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22 nov. 2017 · 17 min

Pourquoi les codes secrets ont-ils eu besoin de machines ?

Dans cet épisode audio, suivez l’évolution du chiffrement : alphabets, cadrans, cylindres et rotors, avant le remplacement des machines par les logiciels.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à tous. Alors aujourd'hui, on va faire une plongée vraiment fascinante dans l'histoire des codes secrets. On s'appuie sur l'article « Autour des machines cryptographiques » et on va remonter le temps.

  2. Intervenant 2

    Oui, une histoire qui est pleine de rebondissements.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Je repensais à l'année 1943. Le haut commandement militaire allemand dormait sur ses deux oreilles. Ils étaient intimement persuadés que leur communication était totalement inviolable.

  4. Intervenant 2

    Ils pariaient vraiment tout leur effort de guerre sur un chiffre qui donne le vertige. On parle de 10 millions de milliards.

  5. Intervenant 1

    10 millions de milliards de clés possibles, c'était le nombre de configurations pour leur célèbre machine de chiffrement

  6. Intervenant 2

    Enigma. Sauf qu'ils avaient tort. Et c'est un peu ça le fil rouge de notre exploration aujourd'hui.

  7. Intervenant 1

    C'est clair. On va voir comment les mathématiques ont façonné cette guerre de l'ombre. C'est une bataille intellectuelle acharnée depuis l'Antiquité jusqu'aux algorithmes modernes.

  8. Intervenant 2

    Une vraie course entre ceux qui conçoivent des serrures complexes et ceux qui finissent toujours par trouver le moyen de les crocheter.

  9. Intervenant 1

    Et ce que l'histoire nous révèle, c'est que la complexité apparente d'un système, c'est jamais une garantie absolue.

  10. Intervenant 2

    Ah ben non. L'évolution de la cryptographie, c'est pas du tout une ligne de rate tranquille, tu vois. C'est une succession de crises.

  11. Intervenant 1

    Une méthode est inventée, on la croit parfaite et bim, une faille logique est découverte.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Ce qui force les concepteurs à imaginer un mécanisme encore plus retort la fois d'après.

  13. Intervenant 1

    Ok, décortiquons ça en commençant par le tout début, l'illusion des secrets simples. Les sources décrivent les premières méthodes sérieuses basées sur la substitution mono-alphabétique.

  14. Intervenant 2

    Le principe, il semble presque enfantin aujourd'hui. On prend l'alphabet et on remplace chaque lettre par un symbole bizarre.

  15. Intervenant 1

    Ouais, l'article mentionne un document des archives de Strasbourg de 1627. Visuellement, c'est juste un tableau de correspondance.

  16. Intervenant 2

    Un A devient une sorte de triangle, un B devient un astérisque, ce genre de choses.

  17. Intervenant 1

    Et sur le papier, le message final ressemble à un vieux grimoire ésotérique. Ça a l'air super sécurisé.

  18. Intervenant 2

    Mais l'aspect visuel est trompeur. En fait, ça masque une fragilité mathématique béante.

  19. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  20. Intervenant 2

    Le problème, il ne vient pas du choix des symboles. Il vient de la structure même du langage humain. Les langues obéissent à des règles statistiques immuables.

  21. Intervenant 1

    Ah, l'analyse des fréquences.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Dès qu'un texte chiffré est un peu long, le cryptanalyste a même pas besoin de chercher le sens des mots, il a juste à compter.

  23. Intervenant 1

    Donc en français, comme la lettre E domine largement toutes les autres.

  24. Intervenant 2

    C'est ça, tu comptes le symbole qui revient le plus, et c'est le E.

  25. Intervenant 1

    Donc si je tombe sur ce document de 1627 et que je repère qu'un petit carré apparaît 50 fois, alors que le reste est rare, j'ai pas besoin d'être un génie pour déduire que ce carré, c'est un

  26. Intervenant 2

    E. La faille est là, tout simplement. Et la méthode se poursuit en cascade. Les cryptologues ont même un moyen mnémotechnique, un peu amusant, pour l'ordre des lettres les plus fréquentes en français après le E. Ah oui, le fameux mot. Exact. Cet ordre forme le mot « ceinturlo ». S-A-I-N-T-U-R-L-O. Et c'est d'ailleurs pas un hasard si « ceinturlo » est considéré, de manière un peu facétieuse, comme le saint patron des cryptologues.

  27. Intervenant 1

    C'est génial. Donc une fois qu'on remplace les symboles les plus fréquents par ces lettres, le squelette du texte apparaît direct.

  28. Intervenant 2

    Oui, les mots commencent à se dessiner.

  29. Intervenant 1

    J'essaye de me représenter ça en situation réelle. En fait, ça ressemble à une partie du jeu du pendu, mais où le contexte nous donne la moitié des réponses.

  30. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Le contexte est roi.

  31. Intervenant 1

    Par exemple, si on intercepte un message d'une forteresse qui subit un siège très lourd, le champ lexical militaire va s'imposer de lui-même.

  32. Intervenant 2

    Tu vas chercher les mots précis.

  33. Intervenant 1

    Voilà, je vais chercher un mot comme munition, par exemple. Et si je vois une suite de symboles avec une répétition, disons le troisième et le septième symbole qui sont identiques pour les deux i, et le quatrième et le huitième pour les deux n, le mot se devine tout seul.

  34. Intervenant 2

    Le secret s'effondre en quelques minutes.

  35. Intervenant 1

    Mais du coup, si un simple calcul de fréquence suffit à ruiner le secret, comment a-t-on pu complexifier le système avant même l'invention de l'informatique ? Parce qu'on ne pouvait pas juste continuer avec un truc aussi pourreux.

  36. Intervenant 2

    Eh bien, l'échec de cette substitution statique, ça a provoqué une vraie rupture. Pour contrer le calcul des fréquences, il fallait brouiller les statistiques.

  37. Intervenant 1

    Logique. Et on a fait comment ?

  38. Intervenant 2

    C'est ce qui a donné naissance à la substitution dynamique, on l'appelle aussi polyalphabétique. L'idée fondatrice, elle vient de Blaise de Vigenère au XVIe siècle.

  39. Intervenant 1

    D'accord, donc c'est plus la même lettre pour le même symbole.

  40. Intervenant 2

    Non, son concept repose sur un décalage variable. Au lieu de remplacer systématiquement le A par un X, la substitution change selon la position de la lettre dictée par une clé secrète.

  41. Intervenant 1

    Ok, prenons un exemple. Si on prend une clé super basique, disons A, B, C. Vas-y. Le A dicte un décalage de zéro. Le B décale d'une position. Le C de deux positions.

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