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8 juin 2026 · 23 min

Yi Jing divinatoire : l’enquête binaire de Leibniz

Dans cet épisode, suivez la lettre et les hexagrammes qui ont conduit Leibniz à reconnaître son binaire, avant la nuance des historiens.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bon, on va tout de suite planter le décor pour notre audience parce que l'exploration d'aujourd'hui, elle est juste hallucinante. Ah

  2. Intervenant 2

    ouais, le mot est faible. On va faire un grand écart temporel à ces massifs-là.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Imaginons un peu la scène. Quand on cherche à comprendre les fondations absolues de notre monde technologique moderne, on pense tout de suite aux codes informatiques purs.

  4. Intervenant 2

    Ouais, l'architecture élémentaire, les fameux zéro et un.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, ces zéros et ces uns qui font tourner de manière invisible absolument tout ce qui nous entoure. L'intelligence artificielle, les satellites, les réseaux, toute notre réalité numérique repose là-dessus.

  6. Intervenant 2

    Et logiquement, on se dirait que pour trouver l'origine de ce code, on doit fouiller dans les archives d'un vieux laboratoire de la Silicon Valley ou dans un manuel de maths très contemporain.

  7. Intervenant 1

    Bah oui, ce serait l'instinct de base. Mais en fait, pas du tout. On va traverser le globe, on va reculer de plusieurs millénaires dans le temps et on va se retrouver à observer des érudits de la Chine antique.

  8. Intervenant 2

    Des érudits qui manipulent de longues tiges de plantes séchées pour lire l'avenir.

  9. Intervenant 1

    C'est dingue quand on y pense. Et notre exploration approfondie, qui se base aujourd'hui sur l'article Leibniz et le Yi Jing, elle a une mission très claire.

  10. Intervenant 2

    Oui, l'objectif, c'est vraiment de décortiquer cette mécanique, de comprendre comment un traité de divinité asiatique a carrément pu fournir la clé du système binaire à Gottfried Wilhelm Leibniz.

  11. Intervenant 1

    Un philosophe et mathématicien allemand du 17e siècle, quoi. Le pont entre ces deux mondes, il est juste fascinant. Je garantis à ceux qui nous écoutent un voyage plein de rebondissements.

  12. Intervenant 2

    Et ce n'est pas juste une petite anecdote historique amusante, tu vois. C'est une vraie collision structurelle. Leibniz, il a vraiment cru lire le code source de l'univers tout entier à l'intérieur du Yi Jing.

  13. Intervenant 1

    Le fameux livre des mutations.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. On a un mélange de rituels très concrets, de rigueur mathématique implacable et, paradoxalement, une quête théologique extrêmement puissante derrière tout ça.

  15. Intervenant 1

    Bon. Alors, pour comprendre comment on passe d'une tige végétale à la conceptualisation de l'informatique, il faut d'abord qu'on s'intéresse au cerveau de Leibniz. Parce que c'est là que tout démarre.

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. Bien avant de s'intéresser à l'Asie, cet homme, il est dévoré par une obsession bien spécifique.

  17. Intervenant 1

    La recherche d'une vérité mathématique universelle, c'est ça qu'il est ?

  18. Intervenant 2

    Ouais, et c'est important de dissiper une idée reçue à son sujet. Leibniz, ce n'est pas uniquement un géomètre ou un algébriste le nez dans ses équations classiques.

  19. Intervenant 1

    Ok, donc il voit plus grand.

  20. Intervenant 2

    Beaucoup plus grand. Son grand projet s'articule autour d'un concept qu'il nomme la mathesis universalis. En gros, c'est la recherche d'une science générale du raisonnement.

  21. Intervenant 1

    Attends, une science générale du raisonnement, c'est-à-dire qu'il cherche à mathématiser la pensée elle-même ?

  22. Intervenant 2

    Exactement. Il postule que la pensée humaine, même dans toute sa complexité, elle peut être décomposée en éléments simples, un peu comme les mots d'une phrase sont composés de lettres de l'alphabet.

  23. Intervenant 1

    Ah, je vois.

  24. Intervenant 2

    Son ambition, c'est vraiment de créer un langage formel régi par des règles très strictes. Dans ce langage, toute erreur de raisonnement n'apparaîtrait pas comme une divergence d'opinion philosophique.

  25. Intervenant 1

    Ce serait juste une erreur de calcul en fait.

  26. Intervenant 2

    Voilà, une simple erreur de calcul.

  27. Intervenant 1

    Mais c'est fou ! Si on transpose ça avec nos références technologiques d'aujourd'hui, pour bien faire comprendre l'enjeu, Leibniz, il ne cherchait pas à inventer la petite application de traduction ultime pour les langues.

  28. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  29. Intervenant 1

    Il essaye carrément de concevoir le système d'exploitation fondamentale de la logique humaine.

  30. Intervenant 2

    L'OS ultime de la pensée humaine, oui. C'est une super analogie.

  31. Intervenant 1

    Parce que dans un ordinateur actuel, qu'on traite du texte, de la vidéo ou du son, bah le système d'exploitation réduit tout ça à un langage-machine universel.

  32. Intervenant 2

    Ouais, pour pouvoir le traiter sans aucune ambiguïté.

  33. Intervenant 1

    Et Leibniz veut faire ça pour la morale, pour le droit, pour la philosophie. Créer cette couche de base où on pourrait entrer n'importe quel problème humain et le résoudre mathématiquement pour éviter les conflits.

  34. Intervenant 2

    C'est exactement son mécanisme de pensée. Et c'est cette recherche d'un système d'exploitation commun à toute l'humanité qui le rend super réceptif aux savoirs qui viennent de l'extérieur de l'Europe.

  35. Intervenant 1

    Bah oui, parce que si c'est universel, ça doit marcher partout.

  36. Intervenant 2

    Exactement. Si cette logique est vraiment universelle, elle doit transcender les frontières. Et le contexte historique de l'époque s'y prête à merveille.

  37. Intervenant 1

    On est à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, là.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Et à ce moment-là, les missions jésuites en Chine, qui ont commencé quelques décennies plus tôt, commencent à renvoyer vers l'Europe une quantité énorme de traductions des grands classiques chinois.

  39. Intervenant 1

    Un vrai choc culturel pour les Européens, non ?

  40. Intervenant 2

    Totalement. Pour les intellectuels européens, c'est l'ouverture soudaine sur une civilisation millénaire, hyper structurée et surtout qui s'est développée de manière totalement indépendante de notre matrice gréco-romaine.

  41. Intervenant 1

    Et c'est précisément ce qui nous amène à cette fameuse année 1701, l'année de la bascule.

  42. Intervenant 2

    L'année du déclic pour Leibniz, ouais.

  43. Intervenant 1

    Leibniz est donc toujours en train de chercher des preuves pour sa logique universelle. Et là, bam, il reçoit un courrier expédié depuis Pékin.

  44. Intervenant 2

    Par le père jésuite Joachim Bouvet.

  45. Intervenant 1

    Et au lieu de lui envoyer de la géométrie ou de l'algèbre pur, ce missionnaire lui présente un texte de divination vieux de 3000 ans. Comment ça s'articule cet échange ?

  46. Intervenant 2

    Joachim Bouvet, il est sur place. Il est à la cour de l'empereur Kangui et il étudie très en profondeur le Yi Jing.

  47. Intervenant 1

    Le fameux livre des mutations.

  48. Intervenant 2

    Voilà, dont les origines remontent à la dynastie Zhu, au premier millénaire avant notre ère. Et le père Bouvet décrit à Leibniz l'architecture assez unique de ce manuel.

  49. Intervenant 1

    Comment c'est structuré concrètement ?

  50. Intervenant 2

    Le texte est bâti autour de 64 paragraphes. Et au-dessus de chaque paragraphe, il y a une figure géométrique qu'on appelle un hexagramme.

  51. Intervenant 1

    Et comment on les obtient ces hexagrammes ? Parce que c'est là qu'entrent en jeu les tiges végétales dont on parlait au début, c'est ça ?

  52. Intervenant 2

    Oui, tout à fait. Ces hexagrammes sont générés par un rituel physique super spécifique qui implique la manipulation de tiges d'Achille millefeuille.

  53. Intervenant 1

    De l'Achille millefeuille, d'accord.

  54. Intervenant 2

    Et avec le temps, surtout sous la dynastie Song, avec des érudits comme Zhu Xi, ces symboles ont été entourés de commentaires cosmologiques très denses. Le but, c'était d'expliquer les mutations de la nature et de la société.

  55. Intervenant 1

    Il faut vraiment qu'on s'arrête un instant sur le mécanisme physique de cette divination. Parce que, honnêtement, c'est là que réside la clé du mystère.

  56. Intervenant 2

    Ouais, le passage du physique à l'abstrait.

  57. Intervenant 1

    Comment on passe d'une poignée de tiges d'Achillée à un symbole abstrait qui va complètement captiver un mathématicien du calibre de Leibniz ?

  58. Intervenant 2

    En fait, il faut voir ce rituel non pas comme de la magie, mais comme un algorithme physique de tri. C'est hyper rigoureux.

  59. Intervenant 1

    Un algorithme physique ? D'accord, je suis intrigué, vas-y.

  60. Intervenant 2

    Le devin, il commence avec 50 tiges. Il en met d'abord une de côté. Ça, ça représente l'unité absolue. Du coup, il lui reste 49 tiges à manipuler.

  61. Intervenant 1

    Ok, 49 tiges.

  62. Intervenant 2

    Il les sépare totalement au hasard en deux tas distincts. Un tas pour le ciel, un tas pour la terre.

  63. Intervenant 1

    D'accord, donc on a introduit de l'aléatoire.

  64. Intervenant 2

    Exactement. Ensuite, il va retirer des tiges de chaque tas, mais attention, par groupe de quatre.

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