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7 oct. 2025 · 20 min

Fermat s’est trompé : l’enquête d’Euler sur un nombre

Dans cet épisode, suivez comment Euler fait tomber une certitude de Fermat avec un seul diviseur, puis éclaire les pièges de l’induction.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Salut Evelyne. Ouais, très content d'être là. On a vraiment un sujet en or aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Ah, ça, pour être en or, c'est en or. Imaginez un peu le tableau. Vous entrez dans l'histoire comme l'un des plus grands esprits mathématiques de tous les temps.

  4. Intervenant 2

    Rien que ça, ouais.

  5. Intervenant 1

    Votre nom est carrément gravé dans la pierre, vos théorèmes sont étudiés des siècles après votre mort, et une simple marge de livre où vous avez griffonné un truc devient une légende mondiale.

  6. Intervenant 2

    Le fameux dernier théorème, ouais, tout le monde connaît cette histoire.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Et puis, imaginez que votre théorie la plus affirmée, celle dont vous étiez absolument persuadés, finisse par être réduite en cendres, genre 80 ans plus tard.

  8. Intervenant 2

    Et le pire, c'est la raison pour laquelle elle s'effondre.

  9. Intervenant 1

    Mais oui ! Tout ça parce que vous étiez peut-être, disons, un peu trop paresseux pour poser une simple division sur un bout de papier brouillon. C'est le destin fou de Pierre de Fermat, le titan français des mathématiques du XVIIe siècle. D'accord, décortiquons tout ça.

  10. Intervenant 2

    On y

  11. Intervenant 1

    va. Le but de notre analyse aujourd'hui, c'est de plonger dans l'exception qui confirme la règle. Le théorème de Fermat, qui s'est révélé magistralement, est presque comiquement

  12. Intervenant 2

    faux. C'est ça. Et en fait, cette histoire est un cas d'école incontournable. Elle illustre à la perfection les dangers de l'induction, même pour un cerveau hyper structuré par la logique comme celui de Fermat.

  13. Intervenant 1

    Ouais, parce qu'on a souvent tendance à voir les maths comme un truc froid et infaillible, non ?

  14. Intervenant 2

    Totalement. C'est l'image d'Epinal, la discipline purement déductive. Mais là, ça montre comment l'esprit humain, quand il est confronté à une série de résultats initiaux qui semblent obéir à une règle parfaite, finit par confondre une coïncidence temporaire avec une vérité universelle. On voit toute la psychologie de la découverte en action.

  15. Intervenant 1

    C'est vraiment fascinant. Mais pour bien saisir l'ampleur de la chute, il faut d'abord regarder la hauteur du piédestal, tu vois. On est en août 1640. Ouais,

  16. Intervenant 2

    le plein milieu du XVIIe siècle.

  17. Intervenant 1

    Voilà. Et à cette époque, la recherche avance surtout par correspondance privée. Donc, Fermat écrit à Bernard Frénichle de Bessy, un de ses collègues. Et dans cette lettre, il lâche une affirmation super audacieuse.

  18. Intervenant 2

    Il n'y va pas de main morte.

  19. Intervenant 1

    Ah non, pas du tout. Il écrit, je cite, « Voici ce que j'admire le plus, c'est que je suis quasiment persuadé que tous les nombres progressifs augmentés de l'unité, desquels les exposants sont des nombres de la progression double, sont des nombres premiers. » Fin de citation.

  20. Intervenant 2

    Alors ouais, derrière ce phrasé du XVIIe siècle, qui est un peu lourd, on va pas se mentir, il se cache une expression algébrique très claire en fait.

  21. Intervenant 1

    C'est quoi exactement la formule pour ceux qui nous

  22. Intervenant 2

    écoutent ? C'est 2 à la puissance n, et le tout on fait plus 1 à la fin.

  23. Intervenant 1

    Donc une double exponentielle.

  24. Intervenant 2

    C'est ça. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui les nombres de Fermat, qu'on note grand F, indice n. L'idée est basique, tu prends un entier n, tu calcules 2 puissance n, tu utilises ce résultat comme un nouvel exposant pour le chiffre 2, et tu ajoutes 1.

  25. Intervenant 1

    Et la croissance de ce truc est fulgurante j'imagine ?

  26. Intervenant 2

    Exponentiel au carré, tu penses bien. Mais les premiers termes sont plutôt inoffensifs. Si on prend n qui vaut 0, 1, 2, 3 et 4, la formule nous donne respectivement 3, 5, 17, 257 et 65 537.

  27. Intervenant 1

    Et tous ces nombres-là sont premiers.

  28. Intervenant 2

    Absolument tous, sans la moindre ambiguïté.

  29. Intervenant 1

    Donc la logique semble implacable. Fermat voit cinq succès d'affiliés et il s'emballe complètement.

  30. Intervenant 2

    Il s'emballe totalement. Dans sa lettre, c'est assez drôle, il avoue carrément ne pas avoir la démonstration formelle. Mais il ajoute un truc du genre « j'ai exclu une si grande quantité de diviseurs potentiels que j'aurais vraiment de la peine à me dédire ».

  31. Intervenant 1

    C'est d'une audace folle. J'ai pensé à une analogie en lisant ça. C'est un peu comme tirer cinq fois de suite dans mille avec les yeux bandés et en déduire scientifiquement qu'on est un archer divin et infaillible.

  32. Intervenant 2

    C'est une excellente analogie. Ce qui est absolument fascinant ici, c'est que le piège réside dans la nature même des nombres premiers.

  33. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  34. Intervenant 2

    Plus tu t'avances sur la droite des entiers, plus les nombres premiers se raréfient. Donc, tomber sur cinq nombres premiers d‡affilés en suivant une progression exponentielle aussi brutale, c'est statistiquement stupéfiant.

  35. Intervenant 1

    Ah ouais, donc le motif était tellement beau qu'il l'a aveuglé.

  36. Intervenant 2

    Exactement. L‡élégance du motif a complètement court-circuité la prudence légendaire de Fermat. Il s'est dit que la nature ne pouvait pas être assez malicieuse pour briser un motif aussi esthétique, juste après le cinquième terme.

  37. Intervenant 1

    Sauf que le terme suivant pour n égale à 5, il fait juste exploser les compteurs, non ?

  38. Intervenant 2

    Oh que oui ! On passe brutalement à 4 milliards 294 millions 967 milles 297. Quatre

  39. Intervenant 1

    milliards. D‡un coup. Et à partir de là, la certitude de Fermat, elle se fiche dans le temps. C'est ça qui est dingue. Pendant près d'un siècle, presque 90 ans en fait, la communauté mathématique accepte plus ou moins l'idée, tout simplement parce que personne ne peut la réfuter.

  40. Intervenant 2

    Ouais, les nombres sont devenus beaucoup trop massifs pour être manipulés à la main de manière exhaustive. Tu ne peux pas juste tester tous les diviseurs sur un nombre de 4 milliards au XVIIe siècle.

  41. Intervenant 1

    Impossible, jusqu'à ce qu'un certain Léonard Euler débarque au XVIIIe siècle.

  42. Intervenant 2

    Voilà, on est en 1732, Euler a seulement 25

  43. Intervenant 1

    ans,

  44. Intervenant 2

    le génie absolu, et il soumet une toute petite note de 5 pages à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Et là, sans aucun préambule, pam, il fracasse la conjecture de Fermat.

  45. Intervenant 1

    J'adore. Il arrive cinq pages à faire

  46. Intervenant 2

    classer. C'est ça. Il démontre que ce fameux sixième nombre, le grand machin de 4 milliards, n'est pas du tout un nombre premier. Il possède un diviseur trivial, 641. Et

  47. Intervenant 1

    la division tombe juste ?

  48. Intervenant 2

    Parfaite. Le quotient est de 6 700 417.

  49. Intervenant 1

    Mais attendez.

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