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21 oct. 2022 · 15 min

Trois mathématiciens, trois chemins : Cardan, Napier, Weierstrass

Cet épisode suit leurs parcours contrastés et révèle comment l’ambition, le besoin pratique ou la ténacité ont jalonné leurs travaux mathématiques.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Si on demandait aux gens, en général, de dessiner un génie des mathématiques, il y a très forte chance que le portrait ressemble à un jeune prodige à lunettes. Ah

  2. Intervenant 2

    ouais, le fameux cliché.

  3. Intervenant 1

    C'est ça, le cliché du jeune qui griboule les équations frénétiquement sur un tableau noir avant même d'avoir le droit de voter. En fait, la culture populaire nourrit une vraie obsession pour l'enfant prodige.

  4. Intervenant 2

    Complètement. On pense tout de suite à des figures comme Évariste Galois, par exemple.

  5. Intervenant 1

    Oui, Galois, qui pose les bases de l'algèbre moderne et qui meurt tragiquement en duel à, quoi, 20 ans ? Ou bien Blaise Pascal, Alexis Clairaut ? Bref, des cerveaux incandescents qui révolutionnent la discipline alors qu'ils ont à peine l'âge de passer le bac.

  6. Intervenant 2

    Sauf que c'est un mythe. Un mythe incroyablement tenace d'ailleurs. Cette vision très romantique donne l'impression que les maths, c'est une sorte de sport de haut niveau.

  7. Intervenant 1

    Une discipline athlétique de l'esprit.

  8. Intervenant 2

    Voilà, exactement. Comme si, passés 25 ans, nos neurones perdaient fatalement leur souplesse. Et qu'il y avait une date de péremption cérébrale où il serait juste trop tard pour accomplir quoi que ce soit de novateur.

  9. Intervenant 1

    C'est exactement ce cliché que notre plongée d'aujourd'hui va faire voler en éclats.

  10. Intervenant 2

    J'ai hâte.

  11. Intervenant 1

    En explorant un article vraiment fascinant sur ce qu'on appelle les destins tardifs, notre mission, c'est de braquer les projecteurs sur ces génies qui ont révolutionné la reine des sciences après avoir lariement passé le cap de la quarantaine. Et

  12. Intervenant 2

    ce n'est pas rien.

  13. Intervenant 1

    Pour donner une image de l'ampleur du truc, c'est un peu comme si on découvrait demain qu'un chef trois étoiles au Michelin n'avait tout simplement jamais fait cuire un œuf de sa vie avant ses 40 ans.

  14. Intervenant 2

    C'est une excellente comparaison. Ça paraît invraisemblable, mais dans l'histoire des mathématiques, c'est vraiment arrivé. Et je précise bien qu'on ne parle pas de contributeurs mineurs ici ou de petits amateurs du dimanche.

  15. Intervenant 1

    Non, ce sont des poids lourds.

  16. Intervenant 2

    Absolument. Les figures qu'on va aborder ont posé des fondations incontournables. Ce sont des piliers de notre compréhension actuelle.

  17. Intervenant 1

    Du coup, au menu de cette exploration, on va croiser, tenez-vous bien, de la médecine de campagne, un pamphlet théologique hyper enflammé, des machines de guerre et même de la rébellion familiale. Mais avant d'attaquer, il faut qu'on définisse un peu nos critères. Quand on parle de carrière tardive, on pourrait penser à d'Alembert ou à Leibniz, non ?

  18. Intervenant 2

    C'est vrai qu'on les cite souvent. D'Alembert a fait de solides études de médecine avant de bifurquer.

  19. Intervenant 1

    Et Leibniz s'est mis aux maths après avoir croisé le physicien Huygens à Paris. C'est des reconversions tardives, ça.

  20. Intervenant 2

    Bah, ce sont des reconversions, oui. Mais la nuance est hyper importante. On ne peut pas du tout qualifier ces esprits de tardifs.

  21. Intervenant 1

    Ah bon ?

  22. Intervenant 2

    Non, regardez les dates. D'Alembert, il entre à la prestigieuse Académie des sciences à 24 ans. 24 ans !

  23. Intervenant 1

    Propulsé par des articles d'une fulgurance rare.

  24. Intervenant 2

    Et Leibniz, il théorise les bases de l'intégration dès 26 ans.

  25. Intervenant 1

    Ah oui, d'accord. On est très très loin de la crise de la quarantaine.

  26. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire. Ce sont des changements de trajectoire, certes, mais hyper précoces.

  27. Intervenant 1

    Ok, donc la barre du tardif est placée bien plus haut. Qu'est-ce qui compte vraiment, alors, dans notre analyse ?

  28. Intervenant 2

    En fait, on va s'intéresser à des cerveaux qui ont attendu de franchir ce qu'on appelait jadis l'âge canonique de l'Église.

  29. Intervenant 1

    C'est-à-dire autour de 40 ans ?

  30. Intervenant 2

    C'est ça. Ils ont franchi la quarantaine avant de formuler ou de publier leurs premiers travaux mathématiques majeurs. Ils ont eu le temps de vivre une première, voire une deuxième vie professionnelle complète, avant que les maths ne viennent tout chambouler.

  31. Intervenant 1

    Le décor est planté, et pour illustrer ça, direction l'Italie de la Renaissance, au XVIe siècle, sur les traces d'un certain Jérôme Cardan.

  32. Intervenant 2

    Un personnage haut en couleurs.

  33. Intervenant 1

    C'est le moins qu'on puisse dire. À la base, son rêve absolu, c'est de devenir un grand médecin respecté à Milan. Sauf qu'il échoue à intégrer le collège des médecins et il se retrouve relégué médecin de campagne dans un petit village. Et pour survivre, vers 1534, il donne des cours de maths.

  34. Intervenant 2

    C'est vraiment la stratégie de survie alimentaire pure et dure. À ce stade, les maths, c'est juste un gagne-pas.

  35. Intervenant 1

    Exactement. Sauf que cinq ans plus tard, miracle, il est enfin agréé par le fameux Collège des médecins de Milan. Il touche au but. Logiquement, il devrait jeter ses bouliers et se consacrer à la médecine.

  36. Intervenant 2

    Ah, totalement.

  37. Intervenant 1

    Mais le virus l'a déjà contaminé.

  38. Intervenant 2

    Totalement.

  39. Intervenant 1

    Ce qui était un plan de secours devient une obsession, et Cardan en appétit féroce pour la gloire. Il veut être perçu comme un mathématicien de génie.

  40. Intervenant 2

    Et il va y mettre les moyens. Il se lance dans un projet monumental, compiler et structurer toutes les connaissances les plus avancées de son époque sur la résolution des équations algébriques.

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