tangenteAudio

17 déc. 2024 · 5 min

Condorcet : l’arithmétique peut-elle rendre le citoyen autonome ?

Dans cet épisode, suivez le raisonnement de Condorcet : de l’arithmétique utile à l’autonomie du citoyen, puis aux premières notions de maths dans l’enfance.

Collections de cet épisode (3)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour. Alors aujourd'hui, on va plonger dans une période un peu agitée, la Révolution française. On pense souvent que l'arme absolue contre la tyrannie à ce moment-là, c'était la pique, le mousquet ou bien sûr…

  2. Intervenant 2

    La guillotine.

  3. Intervenant 1

    Voilà, la guillotine. Mais en fait, pour certains penseurs, c'était plutôt l'addition, la soustraction et les probabilités.

  4. Intervenant 2

    Ça paraît contre-intuitif dit comme ça.

  5. Intervenant 1

    C'est clair. L'objectif de notre exploration aujourd'hui, c'est justement de comprendre comment les mathématiques, qu'on perchoit souvent comme très froides ou rigides, ont été pensées comme le meilleur outil d'émancipation citoyen.

  6. Intervenant 2

    Et tout ça en s'appuyant principalement sur les écrits de Nicolas de Condorcet. C'est vraiment la figure incontournable ici.

  7. Intervenant 1

    Alors Condorcet, il faut rappeler que ce n'est pas juste un savant enfermé dans sa tour d'ivoire, on est d'accord.

  8. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. C'est un mathématicien de tout premier plan, c'est vrai. Mais c'était aussi un acteur politique majeur. Il a carrément repensé le système éducatif de l'époque.

  9. Intervenant 1

    Il militait même ardemment pour l'instruction des filles. Ce qui était franchement pas gagné.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Et pour lui, l'équation de base, elle est très simple. L'instruction, c'est ce qui doit garantir la liberté.

  11. Intervenant 1

    Il disait d'ailleurs qu'une personne qui maîtrise l'arithmétique élémentaire ne dépend plus des savants. Enfin, si j'essaye de transposer à notre époque pour vulgariser l'idée, c'est comme notre capacité à lire les petits caractères en bas d'un contrat d'assurance.

  12. Intervenant 2

    C'est une excellente image, oui.

  13. Intervenant 1

    Bah oui. Si on ne maîtrise pas le jargon ou si on ne sait pas calculer les pourcentages, on est totalement à la merci de celui qui a rédigé le contrat. A d'où l'idée de ce qu'il appelait la mathématique sociale.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait. Il ne s'agissait pas du tout de poser des équations abstraites juste pour le plaisir intellectuel. Condorcet, il utilisait les statistiques et les probabilités pour analyser des choses très concrètes.

  15. Intervenant 1

    Comme quoi, par exemple ?

  16. Intervenant 2

    Mais comme les systèmes de vote ou encore les décisions prises par des jurys dans les tribunaux.

  17. Intervenant 1

    D'accord. Donc l'idée, c'est de démontrer par le calcul qu'une population qui est formée à raisonner logiquement, elle produit tout simplement de meilleures décisions démocratiques.

  18. Intervenant 2

    Voilà. La logique mathématique permet de structurer le bon sens de toute la population. Ça la rend imperméable à la manipulation.

  19. Intervenant 1

    C'est fascinant. Mais du coup, là, je bloque un peu sur l'application pratique. S'il s'agit de forger l'indépendance de toute la nation, on s'attendrait à ce qu'il réserve cet apprentissage rigoureux à l'école, sur les bancs d'une institution très formelle.

  20. Intervenant 2

    C'est ce qui semble logique aujourd'hui, oui. Mais en fait, la chronologie de son programme réserve une grosse surprise. Il opérait une séparation très stricte entre deux sphères.

  21. Intervenant 1

    Lesquelles ?

  22. Intervenant 2

    Il y avait d'un côté l'instruction, qui était dispensée par l'école, et de l'autre, l'éducation. Et l'éducation, pour lui, ça appartenait au domaine intime de la famille.

  23. Intervenant 1

    Et les maths, là-dedans, c'était pour l'école, non ?

  24. Intervenant 2

    Eh bien, paradoxalement, non. C'est dans cette éducation familiale qu'il voulait introduire les toutes premières notions mathématiques.

  25. Intervenant 1

    Attendez, vraiment, il voulait que la famille enseigne les chiffres et les lignes géométriques dès la prime enfance ?

  26. Intervenant 2

    Absolument, dès le plus jeune âge.

  27. Intervenant 1

    Mais, enfin, un intellectuel du XVIIIe siècle devait bien savoir que les maths ont une réputation d'austérité. Comment il espérait imposer ça à des tout-petits sans les dégoûter ?

  28. Intervenant 2

    Ah mais il était très lucide sur la sécheresse de sa discipline. Et c'est justement pour ça qu'il confie cette tâche à la famille, avec un argument vraiment inattendu et très touchant.

  29. Intervenant 1

    Lequel ?

  30. Intervenant 2

    La tendresse maternelle. Condorcet estimait que l'affection d'une mère, c'était le véhicule idéal pour adoucir la rigueur d'un apprentissage aussi abstrait.

  31. Intervenant 1

    Donc l'affection vient compenser l'aridité de la matière, la douceur du lien filial permet d'aborder la logique sans heurter l'imagination de l'enfant.

  32. Intervenant 2

    C'est exactement son raisonnement.

  33. Intervenant 1

    Et nos sources mentionnent d'ailleurs une trace visuelle très forte de cette philosophie. C'est un tableau de la célèbre peintre Élisabeth Vigée-Lebrun qui date de 1787. Le

  34. Intervenant 2

    fameux portrait avec sa fille, oui.

  35. Intervenant 1

    C'est ça. Elle s'y représente avec sa fille et la petite est justement plongée dans...

  36. Intervenant 2

    Dans une leçon de géométrie.

  37. Intervenant 1

    Voilà. Complètement absorbée par sa leçon.

  38. Intervenant 2

    Et ce tableau, il porte un message politique hyper puissant pour l'époque. Voir une femme peintre représenter sa jeune fille en train d'étudier les sciences dures, ça matérialise parfaitement l'idéal de Condorcet.

  39. Intervenant 1

    L'alliance de la tendresse familiale et de la rationalité.

  40. Intervenant 2

    Et surtout, une rationalité rendue accessible aux filles comme aux garçons.

  41. Intervenant 1

    En fin de compte, l'accès universel à cette logique mathématique, ça dépasse largement la simple compétence scolaire, c'est carrément le socle d'une citoyenneté éclairée.

  42. Intervenant 2

    Exactement. C'est le moyen de penser par soi-même pour construire une société libre. La capacité d'analyse devient littéralement la première ligne de défense de la démocratie.

  43. Intervenant 1

    C'est fort. Et ça amène une réflexion assez vertigineuse sur notre propre époque. Si on y réfléchit, si la maîtrise de l'arithmétique de base affranchissait les citoyens du XVIIIe siècle de la tutelle des élites intellectuelles, on peut légitimement se demander quelle est la discipline exacte d'aujourd'hui qui joue ce rôle.

  44. Intervenant 2

    Ah, c'est une très bonne question.

  45. Intervenant 1

    Peut-être que c'est la compréhension du code informatique ou de la logique des algorithmes. Ignorer le fonctionnement de ces technologies aujourd'hui, c'est peut-être se condamner à une dépendance totale envers les géants du numérique.

  46. Intervenant 2

    En devenant incapable de déchiffrer les nouvelles règles de notre monde, en effet.

  47. Intervenant 1

    Exactement. C'est une réflexion qu'on laisse ouverte. Merci chaleureusement pour l'écoute de cette exploration.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.