
9 avr. 2024 · 22 min
Diophante : l’enquête sur un mathématicien grec oublié
Dans cet épisode, suivez les indices sur Diophante, la disparition de ses écrits puis leurs renaissances, jusqu’à leur influence sur les maths modernes.
Collections de cet épisode (10)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Et aujourd'hui, on a une occasion super spéciale parce qu'on fête les 20 ans du site diophante.fr.
Intervenant 2
Ouais, 20 ans, c'est pas rien du tout. C'est une super étape pour ceux qui aiment les maths.
Intervenant 1
Carrément. Du coup, pour marquer le coup, on part enquêter sur un véritable fantôme de l'histoire des sciences. Un gars qui a carrément posé les bases de l'algèbre moderne.
Intervenant 2
Et dont les idées, genre de manière assez folle, infusent encore notre cybersécurité actuelle.
Intervenant 1
Voilà, c'est ça. Et le pire, c'est qu'il a rendu fous les plus grands esprits pendant des siècles, tout en étant tellement mystérieux qu'on a longtemps ignoré à quelle époque il vivait. Bref, on plonge dans l'énigme du fameux mathématicien grec Diophante d'Alexandrie.
Intervenant 2
Et c'est vraiment un cadre d'analyse absolument fascinant. Notre but aujourd'hui avec cette plongée, c'est pas de faire un simple catalogue poussiéreux de vieilles équations.
Intervenant 1
Non Claire, ça serait un peu ennuyeux.
Intervenant 2
Bah oui. L'idée, c'est vraiment de croiser les recherches historiques et mathématiques récentes pour comprendre le pourquoi du comment, comment une méthode de calcul imaginée il y a, ouais, près de deux millénaires devient la clé de voûte de recherche impliquant l'intelligence artificielle de Microsoft aujourd'hui.
Intervenant 1
C'est fou quand on y pense.
Intervenant 2
Totalement. C'est ce fil invisible entre l'Antiquité et notre futur immédiat qu'on va essayer de détricoter ensemble.
Intervenant 1
Bon. Avant d'aborder la mécanique de son génie mathématique, il faut déjà qu'on essaye de situer ce fameux Diophante sur une frise chronologique. Et là, franchement, j'ai été estomaqué par nos sources.
Intervenant 2
Ah bah, c'est le moins qu'on puisse dire.
Intervenant 1
C'est un vrai cold case archéologique ce truc. Pendant des générations d'historiens, la marge d'erreur sur son existence, c'était pas quelques années ou décennies. On parlait d'un flou total de six siècles.
Intervenant 2
Ouais, 600 ans de vide !
Intervenant 1
Mais comment on peut perdre la trace d'un esprit aussi fondamental ? C'est absurde !
Intervenant 2
Pour comprendre ce vide, il faut se remettre dans le contexte de la transmission du savoir antique. En fait, il n'y avait pas d'état civil, pas de registre de naissance.
Intervenant 1
Et pas d'éditeur avec la date de publication au dos du
Intervenant 2
bouquin. Exactement. Du coup, la chronologie s'établissait presque exclusivement par les citations croisées. En gros, qui cite qui. Et pour Diophante, les indices étaient, disons, terriblement maigres.
Intervenant 1
Donc on devait jouer aux détectives.
Intervenant 2
Voilà. On a d'abord cherché la borne inférieure, l'époppe la plus ancienne à laquelle il a pu vivre. Et on a trouvé que dans son traité sur les nombres polygonaux, Diophante cite explicitement un autre mathématicien.
Intervenant 1
Un certain Yves Ciclès d'Alexandrie, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est ça. Yves Cyclès, qui est né en 190 avant notre ère. Et c'est un personnage hyper curieux d'ailleurs. Il est souvent considéré comme le père de l'astrologie.
Intervenant 1
Attends, l'astrologie ? Genre les signes du Zodiac et tout ?
Intervenant 2
Ouais, carrément. Il avait une fascination absolue pour le nombre 12, les signes zodiacaux, le dodecaèdre, enfin voilà. Mais l'important ici, c'est que ça nous donne une certitude. Diophante a écrit après 190 avant Jésus-Christ.
Intervenant 1
Bon, ça fixe un point de départ, mais jusqu'où ça s'étendait du coup ?
Intervenant 2
Souda, c'est une gigantesque encyclopédie byzantine qui date du 10e siècle.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et cette encyclopédie, elle indique que la célèbre mathématicienne Hippatie d'Alexandrie a rédigé des commentaires très détaillés sur les arithmétiques de Diophante.
Intervenant 1
Ah, et Hippatie, on sait très bien quand elle a vécu.
Intervenant 2
Oui, sa vie est super bien documentée, surtout à cause de sa fin tragique, vu qu'elle a été assassinée par une foule fanatique en l'an 415 de notre ère. Donc si elle commente son œuvre, Diophante a forcément écrit avant cette date.
Intervenant 1
Et bim, on se retrouve avec cette fameuse fenêtre béante. Entre moins 190 et plus 415. C'est quand même incroyable.
Intervenant 2
C'est une marge d'erreur gigantesque.
Intervenant 1
En fait, c'est exactement comme si... Imagine des archéologues du futur qui déterrent un smartphone parfaitement fonctionnel sous les ruines du Colisée à Rome.
Intervenant 2
Ah oui, l'anachronisme total.
Intervenant 1
Voilà, mais sans le moindre contexte autour. En l'analysant, la technologie est évidente, il n'y a pas de doute. Mais c'est impossible de savoir si genre c'est Jules César qui l'a fait tomber pendant un discours ou si c'est un touriste qui a oublié son téléphone en 2015.
Intervenant 2
C'est une super métaphore. On a un objet hyper complexe, mais l'auteur est complètement introuvable.
Intervenant 1
Mais du coup, comment les historiens ont fini par réduire cette fenêtre de 600 ans ?
Intervenant 2
En traquant d'autres indices indirects et parfois vraiment cachés dans des endroits super inattendus. Le plus amusant, je pense, c'est une épigramme.
Intervenant 1
Une épigramme ?
Intervenant 2
Oui, un petit poème attribué à Métrodor de Byzance vers le IVe siècle. En fait, c'est une stèle funéraire. Elle ne donne pas de date, mais elle propose une énigme mathématique pour deviner l'âge de Diophante à sa mort.
Intervenant 1
Non mais attends, une équation sur une tombe ? Genre littéralement ?
Intervenant 2
Littéralement. L'énigme raconte en gros que l'enfance de Diophante a occupé un sixième de sa vie. Ensuite sa jeunesse, un douzième. Qu'il s'est marié après un autre septième de sa vie.
Intervenant 1
D'accord, je commence à voir le truc.
Intervenant 2
Et ça continue. Il a eu un fils cinq ans après son mariage. Mais ce fils, tragiquement, est mort à un âge qui correspondait très exactement à l'âge final de son père.
Intervenant 1
Sympa l'ambiance sur la tombe.
Intervenant 2
Très joyeux, ouais. Et finalement, Diophante serait mort de chagrin quatre ans après la perte de son fils.
Intervenant 1
Ok, donc si on essaye de traduire ça, on pose X comme l'âge de Diophante.
Intervenant 2
Voilà, on fait un peu d'algèbre.
Intervenant 1
On additionne donc X sur 6 plus X sur 12 plus X sur 7 plus 5 ans plus X sur 2 plus 4.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
Et la somme de tout ce bazar doit être égale à X.
Intervenant 2
Tout juste. Et si tu résous cette petite équation du premier degré, on trouve qu'il est mort à 84 ans. Ah
Intervenant 1
ouais, 84 ans. C'est beau comme témoignage, mais en fait, ça ne nous donne toujours pas l'année de sa naissance.
Intervenant 2
Non, ça donne juste sa durée de vie. Pour arriver au consensus actuel, qui le place au IIIe siècle de notre ère, il a fallu croiser encore d'autres correspondances.
Intervenant 1
Lesquels, par exemple ?
Intervenant 2
Eh bien, Diophante dédicace son œuvre majeure à un certain Dionysus. Et les historiens pensent, avec de bons arguments, qu'il s'agit de Saint-Denis le Grand d'Alexandrie.
Intervenant 1
Ah, un lien avec l'Église alors ?
Intervenant 2
Exactement ! Et en plus, un évêque du nom d'Anatolus d'Alexandrie lui a dédié un ouvrage sur le comput ecclésiastique.
Intervenant 1
Attends, pause. Un comput ecclésiastique ? C'est quoi ce truc au juste ?
Intervenant 2
C'est un terme un peu technique pour désigner l'ensemble des calculs astronomiques et mathématiques qui servaient à déterminer les dates des fêtes religieuses mobiles. Et surtout, la date de Pâques.
Intervenant 1
Ah oui, Pâques, qui change tout le temps de date.
Intervenant 2
Voilà, parce que Pâques doit tomber le dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Et mathématiquement, c'est un casse-tête.
Intervenant 1
J'imagine. Il faut superposer des calendriers.
Intervenant 2
C'est ça.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

7 oct. 2025 · 16 min

9 avr. 2024 · 11 min

23 févr. 2023 · 22 min

9 avr. 2024 · 23 min

9 avr. 2024 · 20 min

20 févr. 2023 · 18 min