
21 déc. 2023 · 13 min
Nombres figurés : quand les points dessinent l’arithmétique
Dans cet épisode, suivez les jetons grecs de la ligne aux polygones et découvrez comment leurs formes font apparaître des relations entre les nombres.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, préparez-vous parce qu'on part pour un voyage dans le temps qui est juste hallucinant.
Intervenant 2
Ça, on peut dire que c'est un voyage qui décoiffe. Oui. Bonjour à toutes et à tous.
Intervenant 1
Salut. Et le but de notre exploration du jour, c'est de découvrir une harmonie, une harmonie secrète et complètement magnifique entre la géométrie et l'arithmétique. On va parler des nombres figurés.
Intervenant 2
Exactement. Et c'est un sujet fascinant parce qu'on va voir comment de simples petits cailloux, genre vraiment des cailloux posés sur le sol d'une prison ou sur une table de marché antique, ça a amené à des découvertes sur la musique de l'univers. Rien de ça.
Intervenant 1
C'est dingue. Et même à des formules mathématiques cachées dans des manuscrits perdus. On va tout décortiquer.
Intervenant 2
Et mon rôle aujourd'hui, ça va être de vous guider là-dedans, de vous expliquer le pourquoi du comment derrière toutes ces merveilles arithmatiques.
Intervenant 1
Et moi, je suis là avec ma curiosité habituelle parce que j'ai envie de comprendre. Par exemple, nos sources racontent que Pythagore était convaincu que le chant envoûtant des sirènes se cachait dans un triangle de dix cailloux. C'est absurde dit comme ça, non ?
Intervenant 2
Bah, ça a l'air irrationnel au premier abord, c'est sûr. Mais en fait, c'est un changement de paradigme fondamental. Aujourd'hui, on sait partout. L'algèbre d'un côté, avec ses équations, la géométrie de l'autre avec ses formes.
Intervenant 1
Ouais, on a des cases bien rangées, quoi.
Intervenant 2
Voilà. Sauf que les textes anciens nous prouvent qu'à l'origine, cette frontière, elle n'existait pas du tout. Le nombre, ce n'était pas une abstraction. Le nombre, c'était la forme elle-même. Il avait un corps.
Intervenant 1
D'accord. Mais avant de partir dans de grandes théories sur la structure de l'univers, je pense qu'il faut redescendre sur Terre deux minutes. Comment est-ce qu'on comptait au quotidien dans l'Antiquité grecque ?
Intervenant 2
C'est la bonne question à se poser. Leur système numéral, il était basé sur l'alphabet.
Intervenant 1
Ah oui, genre alpha, beta, tout ça.
Intervenant 2
C'est ça. La lettre alpha, ça valait 1. Beta valait 2. Gamma, 3. Et pour les dizaines, on passait à iota pour 10, kappa pour 20, etc.
Intervenant 1
Jusqu'aux centaines avec rho pour cent, c'est ça ?
Intervenant 2
Tout à fait. Sur le papier, pour écrire une date, ça va. Mais pour faire un calcul, une horreur.
Intervenant 1
Bah oui. Imagine faire une multiplication de têtes, multiplier iota par kappa sans système positionnel, sans les zéros qu'on aligne.
Intervenant 2
Exactement. Il n'y a pas de colonne pour les unités ou les dizaines. Ça freinait énormément le commerce et l'ingénierie.
Intervenant 1
Donc du coup, ils ont trouvé une autre solution.
Intervenant 2
Oui. Ils ont complètement contourné le calcul écrit pour passer à une méthode tactile beaucoup plus concrète. Ils utilisaient de petits jetons ou des cailloux, qu'on appelle des psefeuilles en grec.
Intervenant 1
Ah, d'où l'équivalent romain des calculis, c'est ça ? Les petites pierres qui ont donné le mot calcul en français ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. L'arithmétique de l'époque, c'était une science physique. On manipulait des objets réels sur le sol ou sur un abac.
Intervenant 1
Et c'est là que j'ai adoré une de nos sources, avec l'analogie de Boës. Quand tu as des petits caillots devant toi, le truc le plus instinctif, c'est de les aligner. C'est le nombre linéaire.
Intervenant 2
Oui, Boës le définit très bien.
Intervenant 1
C'est exactement comme un prisonnier qui trace des petits traits successifs sur le mur de sa cellule pour compter les jours, tu vois ? Un trait, puis un autre à
Intervenant 2
côté.
Intervenant 1
Donc deux cailloux, c'est une ligne de deux. Trois cailloux, une ligne de trois.
Intervenant 2
Voilà. C'est la genèse de la figuration des nombres. Mais si on s'en était tenu à de simples lignes, l'histoire serait un peu ennuyeuse.
Intervenant 1
C'est clair. Faire des inventaires en ligne droite, ça n'explique pas la complexité du monde.
Intervenant 2
Le vrai grand rebondissement, il arrive quand on passe à la deuxième dimension, quand on commence à empiler ses cailloux sur un plan.
Intervenant 1
Et là, paf, Pythagore entre en scène avec son mysticisme et ses triangles en général.
Intervenant 2
Exactement, c'est la naissance de la fameuse tétractys.
Intervenant 1
La tétractys ficus. Visuellement, c'est le nombre dix, mais représenté comme un triangle équilatéral, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
C'est ça. On pose une base de quatre cailloux.
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