tangenteAudio

20 mai 2020 · 20 min

Modèles d’épidémie : quand faut-il cesser de les croire ?

Cet épisode suit, étape par étape, la construction d’une prévision et montre pourquoi de nouvelles données peuvent imposer de corriger ou remplacer le modèle.

Premium
Collections de cet épisode (7)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment super ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une exploration qui va, je vous le préviens, pas mal bousculer vos certitudes.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à toutes et à tous. Et oui, on va plonger dans un sujet assez fascinant.

  3. Intervenant 1

    Un sujet qui ressemble presque à un thriller scientifique. Alors, on va se replonger un instant en mars 2020. Vous vous souvenez, avoir un test de dépistage négatif entre les mains, ça donnait vraiment l'impression de détenir un totem d'immunité.

  4. Intervenant 2

    C'est clair, c'était le Graal.

  5. Intervenant 1

    Exactement. On se croyait sains, on pensait pouvoir protéger ses proches. Sauf que, et c'est là que ça devient dingue, mathématiquement, si vous étiez dans un foyer d'infection, ce même bout de plastique censé vous rassuler, vous mentait carrément une fois sur quatre.

  6. Intervenant 2

    C'est la douche froide quand on réalise ça.

  7. Intervenant 1

    Totalement. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on décortique un article absolument percutant qui s'intitule « Modélisation et calcul sur le vif ». Notre mission du jour, c'est vraiment de comprendre comment les mathématiques tentent de dompter une réalité mouvante, surtout quand le monde entier bascule dans le chaos.

  8. Intervenant 2

    Et pour le coup, c'est une exploration pleine de vertiges. En fait, on a souvent cette image d'épinal des mathématiques, comme une science très pure, très froide, où une équation parfaite sur le papier va dicter la marche du monde. La fameuse

  9. Intervenant 1

    rigueur mathématique,

  10. Intervenant 2

    quoi. Voilà. Mais la réalité du terrain, genre les couloirs confinés d'une maison de retraite ou même juste l'épuisement d'une infirmière, ça vient parfois fracasser ces équations avec une violence inouïe.

  11. Intervenant 1

    C'est ça qui est passionnant. On va voir que les modèles ne sont pas des boules de cristal. Et c'est justement dans leurs failles que se cachent les leçons les plus intéressantes.

  12. Intervenant 2

    Tout à fait. Et je dirais même que c'est quand le modèle déraille qu'on apprend le plus sur nous-mêmes.

  13. Intervenant 1

    Bon, pour aborder ces failles, il faut déjà qu'on se mette d'accord sur ce qu'on observe. Parce que pendant la pandémie, le mot modèle, on l'entendait en boucle sur toutes les chaînes d'info.

  14. Intervenant 2

    Ah, ça a toutes les sauces.

  15. Intervenant 1

    Ouais. Les modèles dictaient les confinements, les réouvertures, les jaules dans les supermarchés. Spontanément, je crois que tout le monde se disait qu'un modèle, c'est une sorte de réplique miniature et ultra précise de notre monde. Mais notre source est très claire là-dessus. Elle définit le modèle mathématique comme une pure fiction.

  16. Intervenant 2

    Et ce terme de fiction, il est essentiel. Un modèle ne cherche jamais, au grand jamais, à être une tropie conforme de la réalité.

  17. Intervenant 1

    Parce que la réalité est trop complexe.

  18. Intervenant 2

    Exactement, elle est chaotique, elle est pleine de détails inutiles. Imaginez une carte géographique à l'échelle 1 pour 1.

  19. Intervenant 1

    Ah oui, l'échelle grandeur nature.

  20. Intervenant 2

    C'est ça, elle serait totalement inutilisable. Tu la déplies et elle recouvre le pays entier. Un modèle, en fait, c'est un pont abstrait. On prélève un phénomène précis du monde réel, on le dépouille de tout ce qui n'est pas strictement nécessaire et on le traduit en langage mathématique.

  21. Intervenant 1

    Donc on simplifie à l'extrême.

  22. Intervenant 2

    Voilà, pour tenter d'en anticiper le comportement.

  23. Intervenant 1

    Ce soir, alors comment une équation peut prévoir combien de personnes vont attraper un virus dans trois semaines ?

  24. Intervenant 2

    C'est là que la magie opère. C'est grâce à la loi des grands nombres et au théorème central limite.

  25. Intervenant 1

    Oula, les gros mots !

  26. Intervenant 2

    Mais non, vous allez voir, c'est très intuitif. À l'échelle d'une seule personne, oui, tout est imprévisible. Votre comportement individuel, c'est un bruit de fond chaotique.

  27. Intervenant 1

    Je confirme.

  28. Intervenant 2

    Mais quand on agrège les comportements de dizaines de millions d'individus, ce chaos s'annule en partie.

  29. Intervenant 1

    Les extrêmes se compensent, c'est ça.

  30. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Des régularités émergent, des tendances lourdes apparaissent, les probabilités nous disent que l'imprévisibilité individuelle finit par se fondre dans une prévisibilité collective.

  31. Intervenant 1

    Ah, ça me fait penser à la météo ou au sondage politique en fait. Quand on annonce qu'un candidat a, disons, 52% d'intention de vote, on n'a évidemment pas interrogé les 40 millions d'électeurs.

  32. Intervenant 2

    Non, bien sûr, juste un échantillon.

  33. Intervenant 1

    Voilà, on fait tourner des modèles et on projette ce résultat abstrait sur la réalité. Et justement, à propos de cette projection, l'article utilise un acronyme qui m'a vraiment fait sourire, c'est le concept PAC.

  34. Intervenant 2

    Le fameux PAC.

  35. Intervenant 1

    Ouais, probablement approximativement correct. Avouons que pour une science qu'on associe à la précision absolue, revendiquer l'approximation, c'est limite contre-intuitif, non ?

  36. Intervenant 2

    Je comprends que ça perturbe. Ça vient titiser notre besoin humain de certitude. Surtout face à une menace virale, on veut des réponses binaires.

  37. Intervenant 1

    Oui, oui ou non. Dangereux ou inoffensifs.

  38. Intervenant 2

    Sauf que les mathématiques appliquées, elles ne fonctionnent pas avec la vérité absolue. Cet acronyme PAC, c'est en fait une preuve d'une immense rigueur intellectuelle. Ça quantifie très exactement ce qu'on ne sait pas.

  39. Intervenant 1

    D'accord, alors décortiquons ce PAC. Le « probablement », si j'ai bien saisi l'article, c'est le niveau de confiance statistique, c'est bien ça ?

  40. Intervenant 2

    C'est ça. Ça répond à la question « à quel point suis-je sûr de mon résultat ? ». C'est le pourcentage de chance que notre prévision ne soit pas complètement à côté de la plaque.

  41. Intervenant 1

    Et le approximativement ?

  42. Intervenant 2

    L'approximativement, on vient cadrer la valeur elle-même. Pour reprendre votre analogie politique de tout à l'heure, un statisticien sérieux ne dira jamais, mais alors jamais, le candidat fera très exactement 52,00%.

  43. Intervenant 1

    Oui, il donne une fourchette.

  44. Intervenant 2

    Voilà, il dira j'ai 95% de certitude, ça c'est probablement, que le score final tombera quelque part entre 50 et 54%. Et ça, c'est l'approximatif. Le modèle encadre rationnellement notre ignorance.

  45. Intervenant 1

    C'est une super transition pour aborder la phase la plus critique de la pandémie. Parce qu'au tout début, en mars 2020, de l'ignorance, on n'avait que ça.

  46. Intervenant 2

    Ah oui, c'était le brouillard total.

  47. Intervenant 1

    Mais vraiment, on ne connaissait pas le taux de transmission réel, ni la durée d'incubation, ni la part des gens immunisés en silence. Rien. Et du coup, ma question, c'est comment on fait tourner des modèles statistiques quand on n'a absolument aucune donnée à mettre dedans ?

  48. Intervenant 2

    Eh bien, on fabrique ce qu'on appelle des modèles joués, ou toy models en anglais.

  49. Intervenant 1

    Des modèles joués ?

  50. Intervenant 2

    Oui. Faute de données réelles pour nourrir les algorithmes, les chercheurs créent des mondes entièrement virtuels.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.