
29 janv. 2018 · 16 min
Aire d’un triangle : le calcul sans hauteur de Héron
L’épisode suit, étape par étape, comment Pythagore conduit des trois côtés à l’aire, puis ouvre sur la formule de Brahmagupta.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on se lance dans une exploration géométrique assez fascinante et je suis ravi de partager ce moment avec toi.
Intervenant 2
Salut Sam ! Écoute, je suis ravie aussi. On a un sacré programme pour cette plongée dans l'histoire des maths.
Intervenant 1
Carrément. On s'appuie sur un article super intéressant qui s'appelle « Une formule de haut vol ». Et pour bien poser le décor, prenons une situation hyper concrète. Faisons un saut dans le temps.
Intervenant 2
D'accord, je te suis. On va où ?
Intervenant 1
On va dans l'Antiquité. Prenons l'exemple d'un arpenteur qui se retrouve face à un grand terrain agricole en forme de triangle. Le Nil vient de déborder, il y a une crue, et le sol est recouvert d'une boue épaisse. Le genre de marécage complètement
Intervenant 2
impraticable.
Intervenant 1
C'est ça. Sauf que cet arpenteur, il a une mission. Il doit calculer la surface exacte de ce champ pour des questions d'impôts. Et il a des cordes pour mesurer les bords secs du terrain. Mais c'est physiquement impossible pour lui de traverser la boue pour aller au centre.
Intervenant 2
Et en fait, c'est là que réside un paradoxe géométrique majeur. Parce que la géométrie élémentaire démontre très clairement que le triangle, c'est une figure parfaitement rigide.
Intervenant 1
Contrairement à un carré, par exemple.
Intervenant 2
Exactement. Si on assemble quatre morceaux de bois pour faire un quadrilatère, la figure peut se déformer, elle peut s'aplatir et devenir un losange. Mais si on cloue trois morceaux de bois ensemble, le triangle qu'on obtient est indéformable.
Intervenant 1
Ah ouais, donc les longueurs dictent absolument tout.
Intervenant 2
Voilà. Ces trois longueurs suffisent à définir l'intégralité de la forme, de la base jusqu'à la pointe. La surface occupée, l'air, elle est totalement verrouillée par ces trois simples nombres.
Intervenant 1
Donc la logique voudrait qu'avec juste ces trois longueurs de cordes sur les bords, on puisse en déduire l'air sans problème.
Intervenant 2
En théorie, oui. Sauf que la méthode classique,
Intervenant 1
celle qu'on apprend tous à l'école,
Intervenant 2
celle-là même, elle exige de multiplier la base par la hauteur, puis de diviser par deux.
Intervenant 1
Et notre arpenteur coincé au bord de son champ de boue, il ne peut pas tracer de lignes perpendiculaires parfaites vers le sommet opposé. Il ne peut pas mesurer cette fameuse hauteur.
Intervenant 2
C'est toute la difficulté de l'exercice.
Intervenant 1
C'est vraiment la mission de notre décryptage d'aujourd'hui. On va essayer de comprendre comment l'esprit humain a réussi à contourner cette contrainte matérielle. Comment on peut calculer l'aire d'un triangle sans jamais, au grand jamais, connaître sa hauteur ?
Intervenant 2
Et pour résoudre un problème aussi profondément ancré dans la boue et les contraintes matérielles, il ne fallait pas confier la tâche à un philosophe habitué à tracer des cercles parfaits dans le sable.
Intervenant 1
Il fallait quelqu'un de plus manuel, non ?
Intervenant 2
Il fallait un ingénieur, clairement. Quelqu'un qui comprend la théorie pure, oui, mais qui refuse de s'y laisser enfermer. Et c'est ce qui nous amène à la figure centrale de cette histoire.
Intervenant 1
Héron d'Alexandrie. Un savant qui est souvent décrit par les historiens comme une sorte de Léonard de Vinci de l'Antiquité. Son profil est absolument captivant.
Intervenant 2
Complètement. D'ailleurs, la petite anecdote, c'est la manière dont les historiens modernes ont réussi à le situer sur la frise chronologique. C'est un exploit en soi.
Intervenant 1
Ah oui, parce que pendant très longtemps, il flottait dans un flou temporel total. On savait juste qu'il vivait en Égypte aromène et c'est tout.
Intervenant 2
Exact. Les historiens des sciences ont carrément dû jouer aux détectives astronomiques. En éplouchant un de ses textes, ils sont tombés sur un exemple pratique où Héron mentionne une éclipse de Lune.
Intervenant 1
Une éclipse bien spécifique qu'il utilise pour un de ses calculs, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est ça. Et aujourd'hui, avec nos ordinateurs, on peut faire tourner les modèles planétaires à l'envers. Ils ont cherché une éclipse lunaire qui correspondait très précisément aux observations faites depuis Alexandrie.
Intervenant 1
Et le verdict est tombé.
Intervenant 2
De manière irréfutable. L'éclipse a eu lieu en l'an 62 de notre ère.
Intervenant 1
Je trouve ça d'une poésie folle de dater la vie d'un mec grâce au mouvement des astres qui l'observaient. Donc il vivait au 1er siècle à Alexandrie et qui était un vrai carrefour intellectuel.
Intervenant 2
Une vraie marmite où bouillonnait plein de cultures différentes.
Intervenant 1
Et ce qui frappe quand on lit les sources, c'est son pragmatisme à ce Héron. Il écrit sur les mathématiques pures dans son traité métriqué, d'accord, mais il écrit aussi sur l'arpentage, sur la mécanique.
Intervenant 2
Il a publié le traité Pnumatica, qui est rempli de machines incroyables, des distributeurs automatiques, des ancêtres du thermomètre.
Intervenant 1
C'est dingue, des gadgets antiques.
Intervenant 2
Ouais, et son invention la plus spectaculaire, ça reste sans conteste le système d'ouverture automatique des portes de temples. Le but, c'était vraiment de créer de l'émerveillement, une forme de magie pour les fidèles.
Intervenant 1
Alors que le mécanisme en dessous, c'était de la pure thermodynamique et de la mécanique des flûdes.
Intervenant 2
Une maîtrise implacable même.
Intervenant 1
Essayons de visualiser ça. Le fidèle arrive devant le temple. On est dans l'Antiquité, je rappelle. Le prêtre allume un feu sur un autel à l'extérieur. Et soudainement, dans un grincement super théâtral, les immenses portes de bronze s'ouvrent toutes seules.
Intervenant 2
Comme si elles étaient poussées par les dieux eux-mêmes.
Intervenant 1
C'est un truc de fou !
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