
22 avr. 2026 · 26 min
Archimède face au sable : peut-on chiffrer l’univers ?
Suivez dans cet épisode les étapes d’Archimède : borner le cosmos et le grain, puis bâtir une numération capable d’exprimer le résultat.
Collections de cet épisode (7)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et un immense, un très chaleureux message de bienvenue à toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle exploration. Je suis vraiment ravie de vous retrouver.
Intervenant 2
Salut Evelyne. Ouais, très heureux d'être là aussi. On a un beau programme aujourd'hui.
Intervenant 1
Ah ça, tu l'as dit. Alors, pour commencer, on va s'imaginer un petit défi, d'accord ?
Intervenant 2
Vas-y, je t'écoute.
Intervenant 1
Imagine qu'on doive calculer le nombre exact de grains de sable qu'il faudrait pour remplir l'univers tout entier.
Intervenant 2
Rien que
Intervenant 1
ça. Rien que ça, oui. Mais attention, petite contrainte. On est à une époque où le chiffre zéro n'a pas encore été inventé. Les puissances mathématiques, tu sais, du style 10 puissance 10, ça n'existe pas. Et les seuls outils qu'on a pour compter, ce sont les lettres de l'alphabet.
Intervenant 2
C'est le cauchemar du mathématicien moderne, ça.
Intervenant 1
C'est clair. Et bah pourtant, c'est exactement le point de départ de notre discussion d'aujourd'hui. On s'appuie sur un article vraiment passionnant de Benoît Riteau qui s'intitule « Faire du monde une arène ».
Intervenant 2
Un super article d'ailleurs.
Intervenant 1
Complètement. En fait, le texte décortique une des œuvres les plus époustouflantes de l'Antiquité. Elle a été rédigée vers l'an 250 avant notre ère par le génie de Syracuse, Archimède en personne. Et cette œuvre s'appelle l'Arénère, ou on l'appelle aussi parfois le conteur de sable.
Intervenant 2
Ouais, le titre annonce directement la couleur en effet. Mais faut bien comprendre le contexte. Le texte original, il est carrément adressé au roi de Syracuse, Gélon II.
Intervenant 1
Au roi direct,
Intervenant 2
ok. Et l'ambition d'Archimède, telle qu'elle est super bien analysée dans nos sources, c'est pas de faire un simple petit exercice de comptage sur la plage, juste pour divertir la cour ou faire un tour de magie. Ah
Intervenant 1
bon ? C'est pas juste un jeu d'esprit ?
Intervenant 2
Pas du tout. Il s'agit d'un projet intellectuel d'une ampleur vraiment vertigineuse. Le but sous-jacent de son texte, c'est de démontrer une thèse philosophique et mathématique très forte. En fait, il veut prouver que l'univers physique, même s'il paraît complètement incommensurable et insaisissable à nos yeux, il peut quand même être réduit à une désignation numérique explicite.
Intervenant 1
C'est-à-dire qu'on peut tout quantifier, quoi qu'il arrive ?
Intervenant 2
Exactement. Il veut montrer que rien, absolument rien, n'échappe à la capacité de conceptualisation de l'esprit humain.
Intervenant 1
D'accord, décortiquons un peu tout ça. Parce que pour arriver à remplir un univers entier de sable, la logique impose quand même une toute première étape incontournable, non ? Il faut déjà définir la taille de ce fameux univers.
Intervenant 2
Bah oui, forcément. Faut connaître la taille de la boîte avant de la remplir.
Intervenant 1
Voilà. Et là, en parcourant l'article de Benoît Riteau, on tombe sur un rebondissement historique totalement inattendu. Enfin, moi, ça m'a sidéré.
Intervenant 2
Ah, tu veux parler du modèle astronomique ?
Intervenant 1
Mais oui ! On est au IIIe siècle avant notre ère. C'est une époque où le modèle géocentrique, donc la Terre au centre de tout, domine complètement. Tout le monde pense que la Terre est immobile au centre du cosmos.
Intervenant 2
C'est la norme absolue à ce moment-là, oui.
Intervenant 1
Et pourtant, Archimède, lui, il choisit de baser tous ses calculs sur les travaux d'un autre gars, un de ses contemporains, Harry Stark de Samos. Et Harry Stark, lui, il propose un modèle héliocentrique. Donc il dit que la Terre tourne autour du
Intervenant 2
Soleil. C'est là que ça devient génial. Ce qui est fascinant ici, c'est précisément le choix de ce modèle héliocentrique par Archimède. C'est un détail crucial. Et franchement, les motivations derrière ce choix méritent qu'on s'y attarde un instant.
Intervenant 1
Vas-y, parce que, vois, j'ai trouvé ça fou qu'il soit si en avant sur son temps.
Intervenant 2
Alors, justement, l'histoire des sciences a souvent retenu Aristarque de Samos comme une sorte de Copernic de l'Antiquité, tu vois. Le mec qui a eu l'intuition géniale et qui a été ignoré pendant presque 2000 ans.
Intervenant 1
Ce qui est super triste pour lui d'ailleurs.
Intervenant 2
Ouais, un peu. Du coup, on pourrait facilement supposer qu'Archimède, grand savant qu'il était, avait reconnu la véritable vérité astronomique de ce modèle. Mais l'analyse du texte suggère une toute autre hypothèse.
Intervenant 1
Ah, donc c'était pas par conviction scientifique en fait.
Intervenant 2
Et non, ce serait bien plus pragmatique que ça. Ce choix relèverait d'une utilité purement mathématique.
Intervenant 1
Attends, tu es en train de me dire qu'il ne croyait pas forcément que la Terre tournait autour du Soleil, mais que cette théorie l'arrangeait juste pour ses calculs ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. En fait, la théomie d'Harry Stark postulait que les étoiles fixes étaient situées à une distance absolument incommensurable de la Terre. Et il devait postuler ça précisément pour expliquer pourquoi on n'observait pas de parallaxe stellaire.
Intervenant 1
La parallaxe stellaire, c'est le changement de position apparente des étoiles, dû au mouvement de la Terre, c'est ça ?
Intervenant 2
Tout à fait. Si la Terre bouge, on devrait voir les étoiles bouger les unes par rapport aux autres au cours de l'année. Comme Harry Stark ne voyait pas ce mouvement, il en a déduit que la sphère des étoiles devait être gigantesque, infiniment loin.
Intervenant 1
Ah, je vois où tu veux en venir.
Intervenant 2
Eh oui, pour que le modèle d'Aristar tienne debout visuellement depuis la Terre, il fallait cet univers immense. Donc Archimède a sélectionné ce modèle précis pour une raison simple, il lui offrait sur un plateau d'argent l'univers concevable le plus vaste possible sur le marché des idées de l'époque, si je puis dire.
Intervenant 1
Mais c'est d'une intelligence redoutable en fait. C'est un peu comme, tu sais, lorsqu'on veut tester les limites et la puissance d'un super ordinateur dernier cri qu'on vient juste d'assembler.
Intervenant 2
Ouais, l'analogie est bonne. Lourde, la plus complexe et la plus gourmande en ressources qui existe sur le marché. C'est ça. Archimède voulait pousser sa nouvelle mécanique mathématique dans ses ultimes retranchements. Et pour ça, il lui fallait le plus grand bac à sable imaginable. Littéralement.
Intervenant 1
Le terme de bac à sable est parfait pour le
Intervenant 2
coup. Ouais. Et d'ailleurs, pour s'assurer que sa démonstration soit absolument inattaquable, même face au pire sceptique de la cour du roi Gélon, il va déployer une méthode redoutable en mathématiques, c'est l'encadrement.
Intervenant 1
L'encadrement. Tu peux préciser un peu comment il applique ça ici ?
Intervenant 2
Bien sûr. Le principe, c'est d'établir une limite supérieure irréfutable et une limite inférieure tout aussi solide. Donc, d'un côté, il va délibérément majorer la taille de l'univers d'Harry Stark.
Intervenant 1
Il le grossit encore plus.
Intervenant 2
Exactement. À chaque étape de ses mesures astronomiques, chaque fois qu'il estime le diamètre du Soleil ou la distance des étoiles, il va arrondir volontairement à la hausse. Le texte original est plein de petites phrases où il dit que la dimension réelle n'est pas plus grande que la valeur énorme, tu le retiens.
Intervenant 1
C'est le fameux adage « qui peut le plus peut le moins » en fait. Il gonfle la taille de l'univers pour être absolument sûr que sa boîte virtuelle sera largement suffisante pour contenir la réalité.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
Mais bon, un encadrement ça nécessite deux bornes. Si on a l'univers humain d'un côté, on a le fameux grain de sable de l'autre. Comment il pouvait minorer, donc sous-estimer, la taille d'un grain de sable alors qu'il n'avait aucun instrument de mesure microscopique ?
Intervenant 2
Ah bah ça c'est le défi de l'époque.
Intervenant 1
Sans micromètre, sans laser, ça paraît physiquement impossible de définir une norme précise pour un simple grain de
Intervenant 2
sable. La ruse d'Archimède pour cette mination est d'une ingéniosité pratique incroyable. Puisqu'un grain de sable, c'est beaucoup trop petit pour être mesuré directement avec leurs unités de longueur de l'époque, genre le doigt ou le stade, il va utiliser un intermédiaire naturel.
Intervenant 1
Et c'était quoi cet intermédiaire ?
Intervenant 2
La graine de pavot.
Intervenant 1
La graine de pavot,
Intervenant 2
comme sur le pain. Exactement la même date. En fait, il allie minutieusement des graines de pavot sur une règle pour déterminer combien il en faut pour faire la largeur d'un doigt humain. Ensuite, il postule qu'une seule graine de pavot ne peut pas contenir plus d'une myriade de graines de sable. Une
Intervenant 1
myriade, c'est 10 000, c'est bien ça ?
Intervenant 2
C'est ça. Pas plus de 10 000 graines de sable dans une graine de pavot.
Intervenant 1
Oh, c'est génial ! Il crée en fait une sorte de poupée russe conceptuelle.
Intervenant 2
Ouais, c'est une super
Intervenant 1
image. Les grains de sable s'emboîtent dans la graine de pavot, qui elle-même s'emboîte dans la largeur d'un doigt, qui s'emboîte dans la mesure du stade grec, qui finit par multiplication, par mesurer l'univers tout entier de bord à bord.
Intervenant 2
Le raisonnement est totalement verrouillé de toutes parts.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

14 juil. 2020 · 21 min

22 avr. 2026 · 18 min

21 août 2025 · 18 min

6 mai 2024 · 25 min

3 mai 2024 · 17 min

19 août 2021 · 12 min