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28 juin 2023 · 13 min

Charlotte Angas Scott : la géomètre que l’histoire a oubliée

L’épisode suit son parcours, de Cambridge aux États-Unis, puis éclaire comment une pionnière reconnue de la géométrie algébrique est tombée dans l’oubli.

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  1. Intervenant 1

    C'est un immense plaisir de retrouver notre audience pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va planter un décor assez incroyable.

  2. Intervenant 2

    Charlotte Angas

  3. Intervenant 1

    Scott Oui, digné d'un film historique, vraiment. C'est clair. Alors, Zurich, le 8 août 1897. On est dans une salle symphonique flambant neuve, majestueuse, et on a 200 des plus grands esprits de la planète qui sont réunis pour, en gros, dessiner l'avenir des mathématiques.

  4. Intervenant 2

    C'est l'inauguration du tout premier congrès international des mathématiciens, le sommet absolu.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Le silence se fait et l'un des principaux organisateurs, le professeur allemand Adolf Uirwitz, s'avance pour le discours d'ouverture. Il regarde cette assemblée et là, il lâche une phrase de salutation avec un mot très, très particulier. Il dit

  6. Intervenant 2

    Le fameux mot, ouais.

  7. Intervenant 1

    Colleginen.

  8. Intervenant 2

    Le féminin. Colleginen. C'est une anomalie totale, un vrai choc linguistique pour un milieu académique de la fin du XIXe siècle.

  9. Intervenant 1

    Ah bah c'est pas une simple politesse de sa part. C'est une reconnaissance d'un fait mathématique littéralement.

  10. Intervenant 2

    Parce que sur les 200 génies présents dans cette salle, il y a exactement quatre femmes, seulement quatre, pour représenter le monde entier.

  11. Intervenant 1

    C'est

  12. Intervenant 2

    ça. Et pour bien saisir le caractère explosif de la présence de celle qu'on va suivre aujourd'hui, Charlotte Angas Scott, il faut d'abord observer le statut des trois autres femmes présentes ce jour-là. Leur profil nous raconte beaucoup de choses sur les règles de l'époque.

  13. Intervenant 1

    Et il y a un motif fascinant quand on décortique les sources sur ces pionnières. Que ce soit la danoise Charlotte Wedel, ou l'italienne Iginia Massarini, ou la russe Vera Schiff, elles ont toutes besoin d'un ancrage externe, d'une caution sociale pour être là.

  14. Intervenant 2

    Ouais, Vera Schiff par exemple, elle arrive avec son mari architecte.

  15. Intervenant 1

    Et Iginia Massarini, qui a pourtant traduit l'immense mathématicien Andrzej Bicew, elle vient avec ses parents. Ses parents.

  16. Intervenant 2

    Ben oui. Et Charlotte Wedel, elle, elle gravite dans le sillage de l'organisateur Hurwitz. Mais elle n'a pas le moindre poste académique officiel. En fait, la structure même de la société de 1897, elle semblait leur interdire d'exister par elle-même dans cette sphère.

  17. Intervenant 1

    C'est le nœud du problème, non ? La brillance intellectuelle, ben ça suffisait pas à contourner l'interdit institutionnel.

  18. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Les universités, elles ne recrutaient pas de femmes pour la recherche fondamentale. La norme, c'était d'être enseignante pour jeunes filles ou bien chercheuse de l'ombre.

  19. Intervenant 1

    Et c'est justement ce vide institutionnel qui rend l'arrivée de la quatrième femme Charlotte Angas Scott aussi disruptive. Elle détonne complètement dans le paysage.

  20. Intervenant 2

    Décortiquant sa deux secondes.

  21. Intervenant 1

    C'est un peu comme arriver au tout premier sommet mondial d'une discipline ultra fermée. Les autres doivent venir avec des chaperons et elle, elle débarque seule avec le CV le plus lourd de la salle.

  22. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Elle est armée d'un statut en béton. À ce moment précis, elle est professeure en titre aux États-Unis au Brynemore College en Pennsylvanie.

  23. Intervenant 1

    Elle dirige un département entier, c'est ça ? Charlotte Angas

  24. Intervenant 2

    Scott Oui. Et son volume de publication dans les revues internationales, il écrase celui d'une grande partie des hommes présents ce jour-là. Elle n'est pas juste tolérée, elle y est incontournable.

  25. Intervenant 1

    Mais attends, il y a quand même une contradiction apparente dans les archives. Les sources disent clairement qu'elle est britannique et qu'elle profitait de l'été chez ses parents en Angleterre pour aller à Zurich. Qu'est-ce qu'elle fait en poste aux États-Unis ?

  26. Intervenant 2

    Charlotte Angas Scott C'est le moteur de toute sa vie, en fait. Si elle est aux États-Unis, c'est à cause d'un exil forcé. Le système britannique l'a littéralement recraché.

  27. Intervenant 1

    Malgré son génie ?

  28. Intervenant 2

    Malgré son génie. Pour comprendre cette fracture, il faut regarder sa formation. Elle naît en 1858 dans une famille de la bourgeoisie britannique affiliée au mouvement congrégationniste.

  29. Intervenant 1

    C'est une branche religieuse dissidente, non ?

  30. Intervenant 2

    C'est ça.

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