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14 févr. 2022 · 13 min

De la mesure aux axiomes : le voyage de la distance

Cet épisode suit la distance du compas grec aux espaces métriques et révèle comment une mesure concrète est devenue une notion mathématique abstraite.

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  1. Intervenant 1

    Salut tout le monde et bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de vous retrouver pour une plongée vraiment fascinante aujourd'hui. On va parler d'un truc que tout le monde croit connaître sur le bout des doigts. L'espace qui sépare, je ne sais pas, la Terre de la galaxie d'Andromède,

  2. Intervenant 2

    Ou même juste l'espace entre votre écran et vos yeux en ce moment même.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Ce qu'on appelle tout bêtement la distance. Ça a l'air tangible, c'est physique, c'est une évidence absolue pour tout le monde. Et pourtant, l'histoire des mathématiques nous apprend une vérité complètement contre-intuitive.

  4. Intervenant 2

    C'est clair. La distance, au sens strict, ça n'existe pas dans le monde réel. Ce n'est pas une loi de la physique, c'est une pure invention humaine.

  5. Intervenant 1

    Une invention qui s'est complètement métamorphosée au fil des millénaires. Bon, décortiquons tout

  6. Intervenant 2

    ça. Le voyage de cette invention est juste dingue. On parle littéralement de la boue, des champs agricoles, pour finir dans des dimensions abstraites que le cerveau humain peut même pas visualiser. C'est le grand paradoxe de la géométrie. Un mot qui, d'ailleurs, étymologiquement parlant, signifie la mesure de la Terre.

  7. Intervenant 1

    Ouais, arpenter des terrains avec des cordes pour finir au début du XXe siècle avec un concept qui n'est au fond rien d'autre qu'un ensemble de trois petites règles logiques qu'on peut appliquer à n'importe quoi.

  8. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et pour bien comprendre comment l'humanité a réussi cet exploit, arracher la distance au monde physique pour en faire un truc purement abstrait, il faut remonter à la source.

  9. Intervenant 1

    Chez les Grecs de l'Antiquité, on est d'accord. Parce que quand on dit géométrie grecque, on pense tout de suite à Euclide au IIIe siècle avant notre ère.

  10. Intervenant 2

    Oui, on a cette image d'épinal. Oui,

  11. Intervenant 1

    on s'imagine direct des vieux savants barbus en train de calculer des centimètres ou des mètres sur des parchemins avec des règles.

  12. Intervenant 2

    Alors que c'est l'erreur classique, chez Euclide et même chez des génies comme Archimède qui sont venus après, la notion de distance chiffrée, elle n'existe pas du tout.

  13. Intervenant 1

    Attends, pas d'unité du tout ?

  14. Intervenant 2

    Aucune. Dans les fameux éléments d'Euclide, la ligne est définie comme une longueur, mais c'est un concept presque philosophique. Le mot évoque plutôt une étendue qu'une vraie mesure avec des chiffres.

  15. Intervenant 1

    Donc quand un grec faisait de la géométrie, il ne mesurait rien ?

  16. Intervenant 2

    Non, il ne mesurait rien avec une règle graduée. En fait, il faisait ce qu'on appelle du transport de longueur. L'outil roi, c'était le compas.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, le compas qui pique là.

  18. Intervenant 2

    Voilà, on piquait le compas sur un point A et un point B. On gardait cet écartement bien figé et on allait le reporter physiquement sur une autre ligne pour voir si c'était plus grand, plus petit ou pareil.

  19. Intervenant 1

    D'accord, je vois le genre. C'est pour bien se représenter la chose. C'est un peu comme si on essayait de construire une maison entière, genre une charpente, sans avoir le droit d'utiliser un mètre ruban.

  20. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça.

  21. Intervenant 1

    On prendrait juste un grand bout de ficelle. On dirait, cette poutre doit faire trois fois la taille de cette ficelle et on coupe le bois en posant la ficelle trois fois de suite.

  22. Intervenant 2

    Exactement. C'est une géométrie d'une pureté absolue, mais qui refuse complètement de coller des nombres sur la réalité. Et ce qui est fascinant ici, c'est l'arrivée, trois siècles plus tard, des ronds d'Alexandrie.

  23. Intervenant 1

    Ah, Héron ! Lui, il a mis un sacré coup de pied dans la forminière, non ?

  24. Intervenant 2

    Un vrai séisme. Contrairement à Euclide, Héron va faire entrer les nombres dans la géométrie. Il marie la géométrie et l'arithmétique. Et ça, ça culmine avec sa formule complètement magique pour calculer l'aire d'un triangle.

  25. Intervenant 1

    Oh oui, la formule de Héron. Faut vraiment qu'on s'y arrête un instant parce que c'est un tour de force. Normalement, à l'école, on nous apprend que pour calculer la surface d'un triangle, on fait la base ou la hauteur divisée par

  26. Intervenant 2

    deux. Ouais, super facile sur un tableau noir.

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