
24 août 2021 · 14 min
Poincaré et les probabilités : l’enquête sur un apport oublié
Cet épisode suit ses questions sur le hasard, ses exemples et ses paradoxes pour éclairer la contribution méconnue de Poincaré aux probabilités.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravi de vous retrouver pour lancer cette nouvelle exploration aujourd'hui avec une énergie totalement débordante, je dois dire. Un grand salut chaleureux à tous nos auditeurs. On est ravis de vous embarquer dans cette nouvelle aventure intellectuelle. Aujourd'hui, on va parler d'un véritable monstre sacré. Henri Poincaré.
Intervenant 2
Ouais, un monstre sacré, c'est carrément le mot. C'est une figure absolument fondatrice des mathématiques et de la physique.
Intervenant 1
Fondatrice, exactement. Et en général, quand on parle de Poincaré, on pense tout de suite à ses succès habituels, ses découvertes monumentales en topologie ou la façon dont il a décrit la mécanique céleste. Mais aujourd'hui, surprise, on ne va pas du tout parler de ça.
Intervenant 2
Ah ben non, on va prendre un chemin un peu plus tortueux, on va dire.
Intervenant 1
Carrément tortueux. On va s'attaquer à son rapport très ambigu et même parfois complètement inconfortable avec le calcul des probabilités. Notre mission, là, c'est de plonger au cœur de deux de ses œuvres majeures. Son calcul des probabilités, publié en 1896, et bien sûr le fameux chapitre 11 de La science et l'hypothèse, qui date de 1902. L'objectif, c'est de comprendre comment ce génie absolu a abordé la notion de hasard. Bon, on va décortiquer tout ça.
Intervenant 3
Et c'est important de poser calmement le décor avant de commencer. Pour nos auditeurs, il faut bien réaliser qu'à l'époque de Poincaré, la théorie des probabilités, ce n'est pas du tout la forteresse axiomatique parfaite qu'on connaît aujourd'hui.
Intervenant 1
C'était un peu instable, quoi.
Intervenant 3
Complètement instable. Poincaré n'est pas du tout considéré comme le créateur de la théorie des probabilités. Pour avoir de vraies fondations solides, il faudra attendre l'axiomatisation par le Russe Andrei Kolmogorov.
Intervenant 1
Et ça, c'est dans les années 30, non ?
Intervenant 3
En 1933, oui, très exactement. Donc, quand Poincaré écrit, il avance sur un terrain mouvant. Mais son mérite absolu, c'est d'avoir eu la lucidité de poser les questions les plus épineuses, celles que tout le monde évitait.
Intervenant 1
Et d'ailleurs, avant même de se lancer dans des calculs prodigieux, il y a une première question très épineuse qui s'impose, la base de la base, c'est définir ce qu'est une probabilité.
Intervenant 3
Ouais, et c'est là qu'on se heurte à un vrai mur philosophique.
Intervenant 1
C'est le premier grand rebondissement de notre discussion. Poincaré donne une définition dans son ouvrage de 1896. Il dit que la probabilité, c'est le rapport du nombre de cas favorables sur le nombre de cas possibles. Jusque-là, on est d'accord, tout va bien, c'est très intuitif.
Intervenant 3
Oui, c'est la fraction classique qu'on apprend à l'école.
Intervenant 1
Sauf que, il ajoute une petite phrase à la fin. Il dit, je cite de mémoire, « pourvu que ces cas soient également probables ».
Intervenant 3
Et c'est là que le piège se referme. Ce qui est fascinant
Intervenant 2
ici, c'est l'ironie vertigineuse de la situation. On est littéralement en train d'utiliser le mot « probable » pour définir le concept de probabilité.
Intervenant 1
Attends, c'est comme définir un chien en disant que c'est un animal qui ressemble à un chien. Ça tourne complètement rond.
Intervenant 2
C'est une tautologie absolue, ouais. Une définition totalement circulaire. Et le plus fou, c'est que Poincaré en avait parfaitement conscience. Il savait que ça bloquait.
Intervenant 1
Mais comment un esprit aussi brillant a pu se contenter d'une pirouette logique aussi flagrante pour fonder une science entière ?
Intervenant 2
Eh bien, parce qu'il n'avait pas vraiment le choix. Pour s'en sortir, il a dû faire une distinction cruciale entre deux choses. D'un côté, il place la probabilité subjective. C'est d'un jugement a priori. Par exemple, tu as une pièce de monnaie entre les mains. Ton esprit déduit de sa forme symétrique qu'elle a une chance sur deux de tomber sur pile. C'est une croyance intellectuelle.
Intervenant 1
D'accord, donc ça, c'est la probabilité qu'on devine avant de jouer.
Intervenant 2
Exactement. Et de l'autre côté, il définit la probabilité objective. Ça, c'est la probabilité vérifiée a posteriori par l'expérience physique. Si tu lances la pièce des milliers de fois et qu'elle tombe sur pile deux fois sur trois, l'expérience te montre que la pièce est truquée.
Intervenant 1
Et là, la réalité objective corrige notre hypothèse de départ.
Intervenant 2
Proche totale. Si on ne peut pas définir mathématiquement le point de départ, comment la science peut-elle avancer ?
Intervenant 1
C'est une excellente question. On fait comment ?
Intervenant 2
Eh bien, on va classifier ce qu'on ne sait pas. On glisse de la sémantique vers l'épistémologie. Et Poincaré va conceptualiser les trois degrés de l'ignorance. C'est vraiment génial.
Intervenant 1
Ah oui, l'échelle de l'ignorance ? Vas-y, détaille-nous ça.
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