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20 févr. 2024 · 14 min

Plusieurs fractions, un nombre : le voyage des rationnels

Dans cet épisode, suivez le passage des entiers aux nombres rationnels et découvrez pourquoi plusieurs fractions peuvent représenter un seul nombre.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment, mais alors vraiment, ravie de vous retrouver pour cette nouvelle plongée en profondeur. Et aujourd'hui, l'objectif, ce n'est pas du tout de réviser ces tables de multiplication de primaire.

  2. Intervenant 2

    Non, clairement pas. Salut Hélène. Aujourd'hui, on part plutôt sur une véritable épopée historique et géopolitique, mais au pays des nombres en fait.

  3. Intervenant 1

    Ouais, c'est tout à fait ça. On va tenter de répondre à une question qui a l'air genre totalement enfantine en apparence. Les fractions sont-elles des nombres ?

  4. Intervenant 2

    Exactement. Et pour répondre à ça, il va falloir observer à la loupe comment les nombres qu'on utilise tous les jours, ils ont dû repousser leurs frontières, surmonter des crises d'identité et même affronter des rébellions internes. L'histoire des mathématiques, c'est l'histoire d'un système qui s'effondre pour survivre.

  5. Intervenant 1

    C'est fou quand on y pense. Bon, décortiquons tout ça. Commençons par le commencement. Avant la tempête, il y avait un monde parfait, très simple, très calme. Le royaume originel des entiers naturels, tu sais, ce fameux ensemble qu'on note avec un grand N majuscule là.

  6. Intervenant 2

    Ouais,

  7. Intervenant 1

    N. Le monde du 0, du 1, du 2, du 3 et ainsi de suite. Le truc basique pour compter des cailloux quoi.

  8. Intervenant 2

    C'est vraiment la brique élémentaire de la pensée humaine. Ce monde de N, il a une propriété fondamentale que les mathématiciens appellent la stabilité ou la fermeture.

  9. Intervenant 1

    D'accord, la stabilité, ça veut dire quoi concrètement ?

  10. Intervenant 2

    Ça veut dire que si on prend deux habitants de cet ensemble et qu'on les combine, genre avec une addition ou une multiplication, le résultat, il appartiendra toujours à ce même ensemble.

  11. Intervenant 1

    Ah, je vois. Genre si on ajoute 5 et 7, on obtient 12.

  12. Intervenant 2

    C'est ça.

  13. Intervenant 1

    Et 12, c'est un autre entier naturel. Pareil, si on multiplie 4 par 3, ça fait 12. Toujours dans le club.

  14. Intervenant 2

    Voilà, le système est clos, c'est hyper rassurant, il n'y a aucune fuite possible en dehors des frontières du pays. Un modèle de stabilité totale.

  15. Intervenant 1

    Un club hyper select. Tant qu'on avance, en fait, tout va super bien. Mais c'est justement là que les ennuis commencent, non ? Parce qu'on a tous, naturellement, envie d'avoir une marche arrière.

  16. Intervenant 2

    Ouais, inévitablement. Et le premier gros conflit frontalier, il éclate le jour où quelqu'un essaye d'appliquer l'opération inverse de l'addition.

  17. Intervenant 1

    La soustraction.

  18. Intervenant 2

    Exactement. Tant qu'on calcule 9 moins 4, tout va bien, le résultat c'est 5, on reste dans le club.

  19. Intervenant 1

    Mais que se passe-t-il si on veut calculer, je sais pas, 4 moins 9 ? C'est le chaos.

  20. Intervenant 2

    Ah bah c'est l'effondrement total de l'édifice, originel. Soustraire 9 à 4, ça revient à exiger l'existence d'une quantité qui représente un manque en fait.

  21. Intervenant 1

    Ouais, comment tu enlèves 9 pommes quand t'en as que 4 ?

  22. Intervenant 2

    C'est physiquement impossible. Pendant des siècles, ça a posé un problème philosophique majeur. Le résultat n'existe tout simplement pas dans le royaume de N. Ce calcul, 4 moins 9, il crée un vide absolu.

  23. Intervenant 1

    Donc le système est cassé.

  24. Intervenant 2

    Complètement. Pour sauver la soustraction pour qu'elle devienne universelle, il a fallu prendre une décision radicale. Il a fallu annexer de nouveaux territoires conceptuels.

  25. Intervenant 1

    Et c'est exactement pour ça qu'on a dû inventer les entiers relatifs, le fameux ensemble Z.

  26. Intervenant 2

    Les nombres négatifs. On a inventé le concept de dette, en fait.

  27. Intervenant 1

    C'est tout à fait ça, la dette mathématique. C'est hyper concret, finalement. Parce que bon, un solde négatif sur un compte bancaire, c'est vrai que c'est angoissant, ou une météo à moins 15 degrés, c'est glacial.

  28. Intervenant 2

    Ouais, clair.

  29. Intervenant 1

    Mais ces nombres, ils sont ultra pratiques pour des trucs du quotidien, genre descendre dans les sous-sols d'un parking. Le niveau moins 2, quoi.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Mais ce qui est fascinant ici, c'est que cette intégration des nombres négatifs, elle ne s'est pas faite sans friction.

  31. Intervenant 1

    Ah bon ?

  32. Intervenant 2

    Ce n'était pas juste hop, on rajoute des nombres avec un petit tiret devant ?

  33. Intervenant 1

    Non, c'était une vraie révolution politique. Les lois fondamentales ont dû changer, notamment à cause de la fameuse règle des signes.

  34. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux « moins par moins fait plus ».

  35. Intervenant 1

    Voilà. Et surtout, le régime entier de notre univers mathématique a muté. Dans l'ancien monde, dans N, l'ensemble, c'était ce qu'on appelle un simple monoïde additif et demi-groupe multiplicatif.

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