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23 févr. 2023 · 20 min

Le problème de Waring : résolu, mais toujours inachevé

Cet épisode suit 250 ans de recherche sur les sommes de puissances, de la question de Waring à sa résolution, puis aux énigmes qui demeurent.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Il suffit d'imaginer un enfant qui construit une tour avec des blocs en bois pour se rendre compte qu'une simple observation sur l'empilement de ces blocs, ça pourrait déclencher une véritable guerre mathématique.

  2. Intervenant 2

    Ah ça oui, une guerre intellectuelle même. Une guerre qui va durer plus de 250 ans au bas mot.

  3. Intervenant 1

    C'est ça, une quête qui va mobiliser les esprits les plus brillants de la planète et nécessiter au final la puissance de supercalculateurs colossaux pour être résolus.

  4. Intervenant 2

    Ouais, parce que tu vois, souvent, on a cette perception générale des mathématiques comme un édifice parfaitement ordonné, une ligne droite super rassurante où chaque découverte vient se poser très sagement sur la précédente.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Si on prend une simple addition, par exemple, ça semble limpide, défini, sans aucun mystère.

  6. Intervenant 2

    Et pourtant, en grattant juste un tout petit peu la surface de ces opérations qu'on enseigne à l'école primaire, on peut vraiment tomber dans un abîme conceptuel complètement inattendu.

  7. Intervenant 1

    Et la mission de notre plongée au cœur des sources et d'aujourd'hui, c'est justement de décortiquer cet énigme absolu, ce fameux problème de Waring.

  8. Intervenant 2

    Et le problème de Waring, c'est vraiment le parfait exemple du faux ami en mathématiques.

  9. Intervenant 1

    Un faux ami, c'est-à-dire ?

  10. Intervenant 2

    Il se présente comme une question d'une innocence folle, le genre de petit problème qu'on pourrait griffonner sur un coin de table après un repas de famille, mais qui cache en réalité un labyrinthe monumental.

  11. Intervenant 1

    C'est toute la beauté de la théorie des nombres, ça.

  12. Intervenant 2

    Absolument. Une façade d'une grande simplicité qui masque des mécanismes d'une complexité redoutable.

  13. Intervenant 1

    Alors démêlons tout ça, parce que c'est un récit qui est tissé de rebondissements improbables. On va partir d'un petit jeu de construction avec des carrés et des cubes pour finir par s'attaquer à des équations vérifiées par des machines qui crachent des millions de calculs à la seconde.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait, avec même une petite apparition du fantôme du fils d'un des plus grands génies de l'histoire scientifique.

  15. Intervenant 1

    Le contraste est total entre le début et la fin. Mais ce qui frappe d'emblée dans nos sources, c'est que l'homme qui a donné son nom à cette énigme, donc Waring, ce n'est même pas lui qui a posé la première pierre.

  16. Intervenant 2

    Non, en fait, l'histoire commence avec un autre géant des mathématiques, Joseph-Louis Lagrange.

  17. Intervenant 1

    Ah, Lagrange, évidemment. En quelle année on se situe là ?

  18. Intervenant 2

    On est en 1770. Et Lagrange démontre ce qui va devenir le célèbre théorème des quatre carrés. Et c'est une règle qui est majestueuse parce qu'elle est universelle.

  19. Intervenant 1

    Qu'est-ce qu'elle dit exactement cette règle ?

  20. Intervenant 2

    Elle stipule que tout nombre entier, naturel, peu importe sa taille, il peut s'écrire comme la somme d'au maximum quatre carrés d'entiers.

  21. Intervenant 1

    Ok, alors mettons ça en perspective pour bien comprendre la mécanique. Si on prend un petit nombre, disons 10.

  22. Intervenant 2

    Oui, très bon exemple.

  23. Intervenant 1

    Bah 10, c'est 9 plus 1, c'est-à-dire 3 au carré plus 1 au carré. Donc là, il n'a fallu que 2 carrés pour atteindre la cible. Le contrat est rempli quoi.

  24. Intervenant 2

    Exactement. La condition d'être au maximum 4 est parfaitement respectée puisqu'on n'en a utilisé que 2. Mais la puissance de ce théorème, c'est qu'il ne s'arrête pas aux petits nombres qu'on peut calculer tête.

  25. Intervenant 1

    C'est ça qui est dingue.

  26. Intervenant 2

    Oui, la démonstration de Lagrange, elle englobe l'infinité des nombres. Si on prend une cible beaucoup plus grande, prenons l'année 2023 par exemple.

  27. Intervenant 1

    D'accord.

  28. Intervenant 2

    Eh bien 2023, ça peut s'écrire de la façon suivante. 43 au carré, plus 13 au carré, plus 2 au carré, plus 1 au carré.

  29. Intervenant 1

    Ah ouais. On a exactement quatre termes, jamais plus.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Et dans le jargon très spécifique de ce problème, cette limite indépassable, on la note avec une lettre g minuscule. Le

  31. Intervenant 1

    fameux petit g de n.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. Donc là, on dit que g de 2, où le 2 entre parenthèses représente la puissance 2, donc les carrés, est égal à 4.

  33. Intervenant 1

    Le décor est donc planté par Lagrange. La règle est élégante, elle est prouvée. Et c'est précisément à ce moment-là qu'Edward Waring entre en scène. Il regarde cette perfection géométrique et il décide d'y mettre le feu. C'est une

  34. Intervenant 2

    bonne façon de le dire.

  35. Intervenant 1

    Il observe ce théorème des carrés et il soulève la question qui va tout faire basculer. Il se dit, que se passe-t-il si on décide de changer la puissance ?

  36. Intervenant 2

    Exactement ! Si tout nombre peut s'écrire avec 4 carrés, combien en faut-il si on utilise des cubes ? C'est-à-dire la puissance 3. Et combien il en faudrait avec la puissance 4 ?

  37. Intervenant 1

    Donc Waring se lance dans des calculs manuels, il exporte les nombres un par un, et il remarque un truc hyper curieux en s'arrêtant sur le nombre 23.

  38. Intervenant 2

    Oui, le fameux 23.

  39. Intervenant 1

    S'il s'impose de fabriquer 23 en additionnant que des cubes parfaits, il se rend compte qu'il lui faut obligatoirement 9 cubes. Il ne peut pas faire moins, quoi.

  40. Intervenant 2

    Impossible de faire moins. Dans le détail, il utilise 2 fois le chiffre 2 au cube, ce qui donne 16, et 7 fois le chiffre 1 au cube, ce qui rajoute 7, et donc on arrive à 23. 9 termes au total.

  41. Intervenant 1

    C'est déjà beaucoup. Mais ça ne s'arrête pas au cube. En explorant les puissances quatrièmes, il tombe sur le nombre 79. Et là, le résultat est encore plus impressionnant.

  42. Intervenant 2

    Ah oui, là ça explose. Pour atteindre exactement 79, il lui faut pas moins de 19 puissances quatrièmes.

  43. Intervenant 1

    19 ? C'est

  44. Intervenant 2

    énorme ! Oui, ça correspond à 4 fois le chiffre 2 à la puissance 4 et 15 fois le chiffre 1 à la puissance 4.

  45. Intervenant 1

    Et face à ça, Waring lance la conjecture qui va le rendre célèbre. Il déclare que G est égal à 9 et que G est égal à 19. Voilà. Autrement dit, il postule solennellement qu'il ne faudra jamais plus de 9 cubes pour composer n'importe quel nombre antiexistant et jamais plus de 19 puissance quatrième. Mais le détail troublant, c'est qu'il affirme ça haut et fort, mais il donne aucune preuve.

  46. Intervenant 2

    Aucune. Et c'est ce qui rend cette conjecture à la fois brillante et complètement effrayante. Il faut se rendre compte de la démesure du truc. Il observe que pour un petit nombre comme 23, il faut 9 cubes. Et à partir de ce tout petit exemple microscopique, il fait un saut spectaculaire dans l'inconnu.

  47. Intervenant 1

    C'est clair.

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