
10 févr. 2025 · 23 min
Cyril Bonin : quand les maths deviennent des récits de BD
Dans cet épisode, suivez le parcours créatif de Cyril Bonin et découvrez comment hasard, infini et liberté prennent vie dans ses bandes dessinées.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Salut tout le monde et bienvenue dans cette nouvelle émission, le podcast du magazine Tangente. On est super contents de vous retrouver. Et aujourd'hui, bon, décortiquons un truc complètement fou. Imaginons un peu la Seine. On a des rues pavées, de longs trench coats, une élégance hyper feutrée. Bref, une atmosphère de polar vintage des années 50.
Intervenant 2
Un truc délicieusement onirique, un brin nostalgique.
Intervenant 1
C'est ça. On tourne la page, on admire ce dessin qui est très doux, très poétique, et soudainement, paf ! En plein milieu de ce décor de cinéma classique, on se prend de plein fouet les concepts mathématiques les plus vertigineux que l'esprit humain ait jamais conçu.
Intervenant 2
Genre l'infini absolu, la physique quantique, ce genre de choses.
Intervenant 1
Mais oui, l'indétermination totale. Et du coup, le paradoxe monumental sur lequel on se penche aujourd'hui, c'est comment, mais comment, on peut associer une esthétique aussi romantique à des équations qui, soyons honnêtes, donnent plutôt des sueurs froides à la plupart d'entre nous.
Intervenant 2
Ah, c'est clair ! Et c'est un paradoxe qui mérite vraiment toute notre attention. Notre exploration va se concentrer sur l'univers de Cyril Bonin. C'est un auteur de bande dessinée dit complet. C'est-à-dire qu'il imagine le scénario, il dessine les planches, il pose lui-même les couleurs. Enfin, il fait tout.
Intervenant 1
Un vrai homme orchestre du coup.
Intervenant 2
complètement et c'est un artiste dont le travail a d'ailleurs été couronné par les lecteurs lycéens puisqu'il a eu une mention au prix tangence des lycéens en 2022 et il a carrément été le lauréat en 2024. Et ce qui est fascinant c'est que ses œuvres utilisent les mathématiques non pas comme un simple décor en arrière-plan mais vraiment comme le moteur de l'intrigue.
Intervenant 1
Et c'est là toute la mission de notre plongée d'aujourd'hui. On va essayer de comprendre cette alchimie improbable. On va voir comment les mathématiques, loin de la froideur qu'on leur prête souvent, deviennent chez lui un miroir fascinant pour interroger des trucs comme le libre arbitre, le hasard et même notre destinée.
Intervenant 2
Et pour bien saisir cette démarche, il faut remonter aux origines en fait. Parce que la relation de Cyril Bonin avec les sciences exactes, ça n'a absolument pas commencé par un coup de foudre intellectuel. Pas du tout même.
Intervenant 1
Ah oui, c'était même carrément l'inverse. J'ai lu que son premier contact à l'école avait été qualifié de « douloureux ». C'est le mot qu'il emploie.
Intervenant 2
Oui, le terme est fort, mais en même temps, il traduit une expérience hyper commune pour beaucoup de gens. Ce qu'il rebutait dans le cadre scolaire, c'était vraiment l'aspect perçu comme définitif, binaire et très absolu de la discipline.
Intervenant 1
Ouais, le côté il y a une seule bonne réponse et puis c'est tout quoi.
Intervenant 2
Exactement. À l'école, on présente un problème, on applique une formule et paf, la réponse est soit parfaitement juste, soit totalement fausse. Il n'y a pas vraiment de place apparente pour la subjectivité ou l'interprétation. Et ça, ça peut créer un vrai mur pour un esprit qui est plutôt tourné vers la création et la narration.
Intervenant 1
C'est fascinant comme trajectoire, je trouve. Enfin, si on devait filer une métaphore, c'est un peu comme si l'enseignement classique des mathématiques, ça ressemblait à une visite dans une prison de très haute sécurité.
Intervenant 2
Ah, l'image de la prison, ouais !
Intervenant 1
Ben oui, tu vois, tout y est hyper structuré, les couloirs sont tout droits, on n'a pas le droit de toucher au mur et il n'y a qu'une seule issue autorisée. Mais plus tard, au hasard de lectures et d'émissions de radio, c'est comme si l'auteur avait découvert une petite porte dérobée au fond de cette
Intervenant 2
prison. Une porte secrète qui change tout.
Intervenant 1
C'est ça. Et cette porte, elle donne carrément sur un parc d'attractions infini, sans limites, bourré de mystères et de concepts juste hallucinants.
Intervenant 2
Et le pire, c'est que cette ouverture, elle s'est faite grâce à des déclics très très précis. En fait, il s'est rendu compte que les mathématiques, loin de clore le débat avec une solution finale, elles ouvrent sur des mystères complètement insondables.
Intervenant 1
Comme quoi par exemple ?
Intervenant 2
Eh bien, le premier de ces déclics, ça concerne les nombres irrationnels. Et il les a découverts à travers la géométrie la plus simple qui soit. Il suffit de tracer un carré dont chaque côté mesure exactement 1.
Intervenant 1
Ok, je visualise, c'est propre, c'est des nombres entiers, c'est hyper rassurant.
Intervenant 2
Voilà. Mais dès que l'on trace la diagomale de ce carré et qu'on cherche à en mesurer la longueur, badaboom, on tombe sur la racine carrée de 2.
Intervenant 1
Ah, et c'est là que le sol se dérobe complètement.
Intervenant 2
Mais oui, c'est le grand drame des pythagoriciens dans l'Antiquité. Dans la Grèce antique, l'école de Pythagore croyait dur comme fer que l'univers entier, des orbites des planètes aux notes de musique, tout pouvait être décrit par des nombres entiers ou des fractions super simples.
Intervenant 1
Sauf que la racine carrée de 2, bah, ça rentre pas dans ces cases-là.
Intervenant 2
Pas du tout. C'est un nombre irrationnel. On ne peut pas l'écrire sous forme de fraction. Ces décimales s'enchaînent à l'infini, sans aucune répétition, sans aucun motif régulier. La perfection rassurante du carré, elle cache en son sein un abîme insaisissable. Et Cyril Bonin rappelle avec beaucoup de malice que cette simple diagonale tracée dans le sable, ça a dû littéralement rendre fous les mathématiciens de l'époque.
Intervenant 1
Le rationnel qui s'effondre de l'intérieur, c'est vraiment vertigineux. Mais il me semble qu'il y a eu un autre grand choc conceptuel pour lui, non ?
Intervenant 2
Oui, le second choc, ça concerne la notion d'infini. Plus précisément, le fait, et c'est mathématiquement prouvé, qu'il existe plusieurs tailles d'infini.
Intervenant 1
Des tailles d'infini ? Ça a l'air complètement absurde dit comme ça.
Intervenant 2
Et pourtant. Mais le plus paradoxal, c'est que certains ensembles qui semblent plus petits qu'un l'autre sont en réalité exactement de la même taille. Je te donne un exemple. Prenons l'ensemble de tous les nombres entiers. 1, 2, 3, 4 et ainsi de suite.
Intervenant 1
D'accord, l'infini classique.
Intervenant 2
Et prenons ensuite l'ensemble des nombres pairs 2, 4, 6,
Intervenant 1
8. Attends, là notre intuition nous hurle qu'il y a deux fois moins de nombres pairs que de nombres entiers. C'est hyper logique puisqu'on en saute un sur deux.
Intervenant 2
Et bien l'intuition nous trompe lourdement. Le mathématicien Georges Cantor a démontré qu'ils contiennent exactement la même quantité d'éléments.
Intervenant 1
Mais comment c'est possible ?
Intervenant 2
Le mécanisme de cette preuve est hyper simple mais super déroutant. Il suffit de relier chaque nombre entier à son double. Le 1 est relié au 2, le 2 au 4, le 3 au 6, le 100 au 200, et on peut continuer cette association à l'infini, éternellement, sans jamais qu'aucun nombre entier ni aucun nombre pair ne reste seul de son côté.
Intervenant 1
Ah ouais, donc il y a une correspondance parfaite. Ce qu'on appelle une bijection, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement, une bijection. Donc le tout n'est pas plus grand que l'une de ses parties. C'est complètement fou. Et c'est ce genre de paradoxe où la vérité contredit sciliolemment le bon sens qui a nourri le processus créatif de Bobinquen. Il a compris qu'il préférait largement le mystère fécond de ses infinis aux certitudes fermées de l'école.
Intervenant 1
D'accord, je comprends l'émerveillement. Mais concrètement, comment on passe d'une démonstration théorique sur les ensembles pairs à une vraie bande dessinée de fiction ?
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