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17 févr. 2023 · 22 min

Triangle de Pascal : preuve visuelle ou récurrence ?

Dans cet épisode audio, suivez les propriétés du triangle pas à pas et comparez les exemples de Pascal à une preuve moderne par récurrence.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis absolument ravie de lancer cette nouvelle exploration aujourd'hui parce qu'on va commencer par un énorme choc.

  2. Intervenant 2

    J'adore quand on commence

  3. Intervenant 1

    comme ça. Ayez de quoi. Il faut vraiment rétablir une vérité historique tout de suite. Blaise Pascal, notre grand Blaise Pascal national, n'a absolument pas inventé le célébrissime triangle de Pascal. Pas du tout.

  4. Intervenant 2

    C'est le grand mitre.

  5. Intervenant 1

    Mais oui, quand on fouille un peu, on découvre que des mathématiciens persans comme Omar Khayyam ou des savants chinois comme Yang Wei, ils l'avaient déjà dessiné et utilisé des siècles avant même que Pascal ne pousse son premier cri.

  6. Intervenant 2

    Absolument, des siècles avant !

  7. Intervenant 1

    Du coup, c'est une joie immense d'entamer cette plongée au cœur de ce paradoxe qui, honnêtement, retourne un peu le cerveau. Si cette figure géométrique millénaire n'est pas son invention à lui, pourquoi diable porte-t-elle son nom dans le monde entier quoi ?

  8. Intervenant 2

    Eh bien, c'est toute la magie de l'histoire des sciences en fait. La réponse à ce grand mystère, elle se trouve dans un texte qui est absolument fondamental.

  9. Intervenant 1

    Un texte de Pascal lui-même, j'imagine.

  10. Intervenant 2

    Exactement. C'est un traité qu'il a rédigé en 1654 et qui a été publié de manière posthume, donc après sa mort, en 1665. C'est le fameux Traité du Triangle Arithmétique. D'accord. Mais pour mesurer l'impact sismique de ce document, Le truc, c'est qu'il faut d'abord comprendre qui était vraiment Blaise Pascal. Ce n'était pas un simple calculateur austère qui griffonnait des équations tout seul dans une tour d'ivoire.

  11. Intervenant 1

    Non, c'était vraiment un touche-à-tout.

  12. Intervenant 2

    Voilà, un esprit universel, à la fois philosophe, physicien redoutable, théologien passionné et surtout, et ça c'est crucial pour la suite, un immense écrivain.

  13. Intervenant 1

    Ah oui, la plume de Pascal, c'est légendaire.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. Quand il fait des mathématiques, il ne cherche pas juste l'approbation d'un petit cercle de savants barbus. Il s'adresse au public cultivé de son époque, aux habitués des salons parisiens. Il veut que la science soit lue avec la même fluidité qu'un roman ou qu'un essai philosophique.

  15. Intervenant 1

    C'est un changement de paradigme complètement dingue pour l'époque. En gros, on a affaire à un projet de vulgarisation majestueux, et ça en plein milieu du XVIIe siècle.

  16. Intervenant 2

    Exactement, une vraie vulgarisation.

  17. Intervenant 1

    Mais du coup, pour comprendre la force de ce fameux texte, avant même de parler de chiffres, de calculs, il faut observer un peu la méthode de Pascal. Comment fonctionnait son esprit face à l'inconnu ?

  18. Intervenant 2

    Sa méthode.

  19. Intervenant 1

    Parce que dans ses écrits, il théorise une véritable quête de la vérité avec une structure qui est super précise, non ?

  20. Intervenant 2

    Tout à frais. Pascal, il définit trois étapes incontournables, enfin trois attitudes de l'esprit quand on est confronté à la vérité. La toute première étape, c'est de la découvrir. Ça, c'est quand on la cherche activement.

  21. Intervenant 1

    L'étincelle,

  22. Intervenant 2

    quoi. Voilà. La deuxième, c'est de la démontrer, une fois qu'on pense l'avoir trouvée. Et la troisième étape, qui est beaucoup plus philosophique pour le coup, c'est de la discerner, du faux, quand on l'examine avec un recul critique.

  23. Intervenant 1

    Et dans ce traité sur le triangle, il fait les trois ?

  24. Intervenant 2

    Eh bien non, justement. Dès les premières lignes de son Traité du Trilangle Arithmétique, il annonce super clairement son plan de bataille. Il dit qu'il va se concentrer exclusivement sur les deux premières étapes.

  25. Intervenant 1

    Donc, découvrir et démontrer.

  26. Intervenant 2

    C'est ça. Découvrir la mécanique complexe du triangle, puis la démontrer au public.

  27. Intervenant 1

    Ça fait penser... C'est vraiment comme le travail d'un grand explorateur géographique.

  28. Intervenant 2

    Ah, comment ça ?

  29. Intervenant 1

    Dans un premier temps, l'explorateur navigue complètement à l'instinct. Il observe la couleur de l'eau, les oiseaux, il avance dans le brouillard absolu. Et là, soudain, terre en vue. Il découvre un nouveau continent. Ça, c'est la phase de découverte pure, l'intuition.

  30. Intervenant 2

    Ouais, la première étape.

  31. Intervenant 1

    Sauf que s'il rentre en Europe juste en disant « hé, j'ai vu une île morveilleuse », personne ne va le prendre au sérieux.

  32. Intervenant 2

    Ah non, clairement pas.

  33. Intervenant 1

    Il faut passer à la deuxième étape. Il doit ressortir ses instruments, utiliser son sextant, cartographier chaque cric avec une rigueur absolue pour prouver, mais vraiment prouver au monde entier, que ce continent existe de manière tangible. Et ça, c'est la fameuse démonstration.

  34. Intervenant 2

    L'analogie est juste parfaite. Et ici, le fameux continent à cartographier, c'est ce tableau de nombres d'une richesse complètement infinie.

  35. Intervenant 1

    Le fameux triangle ?

  36. Intervenant 2

    Voilà. Et pour que nos auditeurs puissent bien visualiser la mécanique de ce triangle, on va faire un petit emprunt à la notation moderne, celle d'un mathématicien du XXe siècle, Pierre Humbert.

  37. Intervenant 1

    Ok, on modernise un peu pour y voir clair.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Imaginons un immense quadrilage, comme une feuille de calcul sur un ordinateur, qui serait infinie. On va définir chaque case par deux coordonnées, qu'on notera R et P.

  39. Intervenant 1

    Entre parenthèses R, P ?

  40. Intervenant 2

    Exactement. La lettre R, ça correspond à la ligne horizontale, ce que Pascal appelait de manière assez poétique le « rang parallèle », et la lettre P, ça correspond à la colonne verticale, le fameux « rang perpendiculaire ».

  41. Intervenant 1

    Du coup, si on veut pointer une case bien précise, disons la case 5-3, on descend juste à la cinquième ligne et on se décale jusqu'à la troisième colonne.

  42. Intervenant 2

    C'est tout bête.

  43. Intervenant 1

    En fait, c'est hyper visuel, c'est comme une grille de bataille navale.

  44. Intervenant 2

    C'est exactement le principe de la bataille navale. Et la règle de construction qui régit tout ce grand tableau, elle est d'une élégance, c'est absolu. La valeur numérique de n'importe quelle cellule, disons notre fameuse cellule RP, c'est tout simplement l'addition de deux autres cellules.

  45. Intervenant 1

    Lesquelles, du coup ?

  46. Intervenant 2

    Eh bien, celle située juste au-dessus d'elle, donc la ligne d'avant, R-1, P. Et celle située juste à sa gauche, dans la colonne d'avant, RP-1. On additionnait la case du dessus et la case de gauche, et paf, on a notre nombre.

  47. Intervenant 1

    Mais ce qui est extraordinairement savoureux quand on plonge dans les sources et dans les archives d'époque, c'est que Pascal n'utilisait absolument pas ces formulations un peu abstraites.

  48. Intervenant 2

    Ah non, pas un seul symbole.

  49. Intervenant 1

    Bah non, il n'écrivait aucun R, aucun P, ni de R-1. Quand on lit la version originale de son texte, on lit de longues phrases écrites en toutes lettres. Il disait simplement, mais avec une candeur désarmante, « la cellule F égale la cellule C plus la cellule E ».

  50. Intervenant 2

    C'est fou, hein ?

  51. Intervenant 1

    C'est d'une simplicité quasi-enfantine. Il utilise des mots de tous les jours pour décrire une architecture mathématique qui, au fond, cache des propriétés vertigineuses qui s'étendent jusqu'à l'infini.

  52. Intervenant 2

    Ouais, et c'est vraiment là qu'on reconnaît la signature de son génie littéraire. Mais cette volonté tenace de fuir le langage purement symbolique, ça va très vite lui poser un problème redoutable.

  53. Intervenant 1

    J'imagine, oui. C'est assez limite.

  54. Intervenant 2

    Forcément.

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