout ça. Le succès radiophonique, le buzz, c'est super. Mais comment Gardner réussit-il à transformer cette simple observation sociologique en une méthode scientifique rigoureuse ?
Intervenant 2
C'est là que son parcours personnel entre en jeu.
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