
16 juil. 2020 · 11 min
Prix Tangente 2020 : comment une BD fut élue en confinement
Suivez les étapes de ce prix littéraire : lectures, débats à distance et livres envoyés par la poste, jusqu’au choix de la BD Enigma.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va aborder une véritable collision frontale. Bonjour tout le monde ! Une collision ? Carrément ?
Intervenant 2
Ah mais totalement !
Intervenant 1
La collision entre deux mondes qu'on oppose beaucoup trop souvent. Les mathématiques d'un côté et la littérature de l'autre.
Intervenant 2
Ah oui, c'est vrai qu'on a tellement l'habitude de les séparer que ça paraît presque contre nature pour certains.
Intervenant 1
Exactement. Et pour explorer ça, on ne va pas juste faire de la théorie. On part en immersion totale dans la sixième édition du Prix Tangente des lycéens, le PTL. Et laissez-moi vous dire que ce n'est pas du tout, mais alors pas du tout, le petit club de lecture bien sage du mardi midi.
Intervenant 2
Non, c'est clair, c'est une aventure épique en fait.
Intervenant 1
Voilà !
Intervenant 2
Avec des rebondissements inattendus, de la passion adolescente et une rigueur mathématique insoupçonnée qui se cache directement dans les pages des romans et des BD.
Intervenant 1
Parce que oui, pour ceux qui chérissent la beauté des mathématiques comme nous, cet événement, c'est une preuve éclatante. La frontière qu'on trace artificiellement entre la rigueur scientifique et l'émotion littéraire, eh bien, elle n'a aucune raison d'être. Absolument aucune. Et pour bien comprendre pourquoi cette sixième édition est si extraordinaire, il faut poser le décor. L'ambition de base, elle est folle. On prend dix livres en compétition.
Intervenant 2
Des romans, des bandes dessinées, des essais, une vulgarisation.
Intervenant 1
C'est ça. Et le but ultime, c'est de combattre par l'exemple ce stéréotype destructeur du genre, vous savez, scientifique contre littéraire.
Intervenant 2
Ouais, le fameux clivage.
Intervenant 1
Tout à fait. Mais rassembler des jeunes autour d'ouvrages scientifiques, si on n'a pas une méthode rigoureuse, ça peut vite être le chaos.
Intervenant 2
Surtout à cette écheille. Parce que l'échelle du projet donne littéralement le vertige. On parle de 29 établissements engagés cette année-là.
Intervenant 1
29 ?
Intervenant 2
Ouais. Et le maillage territorial est super impressionnant. Ça va du lycée en forêt de Montargis, donc dans le Loiret, jusqu'à l'école européenne de Bruxelles 1.
Intervenant 1
Donc ça dépasse même les frontières de la France, quoi.
Intervenant 2
Exactement. En tout, ça rassemble un jury titanesque de plus de 300 élèves.
Intervenant 1
300 ados à coordonner. C'est là qu'intervient la fameuse première phase. Chaque classe est divisée en deux groupes. Et là, mission cruciale, ils doivent débattre pour classer cinq livres chacun.
Intervenant 2
Et c'est là que ça devient vivant. Les professeurs laissent une grande liberté. Du coup, on assiste à des débats enflammés, ils font des pique-niques littéraires, des repas conviviaux.
Intervenant 1
Et ça transforme complètement les CDI, les fameux centres de documentation et d'information, en vrais laboratoires d'idées. Mais, et là je me fais l'avocat du diable, j'aimerais qu'on s'arrête sur le cœur du problème.
Intervenant 2
Je vous écoute.
Intervenant 1
Essayer de mélanger des théorèmes et de la poésie pour des adolescents, c'est un peu comme essayer de forcer de l'eau et de l'huile à fusionner, non ? Le risque, c'est que l'un prenne le pas sur l'autre, qu'on ait soit un manuel scolaire déguisé et ennuyeux, soit une histoire où les maths sont juste un décor en carton.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie, mais l'eau et l'huile, en fait, ça peut créer une émulsion, à condition d'avoir un lien.
Intervenant 1
La moutarde dans la mayonnaise, quoi.
Intervenant 2
Exactement. Et ici, ce lien, c'est la professeure de mathématiques Johanne Breng, qui l'a très bien observé. Face à la tâche de classer ses livres, les élèves ont vite compris qu'un simple « j'aime » ou « j'aime pas », ça ne suffisait pas.
Intervenant 1
Ah, ils ont dû aller plus loin.
Intervenant 2
La création même de leurs critères de classement lors des débats les a poussés à développer une rigueur analytique très mathématique.
Intervenant 1
Attendez, s'ils ne peuvent pas s'en tenir à leur ressenti brut, ça veut dire qu'ils déconstruisent leur propre goût littéraire.
Intervenant 2
C'est ça. Ils appliquent cette rigueur à la littérature. Et c'est en cela que la vulgarisation devient un outil d'empowerment, d'émancipation intellectuelle.
Intervenant 1
C'est fascinant. Ils appliquent une démonstration de théorème à une émotion littéraire. Donc, on a cette effervescence, tout fonctionne à merveille, on est au printemps 2020, et là... Boum ! Le grand rebondissement. L'événement planétaire qui vient tout menacer.
Intervenant 2
La pandémie de Covid-19, la fermeture totale du monde et surtout des écoles.
Intervenant 1
On arrive au début de la phase 2, le moment de choisir le grand vainqueur parmi les finalistes. Et là, les grilles des lycées se verrouillaient. La logique voudrait que tout s'arrête, non ?
Intervenant 2
L'urgence, c'était d'assurer le programme de base.
Intervenant 1
Dans n'importe quel autre contexte, oui, le projet aurait été annulé. Mais c'est là qu'on a l'immense surprise. Au lieu de s'effondrer, le projet s'adapte. Il entre en résistance.
Intervenant 2
C'est incroyable, presque aucun groupe ne déclare forfait.
Intervenant 1
Pratiquement aucun. Les profs et les élèves trouvent des solutions géniales. Des débats à distance, l'utilisation de plateformes comme celle du Sénède. Je pense notamment au lycée Kastler de Talens, en Gironde, qui était super motivé et qui a tenu à clôturer son année coûte que coûte.
Intervenant 2
Exactement. Et le détail le plus fou, c'est que pour contourner la fermeture, certains élèves et professeurs sont allés jusqu'à continuer de s'échanger les livres physiques par voie postale.
Intervenant 1
Mais attendez, on parle de lycéens en 2020, soudainement enfermés chez eux. Et au lieu de fuir les devoirs, ils organisent un trafic postal de livres de maths pour finir leur débat. Non mais qu'est-ce que ça nous dit sur leur soif d'apprendre ?
Intervenant 2
Ça nous donne une sacrée leçon sur l'engagement. Quand l'engagement intellectuel est nourri par l'autonomie, parce qu'ils avaient choisi leurs critères, ça crée une résilience absolue.
Intervenant 1
Donc le livre n'est plus une contrainte.
Intervenant 2
Voilà, le livre de maths n'est plus un manuel imposé, c'est devenu un objet social. En plein confinement, c'était un lien vital avec le monde extérieur.
Intervenant 1
L'acte de lire des mathématiques est devenu un acte de résistance sociale. J'adore. Mais alors, une épopée pareille, ça méritait un palmarès à la hauteur. Et la lutte pour la première place a été particulièrement féroce.
Intervenant 2
Oh que oui. Au moment du vote final, près de la moitié des ouvrages se tenaient vraiment dans un mouchoir de poche.
Intervenant 1
Ça prouve le niveau stratosphérique de la sélection, mais un grand vainqueur a fini par s'imposer. Et là, surprise ! C'est le premier tome de la série de BD Champignac intitulée Enigma.
Intervenant 2
Oui, édité chez Dupuis, dessiné par David Etienne et scénarisé par Béka.
Intervenant 1
Béka, le pseudonyme du duo Caroline Roch et Bertrand Escaiche.
Intervenant 2
C'est un choix super audacieux.
Intervenant 1
Très audacieux. Pour resituer, l'histoire explore la jeunesse du comte de Champignac.
Intervenant 2
Le fameux ami de Spirou ?
Intervenant 1
C'est lui. Et on suit ses aventures pendant la seconde guerre mondiale, aux côtés du grand mathématicien Alan Turing. D'accord. Mais alors là, je me fais encore l'avocat des puristes.
Intervenant 2
Allez-y !
Intervenant 1
Une BD qui remporte un prix mathématique. Est-ce qu'on ne sacrifie pas la véritable rigueur scientifique, la pureté des mathématiques, au profit de belles illustrations et d'une petite intrigue d'espionnage ? Je
Intervenant 2
comprends le scepticisme, mais ça c'est mal connaître la force de la bonne vulgarisation. En réalité, l'auteur ne peut absolument pas faire n'importe quoi.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Il a des contraintes.
Intervenant 1
Énormément ?
Intervenant 2
Pour intégrer les travaux cryptographiques d'Alan Turing sur la machine allemande Enigma, l'auteur doit s'imposer une justesse et une rigueur mathématiques implacables.
Intervenant 1
Sous peine de voir son intrigue s'effondrer.
Intervenant 2
Exactement. Le fonctionnement des rotors d'énigmas impose sa propre temporalité. Si le scénariste triche avec ça, le lecteur un peu calé en maths va le voir tout de suite.
Intervenant 1
Le contrat de lecture est brisé, quoi.
Intervenant 2
Voilà. Et c'est ce qui fait la force de cette œuvre. Elle ravit les néophytes par le suspense de l'histoire, l'espionnage, tout ça, tout en satisfaisant totalement l'esprit logique des lecteurs d'un niveau mathématique plus avancé.
Intervenant 1
Donc la contrainte scientifique nourrit l'attention dramatique. C'est brillant. Et cette exigence de justesse, on la retrouve aussi dans les deux œuvres qui ont reçu une mention spéciale.
Intervenant 2
Oui, deux œuvres aux antipodes l'une de l'autre d'ailleurs.
Intervenant 1
Totalement.
Intervenant 2
D'abord, on a le roman Le théorème de Kropst de l'auteur Emmanuel Arnault. Là, on plonge au cœur des classes préparatoires. Fini l'espionnage, place à la pression psychologique.
Intervenant 1
C'est ça. Ici, les mathématiques sont utilisées comme un filtre social. Le roman montre avec beaucoup de justesse comment cet écosystème très particulier utilise la complexité des maths pour évaluer et parfois broyer les étudiants. Ouais, ça parlera à tous ceux qui ont connu la pression des concours. Et la deuxième mention spéciale nous emmène complètement ailleurs. C'est « L'enfant qui mesurait le monde » de Metinardi.
Intervenant 2
Un cabre magnifique pour celui-là.
Intervenant 1
L'île grecque de Kalamaki. On essuie la rencontre poétique entre Yanis, un enfant autiste, et Elliot, un architecte. Comment la rigueur trouve sa place sous le soleil de la Méditerranée ?
Intervenant 2
Par la géométrie. Pour l'enfant, le monde est chaotique. Donc il utilise les nombres, les proportions pour se rassurer. Et pour l'architecte, la géométrie est un outil de création.
Intervenant 1
Ils se rencontrent autour de cette même abstraction.
Intervenant 2
C'est ça. Et là encore, l'auteur s'impose une exigence folle. Les théorèmes de Clyde ou les concepts spatiaux doivent être parfaitement maîtrisés dans l'écriture pour que la métaphore poétique fonctionne.
Intervenant 1
C'est magnifique. Que ce soit à travers les codes secrets, la pression des prépas ou la géométrie salvatrice, on voit bien que l'histoire ne fait que commencer.
Intervenant 2
Ah oui, le projet a pris une ampleur incroyable après ça.
Intervenant 1
L'engouement suscité est tel que les établissements prévoient déjà d'étendre le projet. Ils organisent des web-radios, des conférences, des présentations lors des journées portes ouvertes.
Intervenant 2
C'est tout un écosystème qui se crée dans les bahus.
Intervenant 1
Exactement. Et d'ailleurs, avis aux professeurs et aux établissements, la prochaine édition est d'ores et déjà lancée. Et il y a un appel à l'action génial.
Intervenant 2
Un très beau geste des éditeurs,
Intervenant 1
oui. Les dix premiers lycées nouvellement inscrits recevront gracieusement les livres en compétition. Les dix livres. Pour lancer la dynamique, c'est fantastique.
Intervenant 2
C'est l'occasion rêvée.
Intervenant 1
Alors pour ça, il y a un contact à noter. C'est l'adresse email prix-tangente-d-lycéen-yahoo.com. Je répète pour être clair, prix underscore tangente underscore D underscore lycéen et attention avec un S à lycéen arrobas yahoo.com.
Intervenant 2
J'espère que beaucoup saisiront cette chance de changer le regard sur les sciences.
Intervenant 1
Ce qui nous amène à une dernière pensée un peu provocatrice pour clôturer cette plongée.
Intervenant 2
Je sens que ça va faire réfléchir.
Intervenant 1
On vient de voir que si on donne des romans et des bandes dessinées à des adolescents, on arrive à casser l'image austère des mathématiques, même en plan confinement.
Intervenant 2
Au point de les rendre accros à des bouquins de théorie,
Intervenant 1
oui. Donc la question qu'on peut se poser en partant, c'est quelle autre matière ou quelle autre science fondamentale qu'on juge aujourd'hui trop complexe ou trop froide ?
Intervenant 2
La physique quantique, la chimie organique.
Intervenant 1
Par exemple, quelle autre discipline n'attend finalement qu'une chose qu'on lui invente une bonne histoire pour enfin révéler toute sa beauté au grand public ?
Intervenant 2
C'est une excellente question à laisser infuser.
Intervenant 1
On va vous laisser méditer là-dessus. Merci d'avoir vécu cette aventure avec nous et à très bientôt pour une nouvelle exploration dans le magazine Tangente.
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