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17 févr. 2023 · 19 min

Problème des partis : comment Pascal partage-t-il les mises ?

Dans cet épisode, suivez Pascal pas à pas : d’un jeu interrompu à un partage juste, le raisonnement corrige l’intuition puis remonte les manches possibles.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un bonheur absolu de retrouver notre public pour cette nouvelle exploration fascinante. Et je suis vraiment ravie parce qu'aujourd'hui, on va faire un vrai voyage dans le temps.

  2. Intervenant 2

    Ouais, un voyage assez radical. On part directement en 1654.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Imaginons la scène. L'ambiance est feutrée, on entend le bruit sec des pièces de monnaie qui s'entrechoquent sur une table en bois massif. Il est question de jeu, de hasard, de sommes d'argent considérables et surtout d'une grosse dispute.

  4. Intervenant 2

    Ah bah, une dispute de joueurs, il n'y a rien de plus classique tu me diras.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Sauf que cette querelle autour d'un jeu inachevé a littéralement tenu en échec les esprits les plus brillants de l'époque.

  6. Intervenant 2

    Et le terme « brillant » n'est vraiment pas galvaudé. Des savants majeurs de la Renaissance italienne, des gens comme Luca Pacioli, Jérôme Cardan ou même Tartaglia, s'étaient déjà penchés sur cette énigme. Et ils ont tous buté dessus. C'est ce que l'histoire des maths retient sous le nom du fameux problème des partis.

  7. Intervenant 1

    Le problème des partis. C'est vrai que ça sonne presque comme, je ne sais pas, une intrigue politique. Mais il s'agit bien d'une affaire de joueurs de dés et de cartes. Et pour dénouer cet impasse, l'histoire fait appel à un jeune prodige de 31 ans, Blaise Pascal.

  8. Intervenant 2

    Voilà. Et l'objectif de notre analyse d'aujourd'hui, c'est de comprendre étape par étape comment cette dispute très terre-à-terre sur le partage d'un butin a provoqué un vrai séisme intellectuel. On va voir comment la pensée de Pascal a carrément donné naissance à une discipline qu'on utilise tous les jours, les probabilités modernes.

  9. Intervenant 1

    Je suis fascinée par cette idée. Tout le défi de notre échange va être de suivre le fil de cette pensée mathématique. Mais sans tableau noir.

  10. Intervenant 2

    Promis, pas de tableau noir. La logique de Pascal est d'une rigueur absolue, mais elle reste fondamentalement accessible si on prend juste le temps de décortiquer son raisonnement.

  11. Intervenant 1

    Bon, posons tout de suite le décor et les règles du jeu. L'affaire est portée à l'attention de Pascal par Antoine Gombeau.

  12. Intervenant 2

    Voilà,

  13. Intervenant 1

    un grand amateur de jeux de hasard. Et la situation de départ est la suivante. On a deux joueurs, on va les appeler A et B, qui s'affrontent. C'est un jeu de hasard pur, pile ou face, dé, peu importe.

  14. Intervenant 2

    Et chacun a misé la même somme au départ.

  15. Intervenant 1

    Exactement. Le contrat est hyper simple. Le premier joueur qui remporte trois manches rafle la totalité de la cagnotte.

  16. Intervenant 2

    Un contrat très clair quoi. Le premier a trois victoires, prend tout, l'autre repart les mains vides. Zéro.

  17. Intervenant 1

    Sauf que, coup de théâtre, pour une raison extérieure, genre une urgence quelconque, la partie doit s'arrêter brusquement. C'est impossible de terminer.

  18. Intervenant 2

    Et c'est là que les ennuis commencent.

  19. Intervenant 1

    Ah bah oui, parce qu'au moment de l'interruption, le joueur A a remporté deux victoires et le joueur B n'en a remporté qu'une seule. Évidemment, la tension monte pour savoir comment diviser l'argent qui est là au milieu de la table.

  20. Intervenant 2

    C'est le nœud du problème.

  21. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu tout ça. Intuitivement, on se dit que si A a gagné deux parties sur les trois qui ont été jouées, bah on prend la cagnotte, on donne les deux tiers à A, un tiers à B et puis on n'en parle plus, non ? C'est la récompense au mérite en quelque sorte.

  22. Intervenant 2

    Eh bien, ce qui est fascinant ici, c'est que l'argument de la proportionnalité que tu viens de donner, c'est exactement celui que les savants italiens avaient proposé avant Pascal. Et c'est là que réside la première grande faille. Pascal démontre que cette intuition est un piège

  23. Intervenant 1

    total.

  24. Intervenant 2

    Parce que pour être véritablement équitable, Pascal affirme qu'il ne faut absolument pas regarder le passé. Comptabiliser les parties déjà jouées, c'est une erreur de raisonnement monumentale. La seule direction vers laquelle il faut tourner son regard, c'est

  25. Intervenant 1

    l'avenir.

  26. Intervenant 2

    Plus précisément, les parties qui restent à gagner.

  27. Intervenant 1

    Attends, c'est très contre-intuitif. Pascal dit concrètement au joueur A, le fait que tu aies durement gagné tes deux manches, ça ne m'intéresse pas pour le calcul. C'est presque nier l'effort du joueur quoi.

  28. Intervenant 2

    C'est exactement ça. En fait, Pascal redéfinit le problème à travers le concept de l'état équivalent. Il explique que la situation d'un joueur ne s'évalue que par la distance qui le sépare de la victoire finale.

  29. Intervenant 1

    D'accord.

  30. Intervenant 2

    Donc, être à une manche de la victoire dans un jeu en trois manches, c'est strictement la même position mathématique que d'être à une manche de la victoire dans un marathon de 50 manches. Ah ouais, je

  31. Intervenant 1

    vois le genre. Le passé n'a plus d'importance.

  32. Intervenant 2

    Voilà. L'historique des gains n'a aucune prise sur les lois du hasard à l'instant présent. Il faut arrêter de se demander qui a gagné quoi, pour se demander combien de points manque-t-il à chacun pour l'emporter.

  33. Intervenant 1

    Donc on passe d'une logique de récompense pour un passé révolu à une logique d'anticipation des futurs possibles. C'est un basculement complet de philosophie.

  34. Intervenant 2

    Totalement.

  35. Intervenant 1

    Surtout que la façon dont Pascal redéfinit la propriété même de l'argent me fascine. Il avance l'idée que les pièces de monnaie sur la table, en fait, elles n'appartiennent déjà plus aux joueurs.

  36. Intervenant 2

    C'est vraiment le fondement de son traité. Dès l'instant où les joueurs ont posé leurs mises et accepté les règles d'un jeu de hasard, ils ont abandonné la propriété matérielle de cet argent.

  37. Intervenant 1

    Ils l'ont cédé au jeu, en fait.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. En échange, ils ont acquis, ce que Pascal nomme poétiquement, le droit d'attendre ce que le hasard peut leur offrir. C'est un contrat de risque, une loi volontaire.

  39. Intervenant 1

    Le droit d'attendre. Mais alors, si on interrompt la partie, on brise ce contrat en plein vol.

  40. Intervenant 2

    Exactement.

  41. Intervenant 1

    Il faut donc convertir ce droit invisible, cette fameuse attente, en une somme d'argent réelle. Mais comment on calcule le prix d'un futur qui n'aura jamais lieu ?

  42. Intervenant 2

    Pour faire ça, Pascal pose deux principes de justice qui vont fonder toute la notion mathématique de l'espérance.

  43. Intervenant 1

    Je t'écoute.

  44. Intervenant 2

    Le premier principe est très simple.

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