
6 nov. 2020 · 22 min
Spirale de chiffres : le motif qui revient à l’infini
Dans cet épisode, suivez la construction case par case, puis découvrez comment les chiffres impairs révèlent une spirale qui reproduit ses propres motifs.
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à tous, très heureux d'être
Intervenant 1
là. Je suis ravie qu'on aborde ce sujet aujourd'hui. Parce qu'on entend souvent dire que les mathématiques, c'est le langage abstrait de l'univers, tu vois ?
Intervenant 2
Ouais, c'est l'image classique, un truc très froid, très théorique.
Intervenant 1
Voilà, exactement. Mais et si ce langage prenait soudainement vie ? Genre pour dessiner son propre portrait là, juste sous nos yeux ?
Intervenant 2
C'est une image assez folle, ouais.
Intervenant 1
N'est-ce pas ? Il faut vraiment s'imaginer, pour ceux qui nous écoutent, une suite de nombres qui agirait un peu comme un code génétique autonome. Une séquence qui serait capable d'imprimer sa propre forme physique sur une feuille de papier.
Intervenant 2
Et de s'autodessiner ?
Intervenant 1
Oui, de s'autodessiner. Et ce, à l'infini. C'est le point de départ complètement vertigineux de l'exploration d'aujourd'hui.
Intervenant 2
Un très beau programme.
Intervenant 1
On va décortiquer ensemble un article captivant qui s'intitule Une spirale de chiffres. Et le but de notre discussion, ça va être de décrypter une construction arithmético-graphique qui, honnêtement, repousse un peu les limites de la logique.
Intervenant 2
C'est clair. Et en fait, cette prémisse soulève immédiatement une réflexion fondamentale, je trouve. On a tous l'habitude de concevoir les nombres comme des concepts purement immatériels. Ben oui, un chiffre, ça
Intervenant 1
flotte dans l'air.
Intervenant 2
Exactement. Le chiffre 7 ou le nombre 42, ça n'a pas de masse, ça n'a pas de couleur, ça n'a pas de forme physique inhérente, en dehors du petit symbole qu'on utilise pour les représenter sur un tableau.
Intervenant 1
Tout à fait.
Intervenant 2
Et pourtant, la structure que nous allons aborder aujourd'hui démontre comment une simple règle d'écriture, une vulgaire convention typographique même, peut forcer une abstraction mathématique à devenir une vraie architecture.
Intervenant 1
Une architecture visible et palpable. C'est fou.
Intervenant 2
Ouais. Cette plongée au cœur des nombres, ça promet vraiment de brouiller définitivement la frontière entre la théorie géométrique et l'arithmétique pure.
Intervenant 1
C'est ce qui rend ce sujet si passionnant. Moi, j'ai l'impression d'être un peu à mi-chemin entre la magie et la programmation informatique en lisant ça.
Intervenant 2
Il y a de ça, oui. Un côté code source.
Intervenant 1
Grave. Mais bon, on ne peut pas admirer un château sans d'abord examiner les briques qu'il compose. Du coup, quelle est la matière première de cette construction hors du commun ? De quoi on part exactement ?
Intervenant 2
Alors, la fondation de tout cet édifice, c'est ce que l'article de Tangente nomme la suite D.
Intervenant 1
La suite des...
Intervenant 2
Voilà. Et si on lit les premiers termes de cette suite, ça donne un truc comme 0, 1, 3, 2, 5, 7, 9, 4, 10, 6, 8, 21, 11. Et ça continue comme ça, théoriquement sans
Intervenant 1
fin. D'accord. C'est vrai que c'est pas hyper intuitif. La logique ne saute pas aux yeux.
Intervenant 2
Ah non, pas du tout. À première vue, on pourrait croire que c'est juste une simple liste de nombres entiers distincts, genre jetés un peu au hasard.
Intervenant 1
C'est clair. On commence par 0, 1, puis bam, on saute à 3, on redescend à 2. Ça ressemble à une file d'attente particulièrement chaotique, quoi.
Intervenant 2
C'est une bonne comparaison.
Intervenant 1
On se demande bien quelles règles secrètes dictent l'ordre d'apparition de ces nombres, en fait.
Intervenant 2
Eh bien, cette règle de création, c'est précisément le cœur du mystère. Et la façon dont cette suite est générée apparaîtra de manière spectaculaire un peu plus tard.
Intervenant 1
Oh, le suspense !
Intervenant 2
Ouais, il faut patienter un peu. Le point de bascule, le moment où l'expérience commence vraiment, c'est quand on décide de transformer cette fameuse suite D en une seconde entité.
Intervenant 1
Ok, et cette entité, c'est quoi ?
Intervenant 2
C'est ce qu'on va appeler la spirale S.
Intervenant 1
D'accord, donc on a notre suite D, un peu mystérieuse, et on veut en faire une spirale S. Concrètement, c'est quoi la manipulation ? Est-ce qu'on applique une grosse formule mathématique hyper complexe ?
Intervenant 2
Eh bien non, et c'est là que réside le premier trait de génie. La méthode est d'une simplicité vraiment enfantine. L'idée, c'est de prendre chaque nombre de la suite D et de le désintégrer en ses composants les plus basiques.
Intervenant 1
Le désintégrer ?
Intervenant 2
Ouais, on sépare chaque nombre en chiffres individuels. En gros, on brise les blocs pour ne garder que la base.
Intervenant 1
Ah, je vois ! Donc, juste pour être sûr que notre audience visualise bien, on pulvérise les nombres pour n'en garder que les atomes, c'est-à-dire les chiffres uniques de 0 à 9.
Intervenant 2
C'est exactement ça. La métaphore de l'atome est parfaite. Les premiers nombres à un seul chiffre, ils ne changent pas. Le 0 reste 0, le 1 reste 1. Logique. Mais le processus devient super intéressant quand on arrive au nombre à deux chiffres ou plus. Par exemple, quand on rencontre le nombre 10 dans la suite D.
Intervenant 1
Ok, le 10.
Intervenant 2
On refuse de l'écrire comme un seul gros bloc. On le scinde. On écrit d'abord un 1, puis, de l'autre côté, un 0. Plus loin, le nombre 21 devient un 2, suivi d'un 1.
Intervenant 1
D'accord, donc notre fameuse spirale S n'est finalement qu'une très très longue chaîne ininterrompue de chiffres allant de 0 à 9.
Intervenant 2
Voilà une chaîne de chiffres simples.
Intervenant 1
Du coup, si on reprend le début, ça donnerait 0, 1, 3, 2, 5, 7, 9, 4. Et ensuite, paf, au lieu de 10, on a 1, puis 0, puis 6, puis 8, puis 2, puis 1.
Intervenant 2
Ouais, c'est ça.
Intervenant 1
C'est presque comme lire un code-barre infini en fait.
Intervenant 2
C'est une excellente image. Cette longue chaîne de chiffres séparée va servir de carburant à toute la mécanique visuelle.
Intervenant 1
Ok, le carburant est prêt.
Intervenant 2
Mais avant d'aller plus loin et de dessiner quoi que ce soit, il est vraiment impératif de s'attarder sur une contrainte. Une contrainte en apparence hyper anodine, mais qui change absolument tout.
Intervenant 1
Ah, laquelle ?
Intervenant 2
Le créateur de ce concept, c'est le mathématicien américain Dean Ikerson. Et il a imposé une règle draconienne sur la manière physique dont ces chiffres doivent être tracés.
Intervenant 1
Tracés ?
Intervenant 2
Ouais. Il a défini une police de caractère spécifique. Une typographie qu'il faut suivre à la lettre.
Intervenant 1
Attends, une typographie. Mais pourquoi introduire du design dans une suite mathématique ? Enfin, je veux dire, un nombre reste le même qu'on l'écrive à la plume, au stylo à billes ou sur un ordi, non ?
Intervenant 2
En mathématiques traditionnelles, oui, totalement. Mais ici, la forme est indissociable du fond. E. Curzon a choisi une fonte que l'on pourrait qualifier de brutaliste ou de matricielle.
Intervenant 1
Brutaliste,
Intervenant 2
carrément. Ouais. Il faut imaginer un rectangle vertical très strict, comme une petite grille, tu vois, composée de 3 cases de largeur sur 5 cases de hauteur.
Intervenant 1
3 sur 5, ok.
Intervenant 2
Ça fait 15 petites cases au total.
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