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12 juin 2024 · 17 min

Zéro grec : des astronomes à l’idée oubliée de Jamblique

L’épisode suit deux étapes : le signe des tables astronomiques grecques, puis le zéro arithmétique défendu par Jamblique et finalement oublié.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. D'habitude, quand on parle de mathématiques ou de grandes découvertes scientifiques, on s'attend toujours à une précision absolue, non ? Enfin, on imagine une équation parfaite, bien nette.

  2. Intervenant 2

    Oui, tout à fait. C'est ce côté rassurant des sciences exactes. On aime bien l'idée d'une ligne d'évolution super claire.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Un peu comme une radiographie où le médecin te montre la fracture en disant « voilà, c'est là, c'est indiscutable ».

  4. Intervenant 2

    C'est un vrai confort intellectuel pour le coup. On préfère largement quand l'histoire des sciences est linéaire, quand chaque découverte s'emboîte parfaitement avec une date et un inventeur précis.

  5. Intervenant 1

    Sauf que là aujourd'hui, on va explorer un document qui brouille complètement cette belle radiographie. C'est un article hyper fascinant qui s'intitule « Les grecs utilisaient-ils le zéro ? ». Et là, en lieu d'une belle fracture nette, on a plutôt une énorme tâche floue.

  6. Intervenant 2

    Ouais, une tèche qui a littéralement dissimulé la réalité pendant des siècles en fait. On plonge vraiment dans une zone d'ombre historique majeure.

  7. Intervenant 1

    Totalement. C'est presque un thriller mathématique qu'on va décortiquer pour s'être plongé en profondeur. Imaginez une simple erreur d'espacement vieille de plusieurs millénaires mélangée à pas mal de mauvais soins intellectuels.

  8. Intervenant 2

    C'est fou quand on y pense. Et notre mission pour cette exploration, c'est vraiment de déconstruire une idée reçue qui est massive. Parce que si on ouvre un manuel d'histoire des maths aujourd'hui, on va lire quoi ?

  9. Intervenant 1

    Bah que le zéro a été inventé en Inde, non ? Par Brahmagupta.

  10. Intervenant 2

    C'est ça. En 628 après J.-C., très précisément. C'est la version officielle, on va dire. Sauf que les sources qu'on examine aujourd'hui prouvent que les grètes et même les babyloniens avant eux avaient déjà flirté de très très près avec ce concept.

  11. Intervenant 1

    Et le vrai rebondissement de l'histoire, c'est qu'on va parler d'un génie antique qui a eu cet éclair de lucidité absolue. Le gars a posé les bases mathématiques du zéro pur et il s'est fait intentionnellement jeter aux oubliettes par ses propres collègues.

  12. Intervenant 2

    Ouais, une vraie annulation avant l'heure quoi. Juste par le silence. Ce qui a potentiellement bloqué le progrès scientifique mondial pendant des centaines d'années. Mais pour bien comprendre l'ampleur du scandale, il faut d'abord s'imaginer un monde sans zéro.

  13. Intervenant 1

    Bah oui ! À quoi ça ressemble des calculs sans le zéro ? Parce que bon, on se dit que c'est indispensable aujourd'hui.

  14. Intervenant 2

    Et pourtant, à l'échelle de l'humanité, c'est pas une nécessité absolue. On a bâti des aqueducs immenses, levé des armées, calculé des impôts sans jamais utiliser ce concept.

  15. Intervenant 1

    C'est vrai que les Romains, avec leur I, leur V et leur X, s'en passaient très bien. C'est purement additif, il n'y a aucun symbole pour le rien.

  16. Intervenant 2

    Pareil pour les Égyptiens de l'Antiquité. Et même les Grecs à l'époque classique utilisaient juste les lettres de leur alphabet pour compter. Donc le zéro, ils n'en avaient pas besoin.

  17. Intervenant 1

    En fait, c'est hyper logique. Si on compte des moutons dans un enclos, on a un, deux ou trois moutons. Si le loup vient tout dévorer, on ne dit pas « j'ai zéro mouton », on dit juste « l'enclos est vide ».

  18. Intervenant 2

    Exactement. Le rien, c'est un état de fait. Ce n'est pas une quantité qu'on va s'amuser à noter. C'est vraiment la différence entre la géométrie de l'espace physique et l'abstraction algébrique.

  19. Intervenant 1

    D'accord. Mais alors quand est-ce que cette frontière commence à craquer ?

  20. Intervenant 2

    Ça se passe en Mésopotamie. Le système babylonien est gravé sur des tablettes d'argile en écriture cunéiforme. Et il est vraiment fascinant parce qu'il est hybride et surtout positionnel.

  21. Intervenant 1

    Positionnel, c'est-à-dire que la place du symbole change sa valeur, c'est ça ?

  22. Intervenant 2

    Comme pour nous, le 1 de 15, c'est pas le même que le 1 de 51.

  23. Intervenant 1

    Voilà, tout à fait. Sauf que les babyloniens n'utilisent pas une base 10 classique. Ils ont un système mixte.

  24. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux mélange entre la base 10 et la base 60.

  25. Intervenant 1

    C'est ça. En gros, pour les unités de 1 à 9, ils utilisent des petits clous. Et pour les dizaines de 10 à 50, ils font des sortes de chevrons.

  26. Intervenant 2

    D'accord, donc clous et chevrons. Et une fois arrivé à 60, eh ben ils repassent au clou. Mais ils le décalent vers la gauche, dans une nouvelle colonne. C'est hyper puissant comme système. La base 60, on l'utilise encore aujourd'hui pour nos heures, nos minutes et les degrés d'un cercle.

  27. Intervenant 1

    Parce que c'est divisible par plein de trucs, genre 2, 3, 4, 5, 6, etc. Sur le pâtier, c'est génial. Mais alors, en pratique, sur une tablette d'argile, ça doit être la galère, non ?

  28. Intervenant 2

    Au quotidien, on frôlait la catastrophe. Surtout sans symbole pour marquer l'espace vide.

  29. Intervenant 1

    Ouais, c'est un peu comme lire une phrase sans aucun espace entre les mots. J'y pensais tout à l'heure si tu écoutes quelqu'un parler très vite. Par exemple, si je dis « le son continue, la chasseresse ».

  30. Intervenant 2

    Oui, je

  31. Intervenant 1

    vois. Comment tu l'interprètes ? Est-ce qu'on parle de la chasseresse, la femme avec son arc, ou bien de l'âche à se dresse, l'arme qui se lève ? C'est le vide, la petite pause entre les sons qui donne tout le sens.

  32. Intervenant 2

    Transposé aux mathématiques babyloniennes, ce genre de contresens spatial, ça a des conséquences financières désastreuses.

  33. Intervenant 1

    Ah, carrément !

  34. Intervenant 2

    Bah oui, l'article donne un exemple très concret. Imagine une tablette lue de droite à gauche. Tu as un groupe de clous et de chevrons pour faire 4, puis 10. Ça fait 14 dans la colonne des unités.

  35. Intervenant 1

    Ok, très bien, on a

  36. Intervenant 2

    14. Ensuite, un peu plus à gauche, tu trouves un 2. Ce 2, il est dans la colonne des soixantaines. Donc tu fais 2 x 60, ça donne 120.

  37. Intervenant 1

    Plus nos 14 unités de départ, ça fait 134.

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