
18 déc. 2021 · 19 min
Nombre d’or en architecture : mythe ou choix délibéré ?
Cette enquête audio remonte les indices, de Khéops au Modulor, pour distinguer les proportions interprétées des rares usages volontaires du nombre d’or.
Collections de cet épisode (8)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on traque un véritable fantôme géométrique. Imaginez un peu. Une équation mathématique si séduisante, si obsédante, qu'elle a carrément poussé des historiens de l'art à amputer virtuellement des monuments antiques grandioses.
Intervenant 2
Oui, et tout ça juste pour prouver que cette équation s'y trouvait cachée. C'est fou.
Intervenant 1
Ah oui, c'est un truc de dingue. Aujourd'hui, on plonge au cœur d'un mythe absolu de l'architecture, le fameux nombre d'or, le nombre phi. La mission de cette exploration, elle est simple mais très ambitieuse.
Intervenant 2
Séparer la rigueur mathématique des fantasmes en gros.
Intervenant 1
Exactement. Ce nombre, est-ce que c'est réellement le grand secret millénaire des bâtisseurs de génie ? Ou est-ce qu'on a juste décidé collectivement de le voir absolument partout ? Genre en pliant la réalité pour qu'elle corresponde à nos fantasmes de perfection.
Intervenant 2
C'est un dossier exceptionnel, vraiment, parce qu'il confronte la rigueur froide des mathématiques aux besoins très humains de trouver du sens et de l'harmonie partout.
Intervenant 1
C'est tellement
Intervenant 2
ça. Le nombre d'or, donc cette valeur d'environ 1,618, il est vraiment auréolé d'une réputation de perfection esthétique. Mais la question centrale qui émerge de l'ensemble de nos sources aujourd'hui, c'est l'intentionnalité.
Intervenant 1
Savoir si c'était fait exprès, quoi.
Intervenant 2
Voilà. Et pour comprendre ce débat passionnant, on ne peut pas se limiter à regarder des belles façades de l'extérieur. Il faut vraiment traverser les époques.
Intervenant 1
On va voyager un peu.
Intervenant 2
Totalement. Des pyramides d'Égypte jusqu'à l'architecture contemporaine du XXe siècle, on va décrypter les outils réels des artisans et les contraintes physiques des chantiers.
Intervenant 1
Eh bien, pour commencer, direction le sable de l'Égypte antique vers 2560 avant notre ère, au pied de la grande pyramide de Khéops. Parce que pour comprendre cette obsession, il faut remonter bien avant l'existence même du mot géométrie chez les Grecs.
Intervenant 2
Et le mystère prend racine dans une anecdote historique très précise. En fait, nos sources relatent le voyage de l'historien grec Hérodote.
Intervenant 1
Oui, au 5e siècle avant notre ère, c'est ça.
Intervenant 2
C'est ça. Selon ses écrits, des prêtres égyptiens lui auraient confié le secret de la conception de la pyramide de Khéops. Ils affirmaient qu'elle avait été pensée selon une contrainte géométrique redoutable.
Intervenant 1
Ah, la fameuse règle d'égalité des surfaces.
Intervenant 2
Exactement. L'aire du carré construit sur la hauteur de la pyramide serait rigoureusement égale à l'aire de l'une de ses faces triangulaires.
Intervenant 1
Posé comme ça, on dirait juste une énigme pour architecte. Mais visuellement, c'est fascinant. Faisons l'exercice de pensée, sans utiliser la moindre équation compliquée.
Intervenant 2
Je vous suis.
Intervenant 1
On imagine la hauteur de la pyramide, donc de la pointe tout en haut jusqu'au sol au centre. On dessine un carré géant à partir de cette ligne verticale.
Intervenant 2
OK.
Intervenant 1
Ensuite, on regarde l'une des faces extérieures en pente, ce grand triangle de pierre géant, et on dit que ces deux surfaces doivent être parfaitement identiques.
Intervenant 2
C'est une excellente façon de le visualiser, ouais. Et c'est vraiment en appliquant cette contrainte visuelle que la magie mathématique opère.
Intervenant 1
Du coup, comment on relie l'intérieur à l'extérieur ?
Intervenant 2
Pour faire le lien entre cette hauteur interne et la face extérieure inclinée, il faut imaginer une coupe de la pyramide. Si on la tranche en deux depuis le sommet, on révèle à l'intérieur un triangle rectangle parfait.
Intervenant 1
Oh, le fameux triangle rectangle. Le terrain de jeu idéal pour le théorème de Pythagore, ça.
Intervenant 2
Absolument. Sa base, c'est la moitié de la base de la pyramide. Sa ligne verticale, c'est la hauteur, H.
Intervenant 1
Ok, d'accord.
Intervenant 2
Et sa ligne en pente, l'hypoténuse, c'est ce qu'on appelle l'apothème, noté A, c'est-à-dire la ligne qui glisse du sommet jusqu'en bas de la face externe.
Intervenant 1
Je visualise très bien.
Intervenant 2
Donc si on traduit la règle d'Hérodote en écaution, on a H au carré, donc l'aire du carré sur la hauteur, qui est égale à l'aire du triangle, soit A fois C divisé par 2.
Intervenant 1
Avec C, qui est la base de la pyramide.
Intervenant 2
C'est ça. Et là, on combine ça avec le théorème de Pythagore sur notre petit triangle rectangle à l'intérieur.
Intervenant 1
Donc, le carré de l'hypoténuse a² est égal à h² plus le carré de la demi-base, ce qui donne c² sur
Intervenant 2
4. Exactement ! Et en substituant tout ça, une chose incroyable se produit. En cherchant le rapport entre l'apothème et la demi-base, toutes les variables s'annulent.
Intervenant 1
Attends, vraiment toutes les variables s'annulent ?
Intervenant 2
Ouais, elles disparaissent pour laisser place à une proportion pure. On arrive à l'équation 5a² égale a plus c, le tout au carré. Le quotient donne la valeur exacte de 1 plus racine carrée de 5, divisé par 2.
Intervenant 1
Ce qui est la définition mathématique pure et absolue du nombre d'or, le fameux Φ. C'est un vertige intellectuel complet.
Intervenant 2
C'est le mot. La proportion surgit d'elle-même.
Intervenant 1
En posant une simple contrainte d'égalité de surface, phi apparaît presque magiquement. Et le pire, c'est que les mesures réelles semblent donner raison à la théorie, non ?
Intervenant 2
Bah oui, nos sources indiquent que la base de Khéops fait 440 coudées royales et sa hauteur 280 coudées.
Intervenant 1
Et si on fait le rapport de la pente sur la demi-base, avec ces chiffres, on tombe sur 1,61859. C'est à s'y méprendre. C'est incroyablement proche de Phi.
Intervenant 2
C'est troublant, c'est vrai.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Je vais me faire l'avocate du diable un instant.
Intervenant 2
Allez-y, c'est le moment d'être critique.
Intervenant 1
On parle d'un bâtiment en ruine qui est vieux de 4500 ans. Le revêtement extérieur lisse en calcaire a été pillé. Le sommet lui-même est tronqué.
Intervenant 2
Oui, il manque le pyramidion.
Intervenant 1
Comment on peut affirmer à la virgule près que ces mesures millénaires donnent exactement 1,618 et pas juste un vague environ 1,6 ?
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

17 déc. 2024 · 13 min

17 janv. 2019 · 28 min

28 sept. 2017 · 18 min

15 juil. 2016 · 15 min

14 mars 2016 · 22 min

15 avr. 2022 · 15 min