
16 juil. 2020 · 22 min
Peut-on tout mesurer ? Des notes au bonheur
Dans cet épisode audio, suivez le fil des notes d’examen au bonheur pour voir où barèmes et pondérations atteignent leurs limites.
Collections de cet épisode (3)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bonjour à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour.
Intervenant 1
Alors imaginez un instant, vous passez le concours le plus difficile de votre
Intervenant 2
vie.
Intervenant 1
Et un correcteur épluche votre copie d'histoire, il soupire, il vous classe disons avant-dernier.
Intervenant 2
L'angoisse absolue.
Intervenant 1
Voilà, donc logiquement vous êtes recalé. Mais un deuxième correcteur relie la même copie, à la virgule près. Et lui, il vous classe deuxième de tout le pays.
Intervenant 2
Ah, c'est le grand écart ?
Intervenant 1
Oui, ça ressemble à une très mauvaise blague. Mais en fait, ce n'est pas une fiction. C'est une véritable expérience scientifique. Et c'est un peu le point de départ vertigineux de notre exploration d'aujourd'hui.
Intervenant 2
C'est une excellente porte d'entrée, je trouve. Parce que notre rapport aux mathématiques et à la mesure en général, il est souvent très naïf.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Disons qu'on s'attend généralement à la robustesse d'un étalon physique. Voyez, un mètre, ça fait un mètre.
Intervenant 1
Oui, un kilogramme pèse un kilogramme.
Intervenant 2
Exactement. Mais les sources que nous allons décortiquer aujourd'hui, elles s'attaquent au moment où cette belle certitude s'effondre.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Que se passe-t-il quand on tente d'appliquer cette rigueur des nombres à des choses qui, par nature, n'ont aucune consistance physique ?
Intervenant 1
Mais comme l'intelligence ou la qualité d'une réflexion ?
Intervenant 2
Ou même la satisfaction d'une population entière.
Intervenant 1
Oui, voilà. C'est vraiment le cœur du problème.
Intervenant 2
Et c'est ce paradoxe qu'on va crever parce que la société moderne a vraiment une obsession, disons, absolue pour la quantification. Même quand l'outil de mesure déforme complètement la réalité.
Intervenant 1
Tout à fait. Donc pour reprendre ce traumatisme des notes scolaires avec l'expérience que je viens de citer, c'était où exactement et quand...
Intervenant 2
Alors, c'est l'expérience fondatrice de ce qu'on appelle la docimologie.
Intervenant 1
La docimologie ?
Intervenant 2
Oui, c'est-à-dire l'étude scientifique de la notation. C'est un terme qui a été forgé par Henri Pierron en 1922. D'accord.
Intervenant 1
Et
Intervenant 2
pour tester la fiabilité des notes, il y a un physiologiste qui s'appelle Henri Logier, qui a pris en 1930 166 véritables copies du concours de l'agrégation d'histoire.
Intervenant 1
166 copies de l'agrégation. C'est du sérieux.
Intervenant 2
Oui, c'est le haut niveau. Et il a demandé à deux professeurs extrêmement expérimentés de les corriger de manière totalement indépendante.
Intervenant 1
Et c'est là que le résultat donne un peu des sueurs froides à n'importe quel étudiant.
Intervenant 2
C'est ça. L'écart moyen entre les deux correcteurs était de 2 points sur 20. Ce qui est déjà pas mal.
Intervenant 1
Ouais.
Intervenant 2
Mais sur certaines copies, la différence grimpait à 9 points.
Intervenant 1
9 points d'écart sur la même copie.
Intervenant 2
Exactement. Et donc l'un des candidats recalés par le premier jury finissait effectivement sur le podium du second.
Intervenant 1
C'est fou.
Intervenant 2
Concrètement, la moitié des candidats qui auraient été admis par l'un étaient rejetés par l'autre.
Intervenant 1
C'est vraiment comme utiliser un thermomètre qui m'indiquerait la canicule et pour vous le gel alors qu'on est assis dans la même pièce. C'est une très
Intervenant 2
bonne image, oui.
Intervenant 1
Mais bon, après, on parle d'une dissertation d'histoire. Je veux dire, c'est de la rhétorique, du style, des opinions. C'est forcément subjectif. Est-ce que cette variabilité existe quand on corrige des sciences dites exactes ?
Intervenant 2
Eh bien oui, l'expérience a évidemment été reproduite en mathématiques et en physique.
Intervenant 1
Et alors ?
Intervenant 2
Les variations sont un tout petit peu moins spectaculaires, disons. Mais elles restent massives et elles modifient complètement les classements finaux.
Intervenant 1
Ah oui, même en
Intervenant 2
maths. Pief que ça, on a fait corriger des copies de bac par des élèves de terminale pour comparer avec des enseignants.
Intervenant 1
D'accord. Et le résultat ?
Intervenant 2
L'ampleur des écarts est quasiment identique. En fait, l'erreur ne vient pas de l'incompétence du correcteur.
Intervenant 1
Elle vient d'où alors ?
Intervenant 2
Elle est inhérente à l'acte même de transformer une pensée complexe en un chiffre unique.
Intervenant 1
Ah d'accord. Donc la note brute est fondamentalement instable.
Intervenant 2
Totalement.
Intervenant 1
Mais j'imagine que le système éducatif le sait ça. Et nos sources montrent qu'il utilise des méthodes mathématiques pour lisser un peu tout ça.
Intervenant 2
Oui, il y a des techniques pour compenser.
Intervenant 1
Il y a notamment cette fameuse méthode appelée la règle de l'élastique. Si je comprends bien, le but, c'est de s'assurer qu'une classe ou un groupe de candidats atteignent une moyenne, disons, acceptable, politiquement ou pédagogiquement.
Intervenant 2
C'est ça. Prenons les données fournies par l'une de nos sources pour vraiment comprendre la mécanique de ces lissages.
Intervenant 1
Allons-y.
Intervenant 2
Imaginez un jury face à quatre candidats.
Intervenant 1
OK.
Intervenant 2
Leurs moyennes générales de départ sont de 9... De 7,5, de 10,5 et de 13.
Intervenant 1
Donc 9, 7,5, 10,5 et 13. Ça fait une moyenne autour de 10, ça, non ?
Intervenant 2
Oui, c'est ça. La moyenne de ce groupe est exactement de 10.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Mais le jury trouve que la note de 7,5, c'est trop sévère. Et donc, il décide que la moins bonne copie de ce groupe, celle à 7,5, doit valoir un 10.
Intervenant 1
Ah, attendez, laissez-moi faire le calcul. Pour passer de 7,5 à 10, on doit multiplier par une fraction ? Oui. C'est du 4 tiers, ça. Environ 1,33.
Intervenant 2
Vous avez l'œil, c'est exactement 4 tiers.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

13 févr. 2026 · 17 min

10 oct. 2025 · 27 min

17 déc. 2024 · 26 min

17 déc. 2024 · 5 min

17 déc. 2024 · 20 min

17 déc. 2024 · 5 min