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21 déc. 2023 · 20 min

Prix Tangente 2023 : Claire Lommé, première femme lauréate

L’épisode suit le vote, éclaire le choix de Claire Lommé, première femme lauréate du prix Tangente, puis parcourt les autres créations primées.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Salut et bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment hyper ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une émission qui s'annonce assez dingue.

  2. Intervenant 2

    Salut Evelyne. Et ouais, je confirme, on a un super programme.

  3. Intervenant 1

    Alors pour commencer, j'ai une petite question un peu étrange pour lancer la machine. Quel peut bien être le point commun, selon toi, entre un bâton de majorette qui roule par terre sur le bitume, des châteaux de sable construits sur la plage, la grande gastronomie et la rigueur absolue des mathématiques ?

  4. Intervenant 2

    Ah bah, posé comme ça, on dirait presque une blague, genre l'inventaire d'un vide-gremier.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Mais en fait, ce n'est pas une blague. Aujourd'hui, on plonge au cœur du palmarès 2023 des prestigieux trophées Tangente. C'est une cérémonie qui s'est tenue le 3 décembre au Musée des Arts et Métiers à Paris. Et notre mission, du coup, c'est de décortiquer comment des concepts abstraits, genre vraiment pointus, prennent vie dans des objets ou des situations d'une banalité déconcertante.

  6. Intervenant 2

    Et c'est vraiment un point de départ essentiel, je trouve, parce que ce palmarèvre des trophées Tangente, il ne faut pas le voir juste comme une liste de récompenses académiques un peu froide, tu vois, un truc fermé sur lui-même. C'est plutôt une cartographie.

  7. Intervenant 1

    Une cartographie, d'accord, c'est-à-dire ?

  8. Intervenant 2

    Cet événement, il démontre qu'il y a une profusion incroyable et même super réjouissante de créations culturelles autour des mathématiques. On sort complètement du cliché des maths inaccessibles. Mais face à cette abondance de livres, de problèmes, d'articles, le grand public a besoin d'une boussole. Ouais,

  9. Intervenant 1

    pour s'y retrouver quoi.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Ces trophées, ils sont là pour mettre en lumière les œuvres qui réussissent vraiment le pari de lier l'exigence mathématique à la culture générale.

  11. Intervenant 1

    Et pour comprendre comment cette discipline s'infuse dans notre culture, on va d'abord s'intéresser aux outils de base de la transmission, à savoir les livres. Le Prix Tangente, c'est un truc qui est scruté de très près par les éditeurs et les libraires. Et d'ailleurs, il y a eu une nouveauté assez sympa dans les votes cette année,

  12. Intervenant 2

    non ? Ouais, un changement de mécanique hyper intéressant. En fait, il y a eu deux nouveautés majeures. Déjà, seuls les abonnés à la revue et les adhérents du club Tangente pouvaient définir la sélection finale.

  13. Intervenant 1

    Donc un public vraiment passionné.

  14. Intervenant 2

    Voilà. Et surtout, et c'est ça qui change tout, il pouvait voter pour deux ouvrages au lieu d'un seul.

  15. Intervenant 1

    Ah ouais, donc tu n'es plus obligé de faire un choix unique et déchirant.

  16. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Cette double possibilité, elle modifiait complètement la dynamique. Parce que quand tu ne peux choisir qu'un seul bouquin, t'as souvent tendance à voter pour le truc le plus spectaculaire ou celui dont on a le plus parlé.

  17. Intervenant 1

    Le vote un peu évident,

  18. Intervenant 2

    quoi. Ouais. Alors qu'en permettant d'en choisir deux, tu laisses la place à un vote de cœur. C'est beaucoup plus nuancé. Et du coup, ça favorise l'émergence d'approches éditoriales vachement atypiques.

  19. Intervenant 1

    Et bah, la sélection finale, elle illustre parfaitement ça. On va parler de la lauréate parce que c'est quand même une première historique pour ce prix. C'est Claire Lommé qui gagne pour son livre « Vous reprendrez bien un peu de maths » paru chez Retz.

  20. Intervenant 2

    Une grande première, oui. Et super

  21. Intervenant 1

    méritée. Grave. Et on a affaire à une enseignante qui s'attaque à des choses qui, de prime abord, semblent d'une simplicité enfantine. Genre, elle explique la différence entre un chiffre et un nombre ou la naissance du zéro. Elle va même jusqu'à redéfinir ce qu'est un angle droit.

  22. Intervenant 2

    Et c'est là qu'on pourrait s'y tromper.

  23. Intervenant 1

    Oui, parce qu'honnêtement, redéfinir un angle droit ou l'infini, ça ressemble presque au programme de l'école primaire. Qu'est-ce qui fait qu'un jury d'experts très exigeants couronne ce travail en 2023 ? En

  24. Intervenant 2

    fait, la simplicité apparente, c'est souvent là que se cache la plus grande complexité pédagogique. Prends la différence entre chiffres et nombres. Tout le monde pense savoir ce que c'est.

  25. Intervenant 1

    Moine à première.

  26. Intervenant 2

    Sauf que la frontière conceptuelle est super subtile. Claire Lommé, elle explique ça de manière lumineuse. Le chiffre, c'est juste le symbole graphique. C'est l'équivalent de la lettre dans l'alphabet. Alors que le nombre, c'est l'idée de la quantité. C'est le mot.

  27. Intervenant 1

    D'accord, l'analogie est super parlante. Donc le chiffre, c'est les lettres et les nombres, c'est les mots. Le mot 12, c'est un seul nombre, mais il est écrit avec les chiffres 1 et 2.

  28. Intervenant 2

    Voilà, dans notre système décimale, c'est ça. Et elle fait la même chose avec la naissance du zéro. Elle montre que le zéro, ce n'est pas juste l'absence de quelque chose, ce n'est pas juste rien.

  29. Intervenant 1

    C'est un concept en soi.

  30. Intervenant 2

    C'est une position clé qui a littéralement révolutionné le calcul, avec de superbes illustrations d'ailleurs.

  31. Intervenant 1

    OK, donc l'analogie avec le langage pour clarifier la base, ça marche hyper bien. Mais alors, je te lance un défi. Comment on fait pour l'angle droit ? Parce que ça, franchement, comment on évite le ton hyper scolaire du prof au tableau ? En quoi c'est si rare de garder un ton léger avec ça ?

  32. Intervenant 2

    Eh bien, c'est tout le talent de l'autrice. Parce que définir un angle droit avec une pure rigueur géométrique, c'est aride. Il faut parler d'intersection de deux droites, de secteur angulaire adjacent et égaux, de perpendicularité.

  33. Intervenant 1

    Ouch, ouais, j'ai déjà décroché.

  34. Intervenant 2

    Bah voilà. Et à l'inverse, si on vulgarise trop, on va juste dire « c'est le coin d'un carré ».

  35. Intervenant 1

    Ce qui est vrai dans la vie de tous les jours.

  36. Intervenant 2

    Oui, mais mathématiquement, c'est super pauvre, c'est tautologique. Claire Lommé, elle trouve l'équilibre parfait. Elle ancre la définition dans un besoin humain réel. Elle se demande pourquoi les bâtisseurs égyptiens ou les architectes du Moyen Âge avaient absolument besoin de cet angle spécifique.

  37. Intervenant 1

    Ah, pour pas que les murs s'effondrent, j'imagine.

  38. Intervenant 2

    Exactement. Elle relie la pureté de la définition formelle de l'angle droit à des trucs très concrets comme la gravité terrestre et l'architecture. C'est cette manière de rendre la rigueur mathématique chaleureuse et quotidienne qui a été primée.

  39. Intervenant 1

    C'est génial ! Donc elle recontextualise la théorie dans le monde physique. Et c'est une démarche qu'on retrouve aussi, mais alors sous un angle très différent, avec l'une des mentions du jury. Je pense à « La guerre des nombres premiers » de Yann Prado chez Flammarion.

  40. Intervenant 2

    Ah oui, alors là, on part sur une approche purement historique.

  41. Intervenant 1

    Ouais, l'auteur, au lieu d'aligner des théorèmes indigestes, il raconte des épisodes de la vie des mathématiciens depuis l'Antiquité. Mais pourquoi se focaliser spécifiquement sur les nombres premiers pour raconter l'histoire des maths ?

  42. Intervenant 2

    Parce que les nombres premiers, en fait, c'est un peu les atomes des mathématiques. Ce sont ces nombres qui sont divisibles uniquement par 1 et par eux-mêmes, genre 2, 3, 5, 7, 11 et ainsi de suite.

  43. Intervenant 1

    Et ils sont si importants

  44. Intervenant 2

    que ça ? Oh que oui ! Tous les autres nombres entiers, absolument tous, sont construits en multipliant ces atomes entre eux. Et la quête pour comprendre comment ils sont répartis, c'est le grand mystère. Ça

  45. Intervenant 1

    a l'air aléatoire, non ?

  46. Intervenant 2

    Ça semble totalement chaotique, oui. Mais ça cache peut-être un ordre secret. Et ça, ça a littéralement rendu fou des générations de chercheurs. L'approche de Yann Prado est fascinante parce qu'elle humanise complètement cette abstraction. Donc on sort du chercheur

  47. Intervenant 1

    solitaire

  48. Intervenant 2

    dans son bureau. Totalement. En lisant ça, on réalise que des trucs comme l'hypothèse de Riemann ou le crible d'Eratosthène, c'est pas juste des équations tombées du ciel. Ce sont les fruits d'obsessions humaines, de rivalités intenses, voire de tragédies.

  49. Intervenant 1

    Ça donne presque un côté thriller aux maths, c'est super intéressant. Donc on a la géométrie ancrée dans le bâtiment avec Claire Lommé, l'histoire tourmentée avec Yann Fradeau et on a aussi une mention pour une approche philosophique.

  50. Intervenant 2

    Les 21 énigmes pour comprendre enfin les maths d'Antoine Oulu Garcia et Thierry Maugéneste.

  51. Intervenant 1

    Oui, c'est ça. Mais le jury a quand même noté un truc marrant. Il y a un vrai décalage entre le titre du livre et son contenu réel.

  52. Intervenant 2

    C'est vrai. Le titre fait un peu penser à un petit carnet de jeux que tu achètes l'été pour la plage. Ça suggère une dimension ludique assez éphémère.

  53. Intervenant 1

    Un passe-temps, quoi.

  54. Intervenant 2

    Voilà. Sauf que l'ouvrage, en fait, il utilise la structure de l'énigme un peu comme un cheval de Troie. Le but, c'est d'aborder carrément l'épistémologie et la sociologie des sciences.

  55. Intervenant 1

    Ah oui, on n'est plus du tout sur les jeux de plage là.

  56. Intervenant 2

    Non, chaque réponse à une énigme pousse le lecteur à réfléchir sur la place des maths dans la société, ou sur la façon dont on conçoit la logique. C'est une démarche super profonde, ça dépasse de loin le simple fait de résoudre un casse-tête.

  57. Intervenant 1

    Eh bien, ce glissement vers les énigmes nous offre une transition parfaite pour la suite. Parce que si le Prix Tangente s'attache au livre qui nous explique le monde, il y a un autre versant du palmarès qui, lui, s'amuse à modéliser ce monde de façon beaucoup plus active. C'est le fameux concours Affaire de logique.

  58. Intervenant 2

    Une véritable institution, ce concours.

  59. Intervenant 1

    Oui, on parle d'un truc qui prend racine dans la célèbre rubrique du journal Le Monde, qui a été tenue pendant 25 ans par Elisabeth Busser, Gilles Cohen et aujourd'hui Jean-Louis Legrand. C'est en partenariat avec l'APMEP et le site diophante.fr. L'idée, c'est d'inviter les passionnés à concevoir eux-mêmes leurs propres problèmes.

  60. Intervenant 2

    Et c'est un art complètement différent. Concevoir un problème, ce n'est pas comme le résoudre. Il faut trouver une situation initiale intuitive, puis définir des contraintes strictes.

  61. Intervenant 1

    Et surtout, s'assurer qu'il n'y a pas 36 000 solutions, j'imagine.

  62. Intervenant 2

    C'est ça la clé. Il faut garantir qu'il n'existe qu'un seul cheminement logique infaillible pour atteindre la solution, tout en gardant un énoncé très court.

  63. Intervenant 1

    Ce qui nous amène directement au grand gagnant de cette catégorie, François Delannoy. C'est un collectionneur de curiosités mathématiques dans l'Oise. Et il a gagné avec un problème au titre génial « Vert qui roule n'amasse pas mousse ».

  64. Intervenant 2

    Le titre est excellent, oui.

  65. Intervenant 1

    L'inspiration derrière ce problème, c'est le mouvement d'un bâton de majorette, de twirling, qui roule sur le sol. Et moi, quand j'ai lu ça, je me suis posé une question bête. On a un bâton qui roule. Comment on passe d'une observation poétique comme ça sur le bitume à un énoncé d'une rigueur absolue qui va séduire un jury d'experts ? Je veux dire, on imagine juste un cylindre qui avance.

  66. Intervenant 2

    C'est là que l'intuition nous trompe en fait. Si tu observes le centre exact du bâton de majorette, oui, il se déplace en ligne droite parallèlement au sol. Il n'y a rien de fou.

  67. Intervenant 1

    Ok, jusque là, je suis.

  68. Intervenant 2

    Mais François Delannoy, lui, il s'est intéressé à la trajectoire des extrémités du bâton pendant qu'il roule et avance. Et ce point précis au bout du bâton, il ne décrit pas du tout une ligne droite, ni un cercle. Il trace une courbe complexe qu'on appelle une cycloïde.

  69. Intervenant 1

    Une cycloïde, c'est le genre de courbe que ferait la valve d'un pneu de vélo si on la regardait avancer de profil.

  70. Intervenant 2

    C'est la métaphore parfaite, ouais. Et là où ça devient vertigineux, c'est quand on introduit la géométrie dans l'espace. Imagine que le bâton n'est pas posé parfaitement parallèle au sol. Les équations paramétriques qui décrivent la position de chaque point, ça devient un terrain de jeu incroyable pour les vecteurs.

  71. Intervenant 1

    Et c'est ça que le jury allait me mettre.

  72. Intervenant 2

    Oui, l'élégance de son problème, c'est sa capacité à prendre cette complexité cinématique mécanique et à la réduire à un énoncé géométrique hyper limpide.

  73. Intervenant 1

    Moi, ça me fait penser qu'ils ont des sortes de lunettes mathématiques vissées sur le nez en permanence. Là où je vois juste un bâton tomber, eux, ils voient des vecteurs et des équations en mouvement.

  74. Intervenant 2

    C'est un peu ça.

  75. Intervenant 1

    Mais du coup, utiliser un bâton de majorette, est-ce que le côté ludique risque pas de masquer la difficulté ? Est-ce que c'est pas un peu un leurre pour piéger la personne avec des équations terrifiantes par la suite ?

  76. Intervenant 2

    Je ne dirais pas que c'est un piège, c'est plutôt un ancrage. Il faut comprendre que l'abstraction pure, ça intimide énormément. Si on te pose directement sous les yeux un système d'équations différentielles, ton cerveau se ferme.

  77. Intervenant 1

    C'est clair, je fuis direct.

  78. Intervenant 2

    Voilà. En introduisant un objet super familier, l'habillage ludique agit comme un appât cognitif. Tu visualises la scène avec le bâton, tu te dis que puisque l'objet existe dans le monde réel, la solution doit être logique, elle doit être atteignable.

  79. Intervenant 1

    Ça rassure en fait.

  80. Intervenant 2

    Totalement. Ça donne le courage de gratter un peu sous la surface. Et une fois que tu as acquis l'intuition physique, la mise en équation devient juste un outil pour confirmer, pas une punition.

  81. Intervenant 1

    Cet appât cognitif, on le retrouve carrément dans une des mentions de cette catégorie. Marc Foubert et ses murailles de sable. Il s'est promené sur la plage et il a imaginé construire des donjons sur un réseau de mailles d'un pied de côté.

  82. Intervenant 2

    L'image mentale est super forte.

  83. Intervenant 1

    Ouais, on visualise tout de suite l'enfant sur la plage. D'ailleurs, la petite histoire est mignonne parce que c'est sous l'œil de son grand-père qui n'est autre que le créateur du site diophanté.fr. Mais mathématiquement parlant, des châteaux de sable sur un quadrillage. On bascule dans quoi là ?

  84. Intervenant 2

    La combinatoire.

  85. Intervenant 1

    Absolument. Dès l'instant où tu introduis une grille, un quadrillage, tu entres de plein pied dans la géométrie discrète et l'optimisation. La question, c'est combien de configurations possibles existent pour placer tes tours sous certaines contraintes de distance ?

  86. Intervenant 2

    Ça a l'air simple, mais ça doit exploser très vite en nombre de possibilités.

  87. Intervenant 1

    Et le plus fou, c'est que c'est la même logique sous-jacente qui est utilisée pour l'allocation des fréquences des antennes relais ou pour l'optimisation des réseaux informatiques. Sauf que l'image du château de sable rend le dénombrement beaucoup plus palpable. Impressionnant. Et on a une autre mention qui pousse cette idée du concret encore plus loin, jusque dans l'intime, avec Daniel Collignon. Son problème s'appelle « curriculum vite fait » et c'est basé sur son âge et celui de ses enfants.

  88. Intervenant 2

    Le fameux casse-tête de l'âge du capitaine.

  89. Intervenant 1

    Oui, mais en version hardcore. Parce que la contrainte forte, c'est que tous les âges doivent être des nombres entiers. En quoi le fait d'imposer des entiers, ça change complètement la donne mathématique ?

  90. Intervenant 2

    Ça fait basculer le problème dans une branche spécifique de l'arithmétique, les équations d'Urfantienne. C'est un changement de paradigme total. Si tu réseaux un système d'équations normales avec des nombres réels, tu peux trouver une solution comme 42,7 ans. Ce qui marche pour un

  91. Intervenant 1

    âge techniquement.

  92. Intervenant 2

    Oui, mais en imposant que les solutions soient strictement des nombres entiers, tu réduis drastiquement les possibilités. C'est beaucoup plus contraint.

  93. Intervenant 1

    Pour ceux qui nous écoutent, pour donner une image concrète, c'est un peu comme si on cherchait deux nombres entiers dont la différence des carrés fait 55. On ne peut pas juste utiliser une calculatrice au hasard, il faut analyser les propriétés des nombres.

  94. Intervenant 2

    Exactement. Prenons ton exemple de la différence des carrés. Tu écrirais ça. X au carré moins Y au carré égale 55.

  95. Intervenant 1

    D'accord.

  96. Intervenant 2

    Et ça, ça se factorise. Ça devient X moins Y multiplié par X plus Y égale 55.

  97. Intervenant 1

    Ah oui, l'identité remarquable, ça me rappelle des souvenirs.

  98. Intervenant 2

    Voilà. Et vu que 55 ne peut se diviser en nombres entiers que par 1 x 55 ou par 5 x 11, t'as plus qu'à déduire les âges exacts avec des systèmes super simples. La contrainte d'intégrité force à utiliser la divisibilité plutôt que le calcul brut. Et c'est ça qui fait tout le charme du problème.

  99. Intervenant 1

    C'est brillant ! Bon, on a exploré comment lire le monde avec les livres, comment le modéliser avec ses énigmes, mais il nous reste un défi de taille. Comment formuler et transmettre des concepts purement abstraits pour qu'ils soient digestes ?

  100. Intervenant 2

    Le fameux style Tangente.

  101. Intervenant 1

    Exactement, récompensé par le prix du meilleur article. Et le vainqueur cette année, Christian Rivière, ingénieur retraité. Il a frappé fort.

  102. Intervenant 2

    Il s'est attaqué à la formule de l'heure, un monument de la topologie. Pour rappel, dans notre monde en trois dimensions, pour n'importe quel polyèdre classique, genre un cube ou une pyramide, Il y a une relation immuable. Le nombre de sommets moins le nombre d'arrêtes plus le nombre de faces, c'est toujours égal à 2.

  103. Intervenant 1

    Attends, on va faire le test mentalement avec un cube. Je compte dans ma tête. Ça a huit coins, donc huit sommets. Ça a douze arêtes, les côtés quoi, et six faces. Donc huit moins douze, ça fait moins quatre. Moins quatre plus six faces, ça fait bien deux. C'est magique, ça marche !

  104. Intervenant 2

    Ça marche pour tous les polyèdres convexes, ouais. Mais là où l'article de Christian Rivière est dingue, c'est qu'il ne s'arrête pas au cube en trois dimensions. Il étend ça au-delà de la 3D.

  105. Intervenant 1

    Attends, comment ça ?

  106. Intervenant 2

    Il généralise la formule pour des objets à quatre dimensions, les hypercubes ou tesseract.

  107. Intervenant 1

    Mais n'y a-t-il pas un paradoxe là ? Notre cerveau est physiquement incapable de visualiser une quatrième dimension spatiale. Jusqu'où on peut vulgariser la 4D avant de perdre tout le monde ou de trahir la rigueur ?

  108. Intervenant 2

    Eh bien, il utilise la puissance de l'analogie, par la projection. Pense à l'ombre d'un cube sur le sol. L'ombre est en deux dimensions, mais le cube est en trois. En étudiant cette ombre plate, on peut déduire des infos sur l'objet 3D.

  109. Intervenant 1

    D'accord. L'ombre nous renseigne sur la forme globale.

  110. Intervenant 2

    C'est ça. Pour la 4D, c'est pareil. Les mathématiciens manipulent les ombres en 3D d'objets en 4D.

  111. Intervenant 1

    C'est fou. Et du coup, la mécanique de la formule de Euler, on l'étend simplement ? On rajoute juste un terme ?

  112. Intervenant 2

    Exactement. On ajoute des dimensions supérieures avec une alternance de signes plus et moins. Pour la 4D, on ajoute ce qu'on appelle les cellules, les volumes 3D, qui délimitent l'hypercube. La formule devient sommet moins arête plus face moins cellule égale zéro.

  113. Intervenant 1

    Ah, ça fait zéro cette fois.

  114. Intervenant 2

    Oui. Un hypercube à 16 sommets, 32 arêtes, 24 faces et 8 cellules. 16 moins 32 plus 24 moins 8, ça tombe pile sur zéro. Son article guide le lecteur pas à pas. On ne voit pas la 4D, mais on la comprend intellectuellement.

  115. Intervenant 1

    Wow, c'est vraiment le pouvoir des maths d'étendre notre perception. Et on a un autre article, récompensé d'une mention spéciale, qui fait le grand écart avec ça. Nathalie Brand pour la réduction mathématique.

  116. Intervenant 2

    Une approche diamétralement opposée, oui, mais tellement efficace.

  117. Intervenant 1

    Son défi, ce n'était pas la 4D, mais l'algèbre de base. Simplifier des expressions avec des X et des Y, le cauchemar du collège pour beaucoup de gens. Et elle utilise la gastronomie.

  118. Intervenant 2

    La comparaison est audacieuse, mais d'une pertinence redoutable. Quand un étudiant voit un truc du genre 3x plus 2y plus 5x, il panique, il veut tout additionner. Nathalie Brown, elle, compare ça à une sauce en cuisine.

  119. Intervenant 1

    Et l'analogie est parfaite. Quand on fait réduire une sauce, on fait évaporer l'eau pour concentrer les sucres, les saveurs. En algèbre, c'est pareil, on regroupe ce qui est de même nature pour densifier la formule. On additionne les X avec les X, donc 3X et 5X deviennent 8X. On ne mélange pas les carottes et les pommes de terre.

  120. Intervenant 2

    Mais est-ce qu'une métaphore culinaire ne trahit pas un peu la froideur de la démonstration pure ? La vulgarisation, ce n'est pas une trahison, c'est un échafaudage. Parler de carotte ou de sauce, ça ne remplace pas la démonstration formelle, mais ça crée un pont mental. L'élève s'approprie le concept intuitivement avant d'en retenir la syntaxe abstraite.

  121. Intervenant 1

    C'est brillant. D'un côté, on a une sauce qui mijote pour l'algèbre, de l'autre, des ombres d'hypercubes pour la topologie 4D.

  122. Intervenant 2

    C'est le grand écart du style Tangente. L'outil s'adapte, mais l'objectif est toujours de créer cette étincelle de compréhension.

  123. Intervenant 1

    En tout cas, ce palmarès prouve que les mathématiques sont une matière profondément vivante et culturelle. Elles sont partout, dans nos mots, nos jeux, sur la plage et dans nos casseroles.

  124. Intervenant 2

    Et il y a un dernier point fascinant qui vient couronner ça, la récompense physique remise aux vainqueurs. Ce n'est pas une coupe en métal banale, ils reçoivent de véritables œuvres d'art.

  125. Intervenant 1

    Remettre une œuvre d'art pour un problème de maths, l'art comme pont ultime.

  126. Intervenant 2

    Complètement. Ils ont remis des œuvres de Denise Desmarais-Pranville ou de l'art fractal de Sandrine Vivier-Soudert. Ça souligne que résoudre une équation diophantienne complexe ou pondre une démonstration géométrique, ça génère la même satisfaction esthétique qu'une toile de maître.

  127. Intervenant 1

    La beauté mathématique matérialisée, en somme. Ça rend vraiment la chose accessible à tous.

  128. Intervenant 2

    Oui. L'émerveillement face aux nombres et aux formes est à la portée de quiconque prend le temps d'observer, que ce soit un ingénieur retraité ou un gamin sur la plage.

  129. Intervenant 1

    Ça laisse vraiment songeur. D'ailleurs, pour ceux qui nous écoutent, quand on observe tout ce qui a inspiré ces auteurs, un bâton qui roule, une sauce qui réduit, si on regarde autour de soi à l'instant même, quel objet banal, quel geste quotidien cache peut-être en ce moment même le point de départ du prochain grand théorème mathématique ? Le monde est codé, à nous de le déchiffrer. Merci de nous avoir accompagnés dans cette plongée fascinante. Gardez l'esprit curieux et à très bientôt.

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