
25 août 2023 · 13 min
Quipus incas : quand les cordelettes deviennent des preuves
L’épisode suit ces cordelettes à nœuds, du comptage inca à leur reconnaissance comme preuves, puis à leur interdiction par les autorités coloniales.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on vous a préparé une exploration qui remet pas mal de certitudes en question.
Intervenant 2
Salut Evelyne.
Intervenant 1
C'est clair, on a une sacrée plongée au programme aujourd'hui.
Intervenant 2
Ouais, parce que si je te disais que le simple fait de dire 1, 2, 3, c'était en réalité l'acte politique le plus subjectif et peut-être le plus redoutable de l'histoire humaine.
Intervenant 1
C'est fou de dire ça. Parce que d'habitude, quand on pense aux mathématiques ou juste à l'action de compter, on imagine un truc hyper froid, totalement mécanique.
Intervenant 2
Exactement. Le truc indiscutable quoi. On regarde une table, on compte les objets, on a un total et c'est marre. Le chiffre serait neutre.
Intervenant 1
Sauf que cette neutralité absolue, c'est exactement l'illusion qu'on va démonter. Notre source du jour, c'est un article fascinant de Tangente qui s'intitule « Dénombrer pour exister l'usage politique des quipus ». Un titre qui annonce la couleur.
Intervenant 2
Complètement. La thèse de l'auteur, c'est que compter, ça n'a absolument rien d'innocent ou de scientifique en soi. C'est un acte hyper orienté qui demande de faire des choix.
Intervenant 1
Des choix qui cachent même parfois une vraie brutalité institutionnelle. C'est ça qui est dingue.
Intervenant 2
Voilà, c'est le mot. Et l'idée de notre discussion, c'est vraiment de tracer une ligne directe entre la création de la Constitution américaine et l'administration de l'Empire Inca dans les Andes. En gros, on va voir comment l'outil mathématique devient un instrument de pouvoir absolu.
Intervenant 1
Franchement, le postulat de base de l'article est hyper puissant. Il rappelle un principe fondamental. Compter, c'est toujours choisir ce qui mérite d'être compté, tu vois.
Intervenant 2
Ouais, c'est la base du problème.
Intervenant 1
Dès qu'on commence un dénombrement, on pose un cadre. On met la lumière sur une partie de la réalité et fatalement, on en laisse une autre dans l'ombre.
Intervenant 2
C'est marrant parce que l'article prend des exemples super contemporains pour expliquer ça. Genre le recensement.
Intervenant 1
Ah oui, l'exemple des animaux de compagnie.
Intervenant 2
C'est ça. Quand l'État compte la population, les animaux de compagnie, ils n'existent pas. Ils ne font pas partie du foyer.
Intervenant 1
Ouais, par contre, quand il s'agit de calculer le PIB, là bizarrement, l'industrie colossale de la nourriture pour chats et chiens, elle est bien là, elle devient une donnée centrale.
Intervenant 2
Exactement. Et sur le PIB, l'article va même plus loin. Il y a eu une évolution statistique récemment qui a fait pas mal de bruit en Europe.
Intervenant 1
Attends, tu parles de l'intégration des trafics de drogue et de la prostitution dans les calculs ?
Intervenant 2
C'est ça, oui. Plusieurs pays européens ont commencé à inclure ces flux financiers clandestins dans leur PIB.
Intervenant 1
Non mais c'est fou ! Et pourquoi ils ont
Intervenant 2
fait ça ? La justification n'a rien de moral. C'est purement technique. Il y a des directives européennes qui exigent une comparabilité internationale. En fait, comme certains pays comptaient déjà ces revenus, il fallait aligner les tableaux de bord macroéconomiques de tout le monde.
Intervenant 1
Du coup, on compte la criminalité juste pour que les fichiers Excel s'alignent entre pays, quoi.
Intervenant 2
Voilà. Aristote disait déjà un truc similaire, que la finalité d'une action est dans son principe. On ne compte jamais pour rien. On compte dans un but bien précis.
Intervenant 1
C'est hyper clair quand c'est des flux financiers. Mais là où ça devient glaçant, selon l'article, c'est quand cette logique d'inclusion ou d'exclusion s'applique à des vies humaines.
Intervenant 2
Ah oui, le saut dans le temps en 1787.
Intervenant 1
Ouais, la conjonction de Philadelphie. 13 jeunes états américains se réunissent pour écrire leur constitution. Sur le papier, l'équation a l'air simple.
Intervenant 2
En apparence, oui.
Intervenant 1
Il faut calculer le nombre de représentants de chaque état au congrès et leur part d'impôts fédéraux. Et la variable pour ces deux trucs, c'est la taille de la population.
Intervenant 2
Sauf que la mécanique est implacable. Un état très peuplé a beaucoup de pouvoir à la chambre, mais il paye beaucoup plus d'impôts. Et là, c'est le grand dilemme. Comment on compte les esclaves ?
Intervenant 1
C'est là que le piège mathématique se referme sur les États du Sud, non ?
Intervenant 2
Complètement. Leur économie repose sur l'esclavage. S'ils comptent les esclaves dans la population totale, leur charge d'impôt explose.
Intervenant 1
Et s'ils ne les comptent pas du tout, ils perdent de la représentation politique face au Nord. C'est un calcul d'un cynisme absolu.
Intervenant 2
C'est clair. Et la solution qu'ils ont trouvée, c'est le juriste James Wilson qui l'a pendu. C'est le fameux compromis des trois cinquièmes.
Intervenant 1
L'horreur, vraiment !
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