
17 oct. 2024 · 13 min
Comment l’écrivain Italo Calvino bâtit-il ses romans avec les maths ?
Cet épisode parcourt trois œuvres pour suivre comment figures, nombres et contraintes deviennent, chez Italo Calvino, des outils de construction littéraire.
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Intervenant 1
On a tous en tête cette image un peu cliché de l'écrivain romantique torturé seul face à sa page blanche et guidé juste par le chaos de ses émotions. Et bien aujourd'hui, on va complètement casser ce mythe. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de vous accueillir pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques et de la littérature.
Intervenant 2
Salut tout le monde ! Aujourd'hui, on s'attaque à du très lourd. On va carrément remplacer la fameuse muse éthérée de l'écrivain par des matrices complexes, des algorithmes et une géométrie hyper stricte.
Intervenant 1
C'est ça, on va décoder l'esprit d'un maître absolu des mots, l'Italien Italo Calvino, qui a vécu de 1923 à 1985. Un géant qui cachait en fait des équations sous sa poésie.
Intervenant 2
Et le but de notre exploration d'aujourd'hui, c'est vraiment de démonter le moteur de ses œuvres. On ne va pas juste faire de l'analyse littéraire classique, on va regarder de près l'architecture mathématique qui tient ses textes.
Intervenant 1
Histoire de bien montrer que la rigueur mathématique et la créativité poétique, ça ne s'oppose pas du tout. Au contraire, ça se sublime.
Intervenant 2
Complètement. Chez Calvino, la contrainte algébrique et la liberté narrative se nourrissent l'une de l'autre.
Intervenant 1
Mais avant d'ouvrir ses bouquins, il faut comprendre d'où lui vient cette obsession viscérale pour les sciences exactes. Et en fait, la réponse est littéralement dans son ADN familial.
Intervenant 2
C'est très vrai. Et c'est amusant parce qu'il brouillait volontairement les pistes sur sa vie. En 1964, il disait carrément à sa biographe qu'il donnait de fausses infos sous prétexte que seule l'œuvre finale mérite qu'on s'y attarde.
Intervenant 1
Ah oui, la posture super radicale du scientifique, le théorème doit tenir debout tout seul, peu importe le mec qui l'a inventé quoi.
Intervenant 2
Exactement. Sauf que les faits sont têtus. Il vient pas du tout d'un milieu littéraire bohème. Sa mère, c'est quand même la première femme en Italie à obtenir une chaire universitaire de biologie.
Intervenant 1
Rien
Intervenant 2
que ça ? Ouais. Son père est un agronome de renommée internationale. Et pour finir, son petit frère deviendra un géologue de premier plan.
Intervenant 1
À la vache ! Les dîners de famille devaient ressembler à des gros colloques de la fac des sciences, avec des débats sur la taxonomie ou les strates sédimentaires.
Intervenant 2
C'est clair. Et au milieu de tout ça, Italo y prend la tangente. Il commence des études d'agronomie, histoire de suivre le chemin, puis il jette l'éponge assez vite.
Intervenant 1
Le fameux rebelle de la famille. Il fuit le destin scientifique hyper tracé par ses parents pour devenir l'artiste, le romancier.
Intervenant 2
C'est ça. Sauf que sa rupture, elle est qu'apparente. Il fait carrément de la contrebande en ramenant la méthode scientifique de ses parents dans la fiction pure. Il garde la logique, la grammaire scientifique et ce besoin dingue d'ordonner le réel.
Intervenant 1
Et ce besoin, il va exploser pendant son long séjour à Paris entre 1967 et 1980. Il traduit « Les fleurs bleues » de Raymond Queneau et boum, en 1974, il intègre « Loulipo ».
Intervenant 2
L'ouvroir de littérature potentielle. Un laboratoire de fous géniaux rempli de matheux et d'écrivains qui partent d'un postulat super iconoclaste. Pour eux, l'inspiration libre, c'est une illusion qui mène tout droit au cliché. Il pense qu'imposer des règles mathématiques ultra strictes à un texte, ça ne bride pas l'imagination. Au contraire, ça force le cerveau à explorer des chemins inédits.
Intervenant 1
Et si on combine cette philosophie avec l'influence de Georges-Louis Borges et de ses labyrinthes infinis, on obtient la recette Calvino. Mais concrètement, comment cette grammaire scientifique s'imprime sur la page pour la toute première fois ?
Intervenant 2
Avant de devenir l'armature de romans entiers, la science apparaît d'abord comme une espèce de remède, un mécanisme de survie psychologique pour un de ses personnages. Ça se passe dans Le Chevalier inexistant, publié en 1959.
Intervenant 1
L'histoire du fameux Agilules, ce paladin de l'armée de Charlemagne qui est absolument parfait, infaillible, mais, léger détail, son armure est complètement vide.
Intervenant 2
Voilà, il n'a pas de corps. Il tient dans le monde matériel uniquement par sa volonté et son obéissance aveugle aux règlements militaires.
Intervenant 1
C'est génial comme image. Une armure vide qui fait de la paperasse et des rapports administratifs impeccables.
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