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10 févr. 2026 · 14 min

Mathématiciennes effacées : suivez les indices

Des rares noms recensés au cas de Grace Chisholm, suivez les indices qui éclairent l’effacement des femmes dans l’histoire des mathématiques.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente, le moment idéal pour éveiller sa curiosité mathématique. Aujourd'hui, on va faire un décryptage assez particulier.

  2. Intervenant 2

    Bonjour. Oui, c'est une exploration qui est vraiment passionnante et qui remet pas mal de choses en perspective.

  3. Intervenant 1

    Absolument. On se base sur un dossier vraiment fascinant de nos archives, un dossier qui a été rédigé par Anne Boyer et Antoine Oulu Garcia. Et on va plonger au cœur d'un sujet, d'un mécanisme historique, pour être précise.

  4. Intervenant 2

    Exactement. Le but, c'est de comprendre pourquoi et comment l'histoire des mathématiques s'est écrite, en fait presque exclusivement aux masculins.

  5. Intervenant 1

    Ouais, parce que je veux dire, il est troublant d'imaginer qu'on puisse résoudre un mystère géométrique énorme ou poser les bases d'une théorie scientifique majeure pour finalement voir quelqu'un d'autre signer à sa place, quoi.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Pendant des siècles, cette dépossession, c'était pas du tout une exception. C'était une règle silencieuse, en fait.

  7. Intervenant 1

    Une règle silencieuse, c'est le mot. Pour commencer, on peut faire un petit test mental très simple. Les noms de Pythagore, Thalès, Newton, Euler ou Chasle, ils résonnent dans la tête de tous les collégiens et lycéens.

  8. Intervenant 2

    Bien sûr, ce sont des figures incontournables, des géants quoi.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Mais ensuite, si on pose la question combien de noms de mathématiciennes viennent spontanément à l'esprit ? Ben généralement, on peine à en trouver plus de trois.

  10. Intervenant 2

    C'est frappant, ouais. Souvent, on cite Marie Curie, alors qu'elle était physicienne et chimiste, mais pour les mathématiques pures, c'est le grand vide dans la mémoire collective.

  11. Intervenant 1

    Tout à fait. Et le but de notre analyse d'aujourd'hui, ce n'est pas juste de faire une liste nostalgique de noms oubliés pour réparer une injustice morale.

  12. Intervenant 2

    Non, l'enjeu est bien plus systémique. Il s'agit de disséquer la mécanique historique et surtout sociologique qui a permis cet effacement systématique. Ce n'est pas un accident de l'histoire en fait.

  13. Intervenant 1

    Ouais, c'est une nuance cruciale. Parce qu'on pourrait naïvement croire, et on l'entend souvent d'ailleurs, que les femmes ne faisaient tout simplement pas de mathématiques à l'époque.

  14. Intervenant 2

    C'est l'excuse classique oui.

  15. Intervenant 1

    C'est ça, on projette l'idée que ce domaine leur était totalement étranger. Mais si on regarde les archives de près, que disent réellement les encyclopédies de référence ?

  16. Intervenant 2

    Eh bien, c'est là que ça devient complètement fou. Les chiffres sont édifiants. Prenons le Dictionary of Scientific Biography, l'édition de 1980. C'est vraiment la référence.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    Si on regarde les mathématiciens décédés avant 1972, il y a 966 entrées. Sur ces presque mille notices, il n'y a que six femmes.

  19. Intervenant 1

    Attendez, six ? Six femmes sur près de mille savants ?

  20. Intervenant 2

    Oui, seulement six. On y trouve Hippatie, Maria Gaetana Agnesi, Sophie Germane, Mary Somerville, Sofia Kovalevskaya et Minotaire. Et c'est tout.

  21. Intervenant 1

    Ah waouh ! On frôle vraiment l'anomalie statistique à ce niveau-là. C'est ridicule.

  22. Intervenant 2

    C'est une proportion infime, ouais. Bon, en 2007, ils ont fait une mise à jour. Sur 160 nouvelles entrées, quelques femmes apparaissent enfin, comme Ada Byron, Grace Hopper ou Olga Oleynik. Ah,

  23. Intervenant 1

    un petit progrès quand même.

  24. Intervenant 2

    Un tout petit progrès. Mais le plus intéressant, c'est quand on compare ça avec d'autres bases de données. Si on prend l'archive MacTutor de l'Université de Saint-Andrews, on trouve une centaine de mathématiciennes sur plus de 3500 entrées.

  25. Intervenant 1

    Une centaine, donc elles existaient bien, elles travaillaient, elles cherchaient. C'est fou ce décalage.

  26. Intervenant 2

    Exactement. Les associations contemporaines font un travail de fourmis pour les faire remonter à la surface. Et on se rend compte que des pans entiers de l'histoire ont été effacés.

  27. Intervenant 1

    C'est un peu comme regarder le ciel nocturne avec un télescope dont la lentille filtrerait volontairement la moitié des étoiles. Le ciel n'est pas vide, c'est juste l'instrument qui crée une obscurité artificielle.

  28. Intervenant 2

    C'est une très belle analogie, oui. C'est tout à peu ça.

  29. Intervenant 1

    Du coup, essayons de décortiquer cela. Est-ce que c'est une simple cécité des historiens ou y avait-il vraiment un mur institutionnel qui empêchait les femmes d'accéder aux maths ?

  30. Intervenant 2

    Y avait un mur, un vrai mur institutionnel. L'absence de traces écrites allait directement lier à l'interdiction de produire ces traces.

  31. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  32. Intervenant 2

    Elles n'avaient pas le droit d'étudier. Eh bien, pour faire des mathématiques, il faut pouvoir les étudier formellement. Or, l'accès à l'enseignement supérieur pour les filles, c'est très récent. Ça date d'à peine un siècle.

  33. Intervenant 1

    Un siècle.

  34. Intervenant 2

    Seulement. Oui.

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