
19 mai 2020 · 5 min
Protocole Robert d’Inria : alerter sans identité ni lieu
Dans cet épisode, suivez le protocole de traçage des contacts Covid développé par Inria, des échanges Bluetooth à l’alerte reçue après un test positif signalé.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on s'attaque à un vrai dilemme de santé publique et de mathématiques. D'habitude, face à un danger, on a notre vue, on voit l'obstacle et hop, on l'évite.
Intervenant 2
Ouais, c'est le réflexe de base.
Intervenant 1
Voilà. Mais imaginons une menace invisible. C'est tout le problème des porteurs asymptomatiques pendant une épidémie. Comment prendre des décisions hyper importantes, du genre rendre visite à un proche fragile en Ehpad ou aller à la maternité, quand on ignore si on est soi-même contagieux ?
Intervenant 2
C'est toute la difficulté de la situation. Le symptôme physique n'existe pas ou pas encore. Du coup, la société est littéralement plongée dans un brouillard épidémiologique. On navigue complètement à l'aveugle.
Intervenant 1
Et c'est justement ce brouillard qu'on va essayer de dissiper dans notre dossier du jour. Notre mission, c'est de décortiquer une solution de l'Inria et de ses partenaires européens, le fameux protocole Robert. On va voir comment la technologie tente de détecter ses porteurs invisibles sans pour autant sacrifier la vie privée de tout le monde.
Intervenant 2
Exactement. Parce que bon, puisqu'on ne peut pas se fier aux symptômes, la logique, c'est de déléguer cette vigilance à une machine. Et l'outil parfait, c'est le téléphone cellulaire.
Intervenant 1
Via la technologie Bluetooth, j'imagine.
Intervenant 2
C'est ça. Dès que deux téléphones équipés de l'application se croisent d'assez près, ils s'échangent des données en arrière-plan.
Intervenant 1
D'accord, mais là, ça lève un drapeau rouge géant sur la vie privée. Tenir un carnet d'adresse Bluetooth de tous les gens qu'on croise, ça ressemble à l'outil de traçage de population par excellence. Moi, j'imagine ça comme un grand bal masqué dans le noir complet.
Intervenant 2
Un bal masqué.
Intervenant 1
Oui, enfin, on se croise à l'aveugle et on se glisse des cartes de visite dans la poche à chaque frôlement. Sauf que si nos vrais noms sont sur ces cartes, l'anonymat saute immédiatement. Comment on évite ce piège ?
Intervenant 2
C'est une super analogie. Et c'est précisément là que la cryptographie intervient pour verrouiller le système. Le protocole n'échange jamais de données en clair. Pas de nom, rien. Il utilise des crypto-identifiants.
Intervenant 1
Des crypto-identifiants, c'est-à-dire ?
Intervenant 2
Sur vos cartes de visite du bal masqué, au lieu de votre nom, il y a juste une ligne de code totalement incompréhensible. Ce sont des suites de caractères aléatoires générées par un serveur central.
Intervenant 1
Attendez une seconde. Si c'est un serveur central qui génère ces codes, il sait très bien qui les donne. Donc, il peut refaire le lien, non ?
Intervenant 2
Ah, mais c'est là qu'est la vraie rigueur mathématique du système. Le serveur, il attribue ses identifiants à une application anonyme, pas à une identité civile. Et surtout, pour éviter qu'on vous piste dans la rue, ces fameux crypto-identifiants changent toutes les 15 minutes.
Intervenant 1
Ah ouais, donc on change de masque toutes les 15 minutes. Mais pourquoi 15 minutes exactement ?
Intervenant 2
C'est un compromis très précis. 15 minutes, ça correspond en gros au seuil de risque reconnu pour une transmission virale.
Intervenant 1
Ah, c'est le temps d'exposition critique.
Intervenant 2
Voilà. Si on changeait le code toutes les minutes, on saturerait complètement les serveurs. Et à l'inverse, si on le gardait pendant des heures, ça deviendrait trop facile de déduire le trajet géolocalisé d'un appareil. Et donc, ces paires d'identifiants sont ensuite envoyées chaque jour au serveur central.
Intervenant 1
D'accord, la mécanique est très élégante. Mais du coup, si une personne tombe malade, comment l'alerte fonctionne si le serveur ne sait pas qui sont ses contacts ?
Intervenant 2
Le processus est vraiment ingénieux. Si quelqu'un se déclare positif sur l'application, l'application va remonter au serveur la liste des cryptos identifiants qu'elle a croisés récemment.
Intervenant 1
Donc les cartes récoltées dans le noir.
Intervenant 2
C'est ça. Le serveur ignore à qui appartiennent ces identifiants physiquement, mais comme c'est lui qui les a générés, il sait à quelles applications spécifiques il doit s'adresser.
Intervenant 1
Ah, génial ! Il sert un peu de facteur aveugle en fait.
Intervenant 2
Exactement. Le serveur envoie alors une alerte à ses téléphones avec un indice de contamination probable. Et le point central, c'est que tout ça se fait sans jamais révéler l'identité, ni le lieu, ni la date. Le protocole ignore totalement les données GPS.
Intervenant 1
Uniquement la proximité Bluetooth.
Intervenant 2
Oui, la proximité temporelle. D'ailleurs, les détails techniques complets sont en libre accès sur inria.fr pour les plus curieux.
Intervenant 1
C'est quand même une application fascinante des mathématiques et de la cryptographie. On résout une crise sanitaire en préservant l'anonymat absolu des rencontres.
Intervenant 2
On remplace la surveillance par un pur calcul de probabilités.
Intervenant 1
Ce qui laisse une grande question en suspens. Si de simples échanges Bluetooth d'identifiants éphémères permettent de cartographier mathématiquement le risque sans connaître les individus,
Intervenant 2
ça ouvre des perspectives immenses.
Intervenant 1
Totalement. Quelles autres interactions ou vulnérabilités sociales pourrait-on un jour modéliser de manière totalement anonyme pour anticiper de futures crises ? De quoi prolonger la réflexion de chacun. Merci de nous avoir suivis et à très bientôt pour un nouveau dossier. À
Intervenant 2
bientôt.
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