
11 mai 2018 · 24 min
Principe d’indifférence : du paradoxe à la cohérence
Dans cet épisode, suivez le principe d’indifférence du pile ou face aux paradoxes du cube et du mélange vin-eau, puis examinez les réponses proposées.
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Intervenant 1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une nouvelle exploration un peu spéciale.
Intervenant 2
Bonjour, merci de m'avoir invité.
Intervenant 1
Alors aujourd'hui, on va faire une plongée dans un article fascinant de Tangente qui s'intitule « Le très délicat principe d'indifférence ». Et c'est un sujet qui m'a retourné le serreur.
Intervenant 2
Oui, ça fait souvent cet effet-là la première fois qu'on s'y penche.
Intervenant 1
En fait, l'objectif de notre discussion aujourd'hui, c'est d'explorer un truc très contre-intuitif. Comment est-ce que les mathématiques, qui sont la science de la précision par excellence, comment elles nous dictent d'agir ou de calculer quand on est dans une ignorance totale ?
Intervenant 2
C'est ça, c'est exactement le cœur du problème.
Intervenant 1
Parce que d'habitude, en maths, on a des variables, on a des chiffres, on calcule, mais là, on n'a rien. Bon, décortiquons un peu tout ça. Posez-nous un peu le cadre.
Intervenant 2
Ce principe nous invite vraiment à réfléchir au mélange très subtil entre ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. L'idée, c'est de générer des probabilités qui sont surprenantes, certes, mais qui doivent toujours rester logiques et cohérentes.
Intervenant 1
D'accord. Mais du coup, qui a inventé ça ? Enfin, qui s'est dit un matin, je vais mettre mon ignorance en équation ?
Intervenant 2
Alors, pour les origines, il faut remonter à Pierre Simon Laplace.
Intervenant 1
Oh,
Intervenant 2
carrément ! Oui, en 1840. Dans son essai philosophique sur les probabilités, à l'époque, il n'appelait pas ça le principe d'indifférence, il appelait ça le principe de raison insuffisante.
Intervenant 1
Raison insuffisante. Ouais, je vois l'idée.
Intervenant 2
Voilà. Et plus tard, c'est l'économiste John Maynard Keynes, en 1921, qui l'a vraiment baptisé principe d'indifférence dans son traité sur la probabilité.
Intervenant 1
Et donc, la définition officielle, c'est quoi ?
Intervenant 2
Keynes dit que s'il n'y a aucune raison d'attribuer une alternative plutôt qu'une autre, eh bien, elles ont une probabilité égale.
Intervenant 1
C'est un peu le principe de parcimonie, non ? Ou le maximum d'entropie, comme on dit parfois en physique.
Intervenant 2
Exactement, c'est la même famille d'idées. On ne présume pas d'un déséquilibre si on n'a aucune preuve qu'il y en a un.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et Laplace, il illustre ça de façon géniale avec le jeu de croix ou piles. Enfin, ce qu'on appelle pile ou face aujourd'hui.
Intervenant 1
Ouais, le classique. Une chance sur deux.
Intervenant 2
Voilà. Mais Laplace ajoute un détail clé qui vient de la source qu'on étudiait aujourd'hui. Imaginez que vous savez pertinemment que la pièce est biaisée.
Intervenant 1
Attendez. Elle est truquée.
Intervenant 2
Elle a un défaut de fabrication, une inégalité. Mais, et c'est là tout le truc, vous ignorez totalement de quel côté penche ce biais.
Intervenant 1
D'accord, donc je sais qu'elle n'est pas équilibrée, mais je ne sais pas si elle va tomber plus souvent sur pile ou plus souvent sur face.
Intervenant 2
C'est ça. Et là, Laplace demande, quelle est la probabilité d'obtenir face au tout premier lancer ?
Intervenant 1
Intuitivement, je me dis, vu qu'elle est truquée, ce n'est plus 50-50. La probabilité physique n'est plus d'un demi.
Intervenant 2
Et pourtant si. Laplace montre que ça reste un demi.
Intervenant 1
Vraiment ? Mais comment c'est possible ?
Intervenant 2
Parce que votre ignorance compense parfaitement le bien inconnu. Dans votre tête, dans ce qu'on appelle votre espace épistémique, autant le défaut peut augmenter les chances de faire face, autant il peut les diminuer. Donc, en moyenne, l'ignorance totale crée un équilibre.
Intervenant 1
Oh, je vois. C'est super logique en fait. C'est une analogie que je me faisais en préparant l'émission. C'est comme si on était face à deux portes fermées. Oui. Je sais que derrière l'une, il y a un super trésor et derrière l'autre, il y a un mur en briques. Mais je n'ai absolument aucune indication, pas de carte, pas de son, rien.
Intervenant 2
Rien du tout,
Intervenant 1
oui. Bah, même si la pièce derrière est truquée, disons, le fait de choisir la bonne porte, ma stricte ignorance m'oblige à dire que j'ai 50% chance. Je divise par deux.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie. Ça marche parfaitement pour des choix discrets, comme des portes ou une pièce de monnaie.
Intervenant 1
D'accord. Mais c'est très logique pour une pièce. Mais que se passe-t-il si les options ne sont pas juste binaires ? Parce que la vraie vie sert à un moment juste des portes ou des pièces.
Intervenant 2
Et c'est là que les ennuis commencent. Quand on passe à les variables continues, comme la taille, le poids, la surface, le principe d'indifférence devient une véritable usina paradoxe.
Intervenant 1
Oh là là, donnez-moi un exemple.
Intervenant 2
Prenons le paradoxe formulé par le philosophe Bachian Cornelis van Fraassen.
Intervenant 1
Ah oui, en 1989, le fameux problème du cube.
Intervenant 2
Exactement, le cube de Van Fraassen. L'énoncé est très simple. Une usine produit des cubes de fer. La seule information qu'on a, c'est que l'arête de ces cubes mesure au maximum 2 cm.
Intervenant 1
Ok, arête de 2 cm max, donc entre 0 et
Intervenant 2
2. Voilà. Et la question est, quelle est la probabilité qu'un cube choisi au hasard ait une arête inférieure à 1 cm ?
Intervenant 1
Bon bah là je me lance, on applique le principe d'indifférence naïf, on répartit les chances également.
Intervenant 2
Allez-y.
Intervenant 1
Si l'usine fait des cubes avec une arête entre 0 et 2 cm, la probabilité que ça soit en dessous de 1, c'est la moitié de l'intervalle. Donc une chance sur deux. C'est un demi.
Intervenant 2
C'est parfait.
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