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25 août 2023 · 28 min

D’Avogadro à Graham : l’escalade des nombres géants

Dans cet épisode, suivez l’escalade d’Avogadro à Graham et découvrez pourquoi les puissances ordinaires finissent par ne plus suffire.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Salut à tous.

  3. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on entame une exploration qui va littéralement faire exploser les limites de notre imagination.

  4. Intervenant 2

    Ah, ça, c'est le moins qu'on puisse

  5. Intervenant 1

    dire, ouais. En fait, on s'attaque à un article fascinant qui s'intitule « De grands noms pour de grands nombres ». Et nos sources nous emmènent à un carrefour absolument vertigineux, pile là où la combinatoire rencontre la logique mathématique pure.

  6. Intervenant 2

    C'est un voyage qui donne le tournis, vraiment.

  7. Intervenant 1

    Totalement. Alors, pour poser le décor, prenons le nombre total de particules élémentaires dans notre univers observable, tout entier. Rien que ça ? Ouais, rien que ça. C'est un chiffre proprement astronomique, situé quelque part entre 10 puissance 80 et 10 puissance 87. Dans le monde physique, matériel, c'est la limite absolue de ce qui existe.

  8. Intervenant 2

    Bah ouais, c'est le plafond de la réalité, quoi.

  9. Intervenant 1

    Et pourtant, pour les mathématiciens, ce nombre colossal n'est qu'une vulgaire poussière d'arrondi. On a tous entendu parler du fameux nombre d'avocadro en chimie, tu vois ?

  10. Intervenant 2

    Oui, les fameuses 6,022×1023 particules dans une molle.

  11. Intervenant 1

    Exactement. C'est un chiffre suivi de 23 zéros, ça a l'air immense. Mais face aux besoins titanesques des maths d'aujourd'hui, ce genre de constante fait presque sourire.

  12. Intervenant 2

    C'est clair.

  13. Intervenant 1

    Du coup, la question centrale d'aujourd'hui s'impose d'elle-même. Comment les mathématiciens font-ils pour concevoir, écrire et manipuler des nombres qui sont tellement gigantesques que l'espace-temps de notre univers ne suffirait même pas à les contenir ? Bon, décortiquons un peu tout ça.

  14. Intervenant 2

    En fait, c'est véritablement le défi ultime de la notation mathématique et de la cognition humaine par la même occasion.

  15. Intervenant 1

    Ouais, c'est clair.

  16. Intervenant 2

    Le nombre d’Avogadro dont on vient de parler, il se gère très bien avec la notation scientifique classique en puissance de 10. Mais les mathématiciens s'aventurent constamment sur des terrains où la croissance des nombres défie complètement l'entendement.

  17. Intervenant 1

    Ils aiment bien se compliquer la vie !

  18. Intervenant 2

    On manipule des carrés, des cubes et surtout des exponentiels. Et l’exponentielle, par sa nature même, elle croît avec une brutalité inouïe. Ouais. Le problème survient très rapidement en fait. La typographie classique, tu sais, avec les petits chiffres qu'on place en exposant en haut à droite d'un nombre.

  19. Intervenant 1

    Ouais, le petit 2 ou le petit 3.

  20. Intervenant 2

    Voilà, ça atteint vite un mur indépassable. On se heurte aux limites physiques du papier, du stylo et même des pixels sur un écran.

  21. Intervenant 1

    Ah, pour bien visualiser ce mur indépassable, on peut filer une petite analogie pour notre audience sur nos moyens de locomotion mathématiques.

  22. Intervenant 2

    Oh, j'aime bien cette idée !

  23. Intervenant 1

    Si on prend l'addition classique, c'est un peu comme se déplacer en marchant. C'est lent, mais c'est fiable. Si on fait une addition itérée, c'est-à-dire qu'on additionne le même nombre encore et encore, on invente la multiplication.

  24. Intervenant 2

    Et là, on va plus vite.

  25. Intervenant 1

    Ouais. Là, c'est comme si on prenait la voiture sur l'autoroute, on va beaucoup plus loin avec beaucoup moins d'efforts. Ensuite, si on itère cette multiplication, qu'on multiplie un nombre par lui-même plein de fois, on obtient l'exponentiation.

  26. Intervenant 2

    Et on change de véhicule.

  27. Intervenant 1

    C'est ça. On laisse tomber la voiture et on s'installe dans une fusée spatiale. L'accélération nous plaque au siège. Mais la question qui rend vraiment fou, c'est de savoir comment on fait quand la fusée s'arrête.

  28. Intervenant 2

    Ouais, quand le carburant typographique manque pour itérer l'exponentiation elle-même quoi.

  29. Intervenant 1

    Exactement.

  30. Intervenant 2

    C'est précisément à ce point de rupture qu'intervient une solution particulièrement élégante. Elle a été inventée en 1976 par Donald Knuth. Le fameux Knuth ? Oui. Un immense mathématicien américain né en 38, qui est largement reconnu comme un des grands pionniers de l'algorithmique et de la programmation informatique. Knuth, il a introduit ce qu'on appelle la notation fléchée.

  31. Intervenant 1

    Ok.

  32. Intervenant 2

    L'idée de base est simple, mais franchement, ses conséquences sont redoutables. Au lieu d'écrire un exposant de plus en plus petit et illisible, en haut à droite, on utilise une flèche pointant vers le haut et on la place sur la même ligne de texte.

  33. Intervenant 1

    Ah oui !

  34. Intervenant 2

    Donc si j'écris M flash N, ça correspond tout bonnement à M à la puissance N.

  35. Intervenant 1

    On imagine aisément que c'était une question que tu en vis, non ? Je veux dire, pour les premiers informaticiens qui devaient taper des formules sur des claviers à ligne de commande, il n'y avait aucune interface graphique pour gérer les exposants.

  36. Intervenant 2

    C'est exactement ça. La contrainte technologique a forcé l'innovation. Mais là où le vertige commence vraiment, là où Knuth ouvre une toute nouvelle dimension arithmétique, c'est quand il généralise cette idée.

  37. Intervenant 1

    Ok, comment il fait

  38. Intervenant 2

    ça ? Il invente une nouvelle opération fondamentale qu'il baptise la tétration. C'est représenté visuellement par une double flèche vers le haut.

  39. Intervenant 1

    Ok, deux flèches.

  40. Intervenant 2

    Voilà. Si l'exponentiation est une multiplication itérée, la tétration, c'est l'exponentiation itérée.

  41. Intervenant 1

    D'accord.

  42. Intervenant 2

    Pour comprendre le mécanisme, si on écrit m double flèche n, ça veut dire qu'on va calculer m à la puissance m et on va prendre ce résultat et le mettre à la puissance m. Et on va empiler ces puissances sous forme de tour.

  43. Intervenant 1

    Une tour géante.

  44. Intervenant 2

    C'est ça, avec exactement n exemplaires du nombre m.

  45. Intervenant 1

    Il faut faire un test mental pour que ceux qui nous écoutent saisissent bien la folie du mécanisme. Prenons des nombres minuscules, totalement inoffensifs. 3 puissance 3.

  46. Intervenant 2

    D’accord.

  47. Intervenant 1

    3 multiplié par 3 par 3, ça fait 27. C'est le quotidien, c'est facile. Mais si on utilise la tétration de Knuth, on calcule 3 double flèche 3.

  48. Intervenant 2

    Et là, ça change tout.

  49. Intervenant 1

    Ouais, ça veut dire qu'on doit construire une tour géante, on calcule 3 à la puissance de 3 puissance 3, le sommet de la tour c'est 27, donc on calcule 3 à la puissance 27. Ce

  50. Intervenant 2

    qui est énorme.

  51. Intervenant 1

    C'est faramineux. D’un seul coup de baguette magique, à partir de deux malheureux petits chiffres 3, la valeur explose à plus de 7,6 trillions.

  52. Intervenant 2

    Précisément 7 625 597 494 987.

  53. Intervenant 1

    Oh la vache ! Notre cerveau arrive encore à peu près à conceptualiser des trillions, notamment avec l'économie mondiale ou ce genre de choses, mais l'accélération est terrifiante.

  54. Intervenant 2

    Mais tu sais, ce qui est fascinant ici, c'est la mécanique sous-jacente de cette accélération. Parce que Knuth a conçu son système pour ne jamais s'arrêter. On peut utiliser trois flèches. Ah non ? Si, si. Essayons d'imaginer le calcul de trois triples flèches trois. Cette notation exige qu'on utilise l'opération inférieure, donc la double flèche, de manière itérée.

  55. Intervenant 1

    Ouais.

  56. Intervenant 2

    Autrement dit, ce calcul se transforme en trois doubles flèches, appliquées au résultat gigantesque de notre calcul précédent. On applique la double flèche à ces fameux 7,6 trillions.

  57. Intervenant 1

    Euh, attends, attends, je veux être absolument sûr de bien visualiser le monstre. Ça veut dire qu'on ne multiplie plus, on n'élève même plus à une simple puissance. On est en train de construire une tour d'exposants où l'on calcule 3 à la puissance 3 à la puissance 3 et on empile ces chiffres 3 les uns sur les autres 7,6 trillions de fois.

  58. Intervenant 2

    C'est la cruelle réalité de la triple flèche, oui. La tour devient tellement gigantesque, tellement stratosphérique en fait, qu'on perd toute capacité à écrire le résultat de manière conventionnelle.

  59. Intervenant 1

    C'est vertigineux.

  60. Intervenant 2

    Totalement, on n'aurait ni le temps dans une vie immanentière, ni la place physique dans notre système solaire pour aligner tous les chiffres de cette tour d'exposants si on devait l'écrire en notation en décimales classiques. C'est fou. Et rappelons-le, on est parti de trois triples flèches, trois, des chiffres absolument minuscules au départ.

  61. Intervenant 1

    Le décalage entre la simplicité de l'écriture et l'immensité du résultat donne le tournis, franchement. D'ailleurs, ça nous pousse logiquement vers la prochaine étape de notre réflexion.

  62. Intervenant 2

    Je t'écoute.

  63. Intervenant 1

    Parce que maintenant qu'on a le langage de Knuth, ces fameuses flèches salvatrices pour réussir à dompter la typographie de ces monstres, qui a bien pu avoir l'idée de fabriquer des formules mathématiques capables de générer une telle croissance de manière structurelle ?

  64. Intervenant 2

    Alors pour ça, il faut remonter le temps d'une cinquantaine d'années avant l'invention de Knuth. En 1928, on trouve les travaux fondateurs de deux mathématiciens brillants.

  65. Intervenant 1

    Qui ça ?

  66. Intervenant 2

    L’allemand Wilhelm Ackermann et la hongroise Rosa Peter. Leurs recherches croisées ont abouti à la création de la fameuse fonction d'Ackermann-Peter. C'est considéré aujourd'hui comme l'exemple archétypal, le joyau absolu de ce qu'on nomme une fonction récursive.

  67. Intervenant 1

    Ah, une fonction récursive pour vulgariser le concept sans trahir la rigueur. C'est l'équivalent en mathématiques de l'ouroboros, non ? Le serpent qui se mord la queue. C'est une

  68. Intervenant 2

    excellente image,

  69. Intervenant 1

    ouais.

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