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28 août 2023 · 18 min

Dénombrer : quand compter ne suffit plus

Dans cet épisode, suivez le parcours du comptage direct aux règles de la combinatoire, puis aux estimations statistiques quand le nombre exact nous échappe.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On est super contents de démarrer cette nouvelle exploration mathématique aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Salut Sam. Oui, une exploration qui s'annonce plutôt vertigineuse.

  3. Intervenant 1

    Vertigineuse, c'est le mot. Et pour commencer, je vais juste poser une question, une question super basique. Combien ? Combien de quoi ? Juste combien ? C'est vraiment la question de base. Si on demande à n'importe qui de compter les bonbons qu'il a dans la main, la réponse est instantanée, c'est un réflexe. On n'y pense même

  4. Intervenant 2

    pas. C'est très intuitif sur des petites quantités.

  5. Intervenant 1

    Mais si d'un coup, on demande de compter le nombre exact d'écureuils dans une immense forêt sauvage, ou alors le nombre de galaxies dans l'univers observable, là c'est la panique.

  6. Intervenant 2

    Ah bah oui, là les mathématiques semblent carrément s'effondrer.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on s'attaque à cette question en apparence hyper simple, mais qui cache en fait un des plus grands défis scientifiques. Dénombrer.

  8. Intervenant 2

    Et d'ailleurs, pour bien comprendre l'ampleur de ce défi, il faut juste regarder d'où vient le mot en fait. La racine latine du verbe « dénombrer », c'est « numerus ». «

  9. Intervenant 1

    Numerus », donc ce qui donne la numération, énumérer, tout ça ?

  10. Intervenant 2

    C'est ça. « Numerus », c'est le nombre, la quantité pure quoi. Mais l'action humaine qui consiste à aller chercher cette quantité, à vraiment répondre à ce fameux « combien », c'est une aventure intellectuelle incroyable.

  11. Intervenant 1

    Et c'est toute la mission de notre plongée d'aujourd'hui. Parce qu'on a l'impression que compter sur ses doigts, c'est un truc d'enfant. Mais en fait, cette action fondamentale, elle relie notre réalité la plus concrète, genre la politique, la société, notre langage, aux modèles mathématiques les plus abstraits.

  12. Intervenant 2

    Complètement. Mais avant même de sortir les calculatrices ou de faire des grandes théories, il y a un piège.

  13. Intervenant 1

    Un piège.

  14. Intervenant 2

    Un énorme piège conceptuel dans lequel tout le monde tombe si on ne fait pas gaffe. Avant de demander combien, il faut déjà savoir de quoi on parle. On ne peut pas dénombrer le flou.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, il faut définir les choses avant de les compter.

  16. Intervenant 2

    C'est la toute première règle, l'étape fondatrice. En mathématiques, c'est ce qu'on appelle définir un ensemble.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    Si le périmètre de ce qu'on veut compter n'est pas explicité d'entrée de jeu, mais genre de manière chirurgicale, le dénombrement n'a strictement aucune valeur.

  19. Intervenant 1

    Genre, faut décider sans aucune ambiguïté ce qui appartient à l'ensemble et ce qui n'y appartient pas.

  20. Intervenant 2

    Exactement.

  21. Intervenant 1

    Et c'est marrant parce que ça, ça n'a rien d'une préoccupation de prof de maths enfermé dans son bureau. Enfin, c'est hyper concret. Prenons le recensement de la population par exemple.

  22. Intervenant 2

    Très bon exemple.

  23. Intervenant 1

    Quand un pays décide de compter ses habitants, ce n'est pas juste pour faire une jolie infographie à la fin de l'année. Les enjeux sont colossaux.

  24. Intervenant 2

    C'est des enjeux financiers, politiques, oui.

  25. Intervenant 1

    Voilà. La définition de cet ensemble, ça détermine la répartition des budgets nationaux, la construction des hôpitaux, le nombre de sièges à l'Assemblée nationale pour une région donnée.

  26. Intervenant 2

    C'est clair. Et l'avreux difficulté là-dedans, c'est la définition même des éléments. Qu'est-ce qu'on appelle un résident au final ?

  27. Intervenant 1

    Oui, c'est vrai ça.

  28. Intervenant 2

    Est-ce qu'on compte l'étudiant qui est parti faire un semestre à l'étranger ? Est-ce qu'on inclut le travailleur frontalier, le diplomate ou la personne sans domicile fixe ?

  29. Intervenant 1

    Donc si on n'a pas défini la frontière exacte de l'ensemble qu'on pourrait appeler « population résidente à l'instant

  30. Intervenant 2

    T » ? Le chiffre final est faux avant même d'avoir commencé à compter. La rigueur de la définition, ça passe avant le calcul.

  31. Intervenant 1

    C'est fascinant. Mais bon, supposons que notre ensemble soit parfaitement défini, on sait ce qu'on compte.

  32. Intervenant 2

    D'accord, on a notre périmètre.

  33. Intervenant 1

    Le travail de dénombrement peut commencer, et là c'est la méthode qui va devoir s'adapter à la réalité. Par exemple, si on m'offre une boîte de chocolat, la méthode elle est triviale.

  34. Intervenant 2

    Vous pointez du doigt 1, 2, 3, 4 et voilà.

  35. Intervenant 1

    C'est ça, de l'énumération directe, un par un. Mais si on me demande le nombre d'élèves dans un grand lycée de 2000 personnes, je vais pas exiger que tout le monde descende dans la cour pour les pointer du doigt un par un.

  36. Intervenant 2

    Ah bah non, ce serait complètement absurde.

  37. Intervenant 1

    Donc on fait comment ?

  38. Intervenant 2

    Dans le cas du lycée, on passe par une organisation préalable. On détermine l'effectif de chaque classe isolément et ensuite on additionne.

  39. Intervenant 1

    On structure l'ensemble en sous-groupes quoi ?

  40. Intervenant 2

    Voilà, c'est pour rendre le dénombrement humainement possible et limiter les erreurs de comptage.

  41. Intervenant 1

    L'organisation remplace le comptage brut. Mais j'aimerais qu'on vienne une seconde sur ce comptage brut justement. Le fait de pointer du doigt les chocolats 1, 2, 3, c'est tellement instinctif.

  42. Intervenant 2

    C'est vrai.

  43. Intervenant 1

    Il se passe quoi réellement dans notre cerveau à ce moment-là ?

  44. Intervenant 2

    C'est l'essence même de notre rapport au nombre en fait. On considère un premier objet, puis on y adjoint un nouvel objet en disant « ça fait deux », puis un autre « ça fait trois ».

  45. Intervenant 1

    Une simple addition répétée au fond.

  46. Intervenant 2

    C'est ça. Et d'un point de vue anthropologique, c'est un mécanisme extrêmement profond. Il y a une mathématicienne, Marcia Acher.

  47. Intervenant 1

    Ah oui, dans son livre sur les mathématiques d'ailleurs.

  48. Intervenant 2

    Exactement, publiée au Seuil en 98. Elle souligne super bien le fait que cette capacité d'énumération, c'est un véritable universel humain. Et surtout, c'est intimement, indissociablement lié au langage.

  49. Intervenant 1

    Un universel lié au langage. Mais attendez, il y a un paradoxe énorme là-dedans.

  50. Intervenant 2

    Ah bon ? Lequel ?

  51. Intervenant 1

    Les nombres par définition, c'est infini. Je peux toujours faire plus un. Mais notre vocabulaire, nos mots, c'est fini. Notre cerveau, il ne peut pas stocker une infinité de mots différents ?

  52. Intervenant 2

    Bien

  53. Intervenant 1

    vu. Alors comment on fait pour compter jusqu'à l'infini sans jamais être à court de mots ? On ne mémorise pas un dictionnaire infini de nombres ?

  54. Intervenant 2

    C'est là que c'est brillant.

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