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11 févr. 2026 · 17 min

Étudiantes de Cambridge : réussir, mais rester sans diplôme

Cet épisode suit les étudiantes des Tripos — les examens de maths de Cambridge — jusqu’au vote de 1897 qui leur refuse encore le diplôme.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente, un accueil vraiment chaleureux à tout notre auditoire pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques et de leur histoire. Bonjour à tout le monde. Très heureuse

  2. Intervenant 2

    d'être là.

  3. Intervenant 1

    Et on démarre aujourd'hui avec un contraste assez saisissant en fait. Nous sommes en janvier 2025 et l'Université de Cambridge annonce avec une immense fierté le recrutement de Anna Frye, donc la célébrissime mathématicienne et vulgarisatrice britannique.

  4. Intervenant 2

    Ah oui, une excellente nouvelle. C'est une grande figure.

  5. Intervenant 1

    Complètement. Et en franchissant ses portes, elle intègre un panthéon absolu. Parce que quand on pense aux mathématiques à Cambridge, on visualise une lignée ininterrompue de géants.

  6. Intervenant 2

    C'est le sommet de la montagne mathématique.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. On parle d'Isaac Newton, Augustus de Morgane, Arthur Cayley, Bertrand Russell, Godfrey Harold Hardy. Bref, des légendes. Mais en observant cette liste historique, il y a une anomalie statistique qui saute immédiatement aux yeux.

  8. Intervenant 2

    L'absence de femmes ?

  9. Intervenant 1

    L'absence vertigineuse de figures féminines, oui. À l'exception peut-être de Mary Cartwright et de ses travaux sur la théorie du chaos, c'est le désert.

  10. Intervenant 2

    Ouais, et ce qui est fascinant ici, ce n'est pas que le génie mathématique féminin était absent ou en sommeil pendant des siècles. C'est pas ça du tout.

  11. Intervenant 1

    Bien sûr.

  12. Intervenant 2

    C'est que l'évolution des sciences ne dépend pas uniquement de l'apparition de cerveaux brillants, tu vois. Elle est conditionnée par l'accès aux infrastructures du savoir, aux bibliothèques, aux professeurs, aux labos.

  13. Intervenant 1

    L'écosystème, en gros.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Pendant des décennies, cette absence dans les annales s'explique par une exclusion institutionnelle acharnée.

  15. Intervenant 1

    Un vrai barrage.

  16. Intervenant 2

    Un mur. Et ce que nous allons explorer aujourd'hui, c'est justement l'histoire de ces étudiantes exceptionnelles qui, face à une forteresse académique avec des règles littéralement médiévales, ont dû ruser. Elles ont développé des stratégies de contournement incroyables pour faire des mathématiques.

  17. Intervenant 1

    Alors décortiquons un peu ça. Pour bien comprendre la nature de ce mur institutionnel, il faut analyser l'architecture même de Cambridge au XIXe siècle.

  18. Intervenant 2

    Qui est très particulière.

  19. Intervenant 1

    Très, si c'est. C'est une institution constituée d'une quinzaine de collèges qui sont indépendants. Ils ont le pouvoir de recruter leurs étudiants pendant que l'université centrale gère les examens finaux.

  20. Intervenant 2

    C'est ça.

  21. Intervenant 1

    Et à l'époque, la règle tacite et immuable, c'est le recrutement exclusif de jeunes hommes et anglicans par-dessus le marché.

  22. Intervenant 2

    Alors ? Le verrou religieux finit par sauter avec les évolutions de la société victorienne. Mais le verrou du genre, lui, il reste solidement scellé.

  23. Intervenant 1

    Increvable.

  24. Intervenant 2

    Totalement. Et c'est dans ce contexte ultra rigide qu'une première faille se crée en 1869 avec la création du Girton College, suivi de Newham en 1871.

  25. Intervenant 1

    Donc, enfin, des espaces pour les femmes.

  26. Intervenant 2

    Oui, enfin. Ce sont des établissements pour femmes rattachés à Cambridge, mais, et c'est un grand mais, ils sont relégués géographiquement. Girton, par exemple, est construit à, genre, 25 km du centre-ville.

  27. Intervenant 1

    Ah oui, c'est énorme. Donc, loin des laboratoires, loin des bibliothèques principales, et surtout loin des réseaux de professeurs.

  28. Intervenant 2

    C'est ça. Ce qui pose un défi logistique et intellectuel immense.

  29. Intervenant 1

    C'est clair. D'autant plus que le but ultime de toute personne étudiant les mathématiques à Cambridge à cette époque, ce sont les fameux taliposes.

  30. Intervenant 2

    Les redoutables triposes.

  31. Intervenant 1

    Voilà. Un examen de fin d'étude dont la difficulté frise vraiment la légende. J'aimerais qu'on s'arrête un instant sur ce qu'étaient réellement ces triposes. Parce qu'on ne parle pas d'un simple devoir sur table de deux heures.

  32. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. C'était une épreuve d'endurance brutale. Les triposes de mathématiques se dérouillaient sur plusieurs jours. On parle de plus de 40 heures de composition au total.

  33. Intervenant 1

    40 heures

  34. Intervenant 2

    dans des salles glaciales en plein hiver et les sujets couvraient des domaines très vastes, la géométrie pure, la mécanique newtonienne, l'optique, l'astronomie.

  35. Intervenant 1

    Un programme de dingue.

  36. Intervenant 2

    Mais la particularité de cet examen, ce qui le rendait unique, c'est qu'il ne récompensait pas tant la créativité ou l'innovation mathématique profonde que la vitesse de calcul absolue.

  37. Intervenant 1

    La performance pure.

  38. Intervenant 2

    Exactement. Il s'agissait de résoudre des problèmes algorithmiques extrêmement complexes à une vitesse fulgurante.

  39. Intervenant 1

    C'est fou. Moi, je propose une petite analogie pour qu'on se rende compte. Se préparer pour les tripos à l'époque pour ces femmes, c'est comme s'entraîner pour les Jeux olympiques, courir le marathon en parallèle des athlètes officiels sur le même parcours en même temps, mais sans avoir le droit de franchir la ligne d'arrivée.

  40. Intervenant 2

    C'est exactement ça. La ligne d'arrivée leur était interdite. Et c'est là qu'intervient Sarah Woodhead. Nous sommes en 1873. La première

  41. Intervenant 1

    pionnière !

  42. Intervenant 2

    Voilà. Elle arrive à Girton à 18 ans et elle fait partie de la toute première promotion. Ce qui est fascinant dans son profit, c'est qu'elle vient avec un bagage super solide parce qu'elle est issue d'une famille Quaker. Et ça,

  43. Intervenant 1

    ça change tout à l'époque.

  44. Intervenant 2

    Donc elle arrive, elle est armée. Elle est armée, elle a le niveau pour affronter ses fameux triposes, sauf que le règlement de l'université refuse catégoriquement qu'elle passe l'examen.

  45. Intervenant 1

    Alors, comment elle fait ?

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