
13 juin 2024 · 18 min
Dimension fractale : comment être entre ligne et surface ?
Dans cet épisode, partez des dimensions familières, puis suivez pas à pas comment le flocon de Koch et le triangle de Sierpiński échappent aux nombres entiers.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va imaginer une forme géométrique si étrange et chaotique qu'elle possède un périmètre littéralement insigne.
Intervenant 2
Ouais, un périmètre infini, mais qui, au final, ne prend aucune surface. C'est complètement fou.
Intervenant 1
C'est ça. Une forme impossible à tracer avec un crayon, avec des pointes super acérées à chaque fraction de millimètre. Un truc qui a vraiment terrifié les plus grands cerveaux du 19e
Intervenant 2
siècle. C'était de vrais monstres pour eux à l'époque.
Intervenant 1
Et c'est exactement pour ça qu'on se lance dans cette nouvelle exploration. On va complètement bouleverser une certitude absolue en truc qu'on acquiert tous sur les bancs de l'école et qu'on remet jamais en question.
Intervenant 2
C'est clair. On va décortiquer un concept mathématique qui donne un peu le vertige, disons-le, la fameuse dimension fractale.
Intervenant 1
Alors, pour comprendre toute la puissance de ce concept, on va devoir accepter de perdre un peu l'équilibre au début.
Intervenant 2
Ouais, il va falloir oublier notre intuition bien ordonnée de l'espace et plonger vraiment là où la géométrie classique s'est littéralement fracturée, en fait.
Intervenant 1
Parce que, bon, posons les bases. Tout le monde est familier avec les dimensions classiques. C'est hyper intuitif. Là, une dimension ou la 1D, c'est la ligne droite.
Intervenant 2
Voilà. Et la 2D, c'est le plan. Genre une feuille de papier, l'écran d'un téléphone ou un terrain de foot.
Intervenant 1
Exactement. Et du coup, la 3D, c'est notre monde physique quoi, le volume, l'espace dans lequel on vit. C'est simple, c'est net, ce sont toujours des nombres entiers. 1, 2, 3.
Intervenant 2
C'est rassurant en fait.
Intervenant 1
C'est très rassurant.
Intervenant 2
Mais voilà la question centrale de notre plongée d'aujourd'hui. Et si un objet géométrique pouvait exister dans une dimension de, disons, 1,262 ? Ah oui, une dimension de 1,585 par exemple.
Intervenant 1
Mais c'est une pensée qui dérange l'esprit ça, une dimension à virgule, enfin une dimension fractionnaire. Comment c'est possible physiquement ?
Intervenant 2
Pour saisir l'ampleur du truc, il faut d'abord réaliser à quel point le monde mathématique d'avant était ultra rigide.
Intervenant 1
Pendant des siècles, c'était la vision du grec Euclide qui dominait, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est ça. Dans ce monde euclidien, la dimension d'un objet correspond tout simplement au nombre de paramètres indépendants dont on a besoin pour s'y repérer.
Intervenant 1
Ok, on va rendre ça hyper concret avec une analogie de tous les jours. Un GPS. Si on donne rendez-vous à quelqu'un sur une autoroute parfaitement droite, un seul nombre suffit.
Intervenant 2
Ouais, tu dis juste rendez-vous à la borne kilométrique 42 et boum.
Intervenant 1
Boum, c'est ça. Un seul paramètre, donc on est en dimension 1. C'est très carré.
Intervenant 2
Et cette logique d'Auclide, elle a été perfectionnée par René Descartes au XVIIe siècle, avec ses fameuses coordonnées cartésiennes.
Intervenant 1
Ah oui, Descartes, le fameux pont entre l'algèbre, donc les calculs, et la géométrie, donc les formes.
Intervenant 2
Exactement. Donc, si on prend une courbe classique, disons un cercle bien lisse ou une vaguelette, de manière évidente, c'est un objet de dimension 1.
Intervenant 1
Attends, faisons une petite pause là. Un cercle, c'est dessiné sur une feuille de papier, non ? Et la feuille, elle est en deux dimensions, donc le cercle devrait être en 2D. Ah
Intervenant 2
bah ça, c'est la confusion classique. Mais il faut bien séparer l'objet de l'espace dans lequel il habite en fait.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Le cercle est dessiné dans un espace en deux dimensions, ça ok. Mais le cercle lui-même, la fine lignée d'encre qu'il compose, elle est deux dimensions 1.
Intervenant 1
Comment on le prouve ça ?
Intervenant 2
Si on choisit un point de départ sur ce cercle, on a besoin d'un seul et unique nombre pour repérer n'importe quel autre point sur la ligne. L'abscisse curviligne quoi.
Intervenant 1
Ah je vois. Si je marche le long de cette ligne courbée, avancer de 3 mètres me donne une position exacte. Le chiffre 3 suffit. Un paramètre donc. Dimension 1.
Intervenant 2
Exactement. C'est l'objet en lui-même qui dicte sa dimension.
Intervenant 1
Du coup, si on change d'échelle et qu'on passe à la surface de la Terre, là, un seul kilométrage, ça ne suffit pas pour un rendez-vous.
Intervenant 2
Non, là, il nous faut deux nombres, la latitude et la longitude.
Intervenant 1
Deux paramètres, donc la surface d'une sphère est en 2D. Et si on s'enfonce vers le centre de la Terre, dans la boule pleine, on rajoute la profondeur. Trois paramètres, dimension 3.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça. Ce qu'il faut vraiment retenir de cette époque, c'est le confort psychologique de ce système. Tout repose sur des entiers naturels.
Intervenant 1
Les lignes sont douces, il n'y a pas de trous infinis.
Intervenant 2
Voilà. Ça donnait aux savants l'illusion totale de contrôler l'espace. La certitude que tout pouvait être dompté avec des règles et des compas.
Intervenant 1
Un monde parfait et bien sage. Sauf que ça finit par voler en éclats.
Intervenant 2
Ah ça, oui. Fin du 19e siècle, c'est le grand frisson mathématique.
Intervenant 1
C'est là que débarquent nos fameux monstres Linton. Des objets tellement bizarres qu'ils viennent briser cette harmonie millénaire.
Intervenant 2
C'est ce qu'on a appelé la crise de la tangente. À partir des années 1830, des mathématiciens comme Bolzano, Riemann et surtout Karl Weierstrass vont faire des découvertes très choquantes.
Intervenant 1
Et Weierstrass, il sort du bois avec une famille de fonctions qui défient tout bon sens géométrique.
Intervenant 2
Une vraie révolution, ouais.
Intervenant 1
Ok, il faut vraiment qu'on décortique ça. Parce que c'est là que le cerveau commence à résister. La fameuse fonction de Weierstrass.
Intervenant 2
On t'écoute.
Intervenant 1
Cette équation, elle génère une courbe qui est parfaitement continue. Et continue, ça veut dire qu'on peut théoriquement la tracer du début à la fin sans jamais lever le crayon.
Intervenant 2
Exactement. Il n'y a pas de trou, pas d'interruption.
Intervenant 1
Mais, et c'est un énorme mais, cette courbe n'accepte aucune tangente. Nulle part. Elle est dérivable en aucun point.
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