
6 janv. 2016 · 19 min
Loto Foot : des grilles dans la fractale de Sierpinski
Dans cet épisode audio, suivez pas à pas comment la fractale de Sierpinski représente les grilles et leurs voisinages dans un système « n − 1 ».
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes celles et ceux qui nous écoutent. Bon, quand on jette une pièce en l'air, on accepte le chaos total du hasard.
Intervenant 2
C'est clair, on lâche prise complètement.
Intervenant 1
Ouais, mais curieusement, face à une grille de paris sportifs, le parieur ressent souvent cette impression assez grisante de pouvoir dompter le destin. On cherche des modèles, on étudie des statistiques de possession de balles, on épluche l'historique des rencontres. Bref, on est convaincu d'avoir le contrôle en fait.
Intervenant 2
Cette illusion de contrôle, elle s'explique par notre rejet viscéral de l'incertitude. L'esprit humain tolère vraiment très mal le vide probabiliste. Pour le combler, on élabore des stratégies, on rationalise l'irrationnel. C'est vraiment le propre de ce que l'article qui sert de base à notre décryptage d'aujourd'hui, Loto Sportif et Fractal, appelle l'éternel besoin humain de défier le sort.
Intervenant 1
Et notre mission pour cette exploration d'aujourd'hui, c'est justement de comprendre comment l'homoludens moderne, donc le joueur rationnel, utilise des mathématiques d'une complexité vertigineuse pour tenter d'optimiser ses gains face à ce hasard. Et on va voir que ça va de la combinatoire pure jusqu'aux géométries fractales. Bon, on va décortiquer tout ça, car c'est un voyage qui ira des gladiateurs romains jusqu'aux problèmes mathématiques non résolus, avec rigueur et accessibilité.
Intervenant 2
Tout à fait. Et d'ailleurs, si on remonte à la source de ce besoin de parier, l'article cite très justement le poète Schiller. « L'homme n'est tout à fait homme que là où il joue ». Et tu sais, c'est pas une invention récente. Dès les jeux grecs antiques, l'issue des compétitions sportives faisait déjà l'objet de tractations et de paris. Les Romains ont ensuite institutionnalisé cette pratique, et on y trouvait des figures très spécifiques, qu'on appelait les Hévergettes.
Intervenant 1
Ah oui, les évergettes. Ça fonctionnait un peu comme nos sponsors ou nos mécènes contemporains, non ?
Intervenant 2
C'est exactement le principe. C'est notable financer la formation des gladiateurs, l'entretien des origes pour les courses de chars. L'objectif premier, c'était d'offrir du spectacle au peuple pour asseoir une influence politique locale.
Intervenant 1
Bien sûr.
Intervenant 2
Mais le point fondamental, c'est que les paris sportifs étaient non seulement tolérés, mais totalement intégrés au modèle économique de l'époque. L'argent brassé par les paris permettait de compléter le financement des athlètes. Il n'y avait aucune barrière morale majeure.
Intervenant 1
Ce qui est fou parce que la dimension morale, elle va faire son apparition bien plus tard. On pense souvent, à tort d'ailleurs, que l'interdiction des jeux est liée à la protection financière des plus faibles. Mais la rupture historique, elle vient en réalité de la théologie. L'Église chrétienne s'y oppose fermement.
Intervenant 2
Exact.
Intervenant 1
Et l'argument soulevé par l'Église est fascinant, c'est la question de la providence divine.
Intervenant 2
Ouais, le reproche théologique est d'une grande profondeur conceptuelle en fait. Pour les penseurs chrétiens de l'époque, solliciter le sort pour s'enrichir, ou même juste pour s'amuser, c'est littéralement forcer la main de Dieu. Ah
Intervenant 1
oui ? Carrément ?
Intervenant 2
Bah oui ! On accuse le joueur de faire un usage illégitime et futile de la Providence. Le hasard n'existe pas en tant que tel pour eux, tout est volonté divine. Donc parier, c'est commettre le péché de tester cette volonté. Les jeux plongent à l'heure dans une très longue clandestinité.
Intervenant 1
Et ce qui est paradoxal là-dedans, c'est que cette clandestinité imposée par la morale, ça va retarder la compréhension scientifique du hasard. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que les mathématiques s'emparent enfin de la question. Et l'élément déclencheur, c'est pas un scientifique, c'est un joueur mondain.
Intervenant 2
Ah, le fameux chevalier de Méret ? C'est un homme de cour, un joueur invétéré, et il se heurte à un problème très concret, le problème des parties.
Intervenant 1
C'est l'histoire des dés, c'est
Intervenant 2
ça ? Exactement. Deux joueurs s'affrontent aux dés, mais la partie est interrompue avant la fin. La question, c'est comment on répartit l'argent misé de façon juste, en fonction des chances de victoire de chacun à l'instant T. D'accord. Et Mersenne, il soumet cette énigme à Blaise Pascal, qui en discute ensuite par correspondance avec Pierre de Fermat. Et de leurs lettres naît la théorie des probabilités et la notion d'espérance mathématique. On découvre soudain que le hasard obéit à des lois rigoureuses.
Intervenant 1
Et j'imagine qu'à partir du moment où le hasard devient modélisable, l'État comprend qu'il devient aussi taxable.
Intervenant 2
Ah bah c'est automatique ! Si on peut calculer les probabilités, on peut concevoir des jeux où la puissance publique est mathématiquement certaine d'être gagnante à long terme. C'est le début de la lente réhabilitation des jeux d'argent, qui est surtout poussée par les besoins fiscaux en fait.
Intervenant 1
Même si le chemin reste quand même assez chaotique. Au XIXe siècle, il y a une nouvelle vague de prohibitions qui frappe l'Europe, notamment la France en 1836, au nom de l'ordre social.
Intervenant 2
Oui, mais la logique économique finit toujours par l'emporter. On autorise les casinos au début du XXe siècle, puis vient la grande révolution de 1931 avec la création du pari mutuel urbain, le fameux PMU.
Intervenant 1
Suivi par la
Intervenant 2
Loterie Nationale. Voilà. Et c'est finalement en 1985 qu'apparaît le loto sportif, l'ancêtre du loto foot.
Intervenant 1
Alors justement, ce concept de pari mutuel que l'on vient de citer, c'est l'invention d'un certain Michel Hollet en 1865.
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