
22 juin 2023 · 11 min
Théorème de Pythagore : l’enquête de Babylone à l’Inde
Cet épisode suit les indices de Plimpton 322 aux textes indiens et reconstitue deux formes anciennes du résultat attribué à Pythagore.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour tout le monde. Alors aujourd'hui, on s'attaque à un monument. Parce que si on observe attentivement une certaine tablette d'argile babylonienne qui date d'environ 1800 ans avant notre ère, on y découvre une formule mathématique parfaite.
Intervenant 2
Et le petit problème avec cette formule, c'est qu'elle appartient à Pythagore. Enfin, un homme qui ne naîtra que 13 siècles plus tard.
Intervenant 1
Voilà. Bon, décortiquons tout ça. La mission de notre exploration du jour, c'est de déconstruire un des mythes les plus célèbres de notre scolarité.
Intervenant 2
Ouais, le fameux mythe du génie isolé.
Intervenant 1
Exactement. Ce théorème de Pythagore sur les triangles rectangles que tout le monde connaît par cœur, en fait, il n'est pas de Pythagore.
Intervenant 2
C'est clair. L'histoire officielle a vraiment cette fâcheuse tendance à lisser les choses, tu vois. On adore l'idée d'une ligne d'évolution super propre avec un savant qui trouve l'illumination tout seul dans son coin.
Intervenant 1
Un peu comme s'il avait eu une pomme qui lui tombait sur la tête, mais pour la géométrie quoi.
Intervenant 2
C'est ça. Sauf que la réalité que révèlent nos sources d'aujourd'hui, elle est beaucoup plus organique. C'est presque un thriller archéologique qui va nous faire voyager à Babylone et en Inde pour prouver que les maths, c'était déjà un phénomène mondial à l'époque.
Intervenant 1
C'est fascinant. Mais avant d'arriver à ces preuves physiques, il faut d'abord casser cette idée du savant qui reste assis à son bureau. Les textes montrent que pour se former dans l'Antiquité, il fallait voyager.
Intervenant 2
Ah oui, c'était un engagement physique immense.
Intervenant 1
Ouais. D'ailleurs, on a dans nos sources une lettre super intéressante d'un lettré du Moyen Âge qui s'appelle Adélard de Bath, un Anglais. Et il écrit à son neveu pour le secouer un peu en lui disant, en gros, arrête de te contenter de ce qu'on t'apprend ici, va voir les Gaulois, va écouter les Transalpins ou cherche en Grèce.
Intervenant 2
C'est une lettre fondamentale. Ça prouve que cette quête de savoir à l'étranger, c'est une tradition historique qui ne s'est jamais arrêtée.
Intervenant 1
C'est un peu le programme Erasmus de l'époque en fait.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Pour être légitime, un savant devait aller confronter ses idées aux savoirs étrangers, tu vois. Et c'est exactement ce qui nous amène à Pythagore.
Intervenant 2
Oh oui, alors lui, son Erasmus, il a duré un peu plus longtemps qu'un semestre à Barcelone.
Intervenant 1
C'est le moins qu'on puisse dire. Le philosophe Jean Blick nous raconte que vers 500 avant notre ère, Pythagore quitte son île de Samousse, il prend un bateau pour l'Égypte et il y passe 22 ans avec les prêtres égyptiens.
Intervenant 2
22 ans, c'est déjà énorme.
Intervenant 1
Et c'est pas fini. L'armée perse débarque. Pythagore est fait prisonnier et on l'emmène de force à Babylone. Et là, au lieu de déprimer, il passe 12 ans avec les mages pour étudier l'arithmétique et la musique. Il finit par rentrer à Samous à 56 ans.
Intervenant 2
34 ans de formation à l’étranger, quoi. Bon, si on replace ça dans un contexte plus large, il faut quand même avouer que le récit de Jean Blic est sans doute un peu enjolivé.
Intervenant 1
Ah, tu m'étonnes. Je veux bien faire l'avocat du diable, mais ça ressemble quand même beaucoup à une belle légende pour en faire un super-héros des maths, non ?
Intervenant 2
Bah oui, Jean Blic écrit des siècles plus tard, les durées sont presque bibliques. Mais ce qui est crucial ici, c'est pas la chronologie exacte, c'est ce que ça illustre.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Ça montre parfaitement la reconnaissance par les Grecs de la supériorité intellectuelle des Égyptiens et des Babyloniens.
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