
26 nov. 2019 · 13 min
Michel Serres : pourquoi les maths ne l’ont jamais quitté
Dans cet épisode audio, suivez Michel Serres de sa thèse sur Leibniz à ses textes sur Pascal, et découvrez les maths restées en filigrane de sa pensée.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue à ceux qui nous écoutent aujourd'hui.
Intervenant 2
Bonjour tout le monde.
Intervenant 1
C'est vraiment un immense plaisir de commencer cette nouvelle exploration avec vous aujourd'hui, parce qu'on va aborder une histoire qui défie pas mal nos intuitions sur la science en fait.
Intervenant 2
Ah, ça c'est clair. On a souvent une vision très compartimentée des choses.
Intervenant 1
Oui, exactement. Imaginez un peu le tableau. On a un jeune homme super brillant qui consacre vraiment toute son énergie aux mathématiques les plus exigeantes. Son avenir est tout tracé. Et puis, face à une tragédie mondiale, il frôle le désespoir intellectuel quoi. Il décide de tout plaquer pour devenir philosophe.
Intervenant 2
Ce qui est déjà une réorientation assez radicale.
Intervenant 1
Mais le truc fou, c'est qu'il passe secrètement le reste de sa vie à utiliser la géométrie pour décoder notre monde moderne.
Intervenant 2
C'est ça. Et le postulat semble complètement insensé, n'est-ce pas ? Parce qu'on aime que les choses soient bien à leur place.
Intervenant 1
Ouais, dans des petites cases.
Intervenant 2
Voilà. La science dure, rigoureuse et implacable d'un côté, et puis la réflexion philosophique, plus littéraire, de l'autre. Ça nous rassure, mais au fond, c'est une illusion totale.
Intervenant 1
Et c'est exactement cette illusion que notre plongée dans les textes du jour va dissiper. On part sur les traces d'un esprit vraiment paradoxal et fascinant. Michel Serres.
Intervenant 2
Un immense penseur décédé en juin 2019.
Intervenant 1
C'est ça. Et il laisse un héritage intellectuel incroyable. Donc, en s'appuyant sur un excellent article du magazine Tangente, notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre un truc. Comment et pourquoi cet homme qui a officiellement abandonné les maths n'a en réalité jamais quitté l'arène des sciences ? La thèse qu'on va explorer, elle est fulgurante. En gros, la philosophie, c'est parfois simplement des mathématiques avec des mots. Et Michel Serres, c'est celui qui l'a prouvé.
Intervenant 2
C'est un résumé parfait de sa métamorphose. Il se définissait lui-même, avec un peu de malice, comme un scientifique devenu philosophe.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Mais, et c'est important de le préciser tout de suite, il faut corriger une erreur très courante. Ce glissement d'une matière à l'autre, ce n'était pas du tout un abandon.
Intervenant 1
Donc il n'a jamais vraiment lâché les équations quoi ?
Intervenant 2
Non, jamais. La mathématique est restée la charpente invisible, l'ossature de toute son œuvre jusqu'à la fin.
Intervenant 1
Ok, mais pour comprendre la puissance de cette méthode, il faut revenir au point d'origine, à la rupture. Parce qu'au départ, Michel Serres, il est vraiment ancré dans le dur, le matériel.
Intervenant 2
Absolument. Il fait des études de maths très poussées et puis il entre à l'école navale.
Intervenant 1
L'école navale, ouais. Donc on n'est pas dans l'abstraction pure là. On parle de balistique, de navigation, d'ingénierie lourde.
Intervenant 2
Exactement. On est dans l'outil scientifique appliqué pour maîtriser physiquement le monde. C'est une trajectoire d'action. Sauf que l'histoire va percuter cette certitude de plein fouet.
Intervenant 1
Ah oui, le fameux point de bascule historique.
Intervenant 2
Voilà, on est en 1945 et il y a le drame d'Hiroshima. Et pour le jeune Serres, ce n'est pas juste un bouleversement géopolitique, c'est un traumatisme épistémologique absolu.
Intervenant 1
Attendez, un traumatisme épistémologique, c'est-à-dire une crise qui touche à la nature même du savoir, c'est ça ?
Intervenant 2
Précisément, oui. Avant ça, le récit dominant, c'était que le progrès scientifique amenait forcément le progrès humain. La science était vue comme innocente.
Intervenant 1
Inconnuptible en quelque sorte.
Intervenant 2
C'est ça. Mais avec Hiroshima, il voit cette discipline qu'il vénérait accoucher de la destruction absolue. Et là, pour lui, la science a faillu normalement. Elle est devenue l'instrument de l'anéantissement.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Si on essaie de visualiser ce bouleversement, c'est un peu comme l'histoire d'un hacker de génie.
Intervenant 2
Comment ça, un hacker ?
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