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9 avr. 2025 · 22 min

Martin Gardner : le continent littéraire derrière les maths

Dans cet épisode, explorez romans, énigmes et textes annotés pour découvrir comment Martin Gardner a fait dialoguer littérature et mathématiques.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous les auditeurs dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Salut à tous.

  3. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on s'attaque à une énigme vraiment monumentale. En fait, c'est l'histoire d'un homme qui a passé sa vie à construire des ponts invilibles entre des mondes qu'on croyait totalement irréconciliables.

  4. Intervenant 2

    Ouais, carrément.

  5. Intervenant 1

    On part d'un article fascinant qui s'intitule « Un continent littéraire à découvrir ». Et franchement, le mot continent, c'est presque faible pour le coup.

  6. Intervenant 2

    C'est un univers entier, oui.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Notre mission aujourd'hui, c'est de plonger dans la face cachée de Martin Gardner. Parce que pour la majorité d'entre nous, ce nom, ça évoque direct les mathématiques récréatives, non ?

  8. Intervenant 2

    Ah bah oui, sa fameuse chronique dans le Scientific American, sa logique implacable, tout ça.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Sauf qu'il y a un autre Gardner, un Gardner écrivain super prolifique, un poète, un nouveliste. Et cette œuvre littéraire, elle reste incroyablement méconnue, surtout chez nous, dans le monde francophone.

  10. Intervenant 2

    C'est en fait, c'est une vraie anomalie de l'histoire littéraire. C'est un truc qui mérite vraiment qu'on s'y attarde.

  11. Intervenant 1

    Mais pourquoi on ne le connaît pas sous cet angle-là ?

  12. Intervenant 2

    Eh bien, on a vachement tendance à enfermer les penseurs dans des cases bien étanches, tu vois. D'un côté, on imagine l'esprit rationnel, un peu froid et structuré, du mathématicien.

  13. Intervenant 1

    Et de l'autre, le romancier un peu perché.

  14. Intervenant 2

    C'est ça, l'imagination débordante de l'écrivain. Mais Gardner, il fait complètement voler cette frontière en éclats.

  15. Intervenant 1

    Et donc, au cours de cette exploration, on ne va pas juste lister ses bouquins comme un catalogue.

  16. Intervenant 2

    Ah non, surtout pas. On va regarder comment des concepts mathématiques super abstraits, genre les géométries non orientables ou les nombres transcendants, deviennent en fait des moteurs narratifs pour des contes d'enfants ou de la science-fiction.

  17. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Parce qu'honnêtement, avant même d'arriver à ces concepts vertigineux, il y a un énorme obstacle quand on essaye d'étudier son œuvre.

  18. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire.

  19. Intervenant 1

    En lisant les sources, j'ai vraiment eu l'impression d'enquêter sur un agent secret. C'est un cauchemar

  20. Intervenant 2

    d'archiviste. Mais

  21. Intervenant 1

    totalement. Tout commence en 1936. Il publie sa toute première nouvelle, qui s'appelle Tang, dans la revue littéraire Common de l'Université de Chicago. Et, détail super amusant, à l'époque, il n'étudie pas du tout les maths.

  22. Intervenant 2

    Non, il est en philo.

  23. Intervenant 1

    Voilà, il est étudiant en philosophie. Et déjà, il avance masqué parce qu'il signe ce texte sous le nom de Georges Groth.

  24. Intervenant 2

    Premier pseudo.

  25. Intervenant 1

    Au début, on pourrait se dire bon, c'est une erreur de jeunesse, une petite timidité d'étudiant quoi.

  26. Intervenant 2

    Sauf qu'il va ériger ce camouflage en véritable système de vie.

  27. Intervenant 1

    Mais pourquoi ?

  28. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que cette formation de base en philosophie, c'est un peu la clé de voûte de son esprit. Il cherche toujours la structure sous-jacente de la réalité.

  29. Intervenant 1

    D'accord.

  30. Intervenant 2

    Mais pour l'explorer librement, sans étiquettes, il a besoin de multiplier les masques.

  31. Intervenant 1

    Et pas qu'un peu, l'article révèle qu'il a utilisé près d'une cinquantaine de pseudonymes au fil de sa carrière. Cinquantaine !

  32. Intervenant 2

    C'est un truc de fou.

  33. Intervenant 1

    Dans les années 40, il écrit pour le Humpty Dumpty's Magazine. Un truc pour enfants. Il y pond 90 histoires et rubriques d'activités sur 10 ans. Et tout ça signé Humpty Dumpty Junior.

  34. Intervenant 2

    Le fils prétendu de l'éditeur. Ouais, c'est absurde.

  35. Intervenant 1

    Et ce n'est pas fini. Il y a plein d'autres noms dans des revues souvent hyper obscures. Le docteur Matrix, le docteur Milton Arey ou encore, et ça, ça m'a tueux, Nitram Randhrag.

  36. Intervenant 2

    Ah, le fameux Nitram.

  37. Intervenant 1

    Ce qui est littéralement Martin Gardner et plaît à l'envers. Franchement, c'est la pire couverture du monde si le but, c'est vraiment de se cacher, non ?

  38. Intervenant 2

    C'est clair que ce n'est pas très discret pour un esprit de sa trempe.

  39. Intervenant 1

    Ma première théorie, en lisant ça, c'était de me dire, bon, c'est des contraintes éditoriales ou financières. Peut-être qu'il voulait publier plein de fois dans le même numéro sans que ça se voit trop.

  40. Intervenant 2

    Alors, la motivation financière, ça peut jouer un tout petit peu au début. Mais la vraie raison, elle est bien plus profonde que ça.

  41. Intervenant 1

    Ah ouais ?

  42. Intervenant 2

    Ouais. En fait, c'est pas de la dissimulation par honte, c'est une méthode d'affranchissement.

  43. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  44. Intervenant 2

    Prend du recul sur sa carrière. Très vite, il devient le vulgarisateur mathématique par excellence, le visage des maths aux États-Unis. C'est vrai. Donc s'il publie un conte fantastique ou une petite fable philosophique sous le nom de Martin Gardner, qu'est-ce qui va se passer ?

  45. Intervenant 1

    Le lecteur, il va chercher le piège logique, l'équation cachée…

  46. Intervenant 2

    Ah, je vois. Le lecteur se dit genre « Ah, c'est le monsieur des maths, donc ce texte, c'est forcément un problème de géométrie déguisée ». Exactement. Il y a une attente immédiate qui tue la spontanéité du texte. En endossant le costume loufoque du Docteur Matrix ou l'innocence de Humpty Dumpty Junior, il remet les compteurs à zéro, tout simplement.

  47. Intervenant 1

    C'est super malin !

  48. Intervenant 2

    Oui, il déjoue les attentes. Il se donne la liberté totale d'explorer des tons fantastiques, poétiques ou humoristiques sans traîner le gros bagage de sa propre réputation scientifique.

  49. Intervenant 1

    C'est une sorte de compartimentation hyper saine pour un cerveau qui bouillonne autant. C'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que l'histoire prend une tournure inattendue. Même quand il écrit de la pure fiction sous pseudo, les maths finissent par s'infiltrer dans la narration.

  50. Intervenant 2

    Chasse le naturel, il revient au galop.

  51. Intervenant 1

    C'est clair, mais pas comme une contrainte relou, plutôt comme une vraie clé de l'intrigue. Prenons un exemple de notre article, cette anthologie de 1987 qui rassemble 28 de ces nouvelles.

  52. Intervenant 2

    Ah oui, excellente anthologie.

  53. Intervenant 1

    Et dedans, il y a une nouvelle qui s'appelle « The Horse on the Escalator ». Nos sources nous disent que le ressort narratif de cette enquête, il est entièrement basé sur la topologie.

  54. Intervenant 2

    Absolument.

  55. Intervenant 1

    Mais pour que tout le monde comprenne bien l'ingéniosité du truc, comment on peut utiliser une discipline mathématique qui étudie la déformation spatiale pour résoudre une enquête policière ?

  56. Intervenant 2

    C'est toute la force de Gardner. La topologie, pour faire très simple, c'est un peu la géométrie de la feuille de caoutchouc.

  57. Intervenant 1

    Du caoutchouc ?

  58. Intervenant 2

    Ouais. En gros, on s'en fiche complètement des distances ou des angles. Ce qui nous intéresse, ce sont les propriétés qui restent pareilles quand on étire ou qu'on torne un objet.

  59. Intervenant 1

    Ok, je te suis.

  60. Intervenant 2

    Par exemple, le truc classique, c'est le nombre de trous. Pour un topologue, un mug de café et un donut, c'est exactement la même chose.

  61. Intervenant 1

    Parce qu'ils ont tous les deux un seul trou ?

  62. Intervenant 2

    Exactement. Et dans un cadre narratif comme le Horse and the Escalator, Gardner utilise cette mécanique purement logique pour construire son mystère.

  63. Intervenant 1

    Comment il fait ?

  64. Intervenant 2

    Plutôt que de résoudre le truc avec une empreinte digitale un peu classique ou un faux alibi, le détective de l'histoire démontre qu'une certaine manipulation physique de l'espace, genre un nœud, un entrelac ou la façon dont une pièce est agencée, est topologiquement impossible sans casser le truc.

  65. Intervenant 1

    Oh, stylé !

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