
23 mars 2020 · 14 min
Des dés aux probabilités : comment le hasard devient calcul
Dans cet épisode audio, suivez Cardan, Pascal, Fermat, Huygens et Bernoulli, des jeux de dés à l’espérance puis aux expériences répétées.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va faire une plongée fascinante. Il faut vraiment s'imaginer un monde où la chance, ça n'existe pas.
Intervenant 2
Ouais, un monde totalement déterministe.
Intervenant 1
Voilà, un monde où si un dé roule sur une table en bois et s'arrête sur un 6, c'est pas du hasard. C'est l'univers, ou plutôt la volonté divine, qui a posé ce dé sur cette face précise. Et donc notre mission pour cette exploration, c'est de comprendre ça, en se basant sur un article génial, l'émergence du calcul des probabilités.
Intervenant 2
C'est un article tellement riche !
Intervenant 1
C'est clair. On va voir comment l'humanité est passée d'une soumission totale au destin à la création d'outils mathématiques ultra rigoureux pour prédire l'incertain. Et spoiler, c'est une histoire avec des joueurs compulsifs, des lettres secrètes et des génies tragiques.
Intervenant 2
Le point de départ de tout ça, c'est vraiment paradoxal. Pour bien comprendre la révolution que ça représente, il faut se replonger dans la mentalité du Moyen Âge chrétien. À cette époque-là, le hasard, en tant que concept mathématique, ça n'existe pas. C'est totalement absent de la pensée. Tout est régi par un plan supérieur.
Intervenant 1
Donc le destin, quoi.
Intervenant 2
Exactement. Donc essayer de calculer la probabilité d'un événement, c'était pas juste absurde scientifiquement, c'était surtout vu comme un sacrilège. Ah
Intervenant 1
ouais, carrément
Intervenant 2
un péché. Bah oui, c'était une tentative super arrogante de lire dans les pensées du divan.
Intervenant 1
Donc l'idée même d'appliquer des maths froides à un événement incertain, c'était intouchable. Et pourtant, les dogmes finissent toujours par se fissurer. Et ce qui est fou dans cette histoire, c'est que ça n'est pas dans une académie ou un monastère.
Intervenant 2
Non, pas du tout.
Intervenant 1
Ça naît d'un truc super trivial, l'envie de plumer ses potes à la taverne. Et le premier gars de notre histoire s'appelle Jérôme Cardan. On est en 1564. C'est qui ce gars exactement ?
Intervenant 2
Alors Cardan, c'est une figure hyper complexe de la renaissance italienne. C'est un médecin respecté, un grand savant, mais il a une face sombre. C'est un joueur compulsif.
Intervenant 1
Genre accro au pari ?
Intervenant 2
Ouais, il passe sa vie aux tables de jeu. Et c'est de cette édiction que naît son livre, le De Ludo Alea, le livre sur les jeux de hasard. Et faut bien comprendre qu'il fait pas ça pour l'amour de la science.
Intervenant 1
Il voulait juste tricher.
Intervenant 2
Enfin disons optimiser ses chances.
Intervenant 1
C'est ça. Il veut un manuel pour comprendre la mécanique des dés et gagner de l'argent.
Intervenant 2
Le premier guide de triche de l'histoire. J'adore. Mais mathématiquement, qu'est-ce qu'il fait de si novateur ? Il introduit le concept d'équité. En gros, il se demande à quelles conditions un jeu est juste entre deux adversaires. Et sa conclusion est ultra moderne. Il comprend que le risque doit dicter l'investissement.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Il pose en équation que la mise de chaque joueur doit être proportionnelle à sa probabilité de gagner. Donc, si on appelle les joueurs A et B, la formule qu'ils utilisent, c'est MA sur MB égale P sur 1 moins P.
Intervenant 1
Attends, je décompose pour nos auditeurs. MA et MB, ce sont les mises en argent, c'est ça ?
Intervenant 2
Ouais, les mises financières.
Intervenant 1
Et P, c'est la probabilité de victoire du joueur A ?
Intervenant 2
Exactement. Et donc 1-P, c'est la probabilité de victoire de B. Donc si un joueur a genre 3 fois plus de chances de gagner, à cause des règles, il doit miser 3 fois plus d'argent.
Intervenant 1
Ah, pour que le pari soit moralement acceptable. C'est brillant. Il vient de lier une probabilité invisible à de la vraie monnaie tangible.
Intervenant 2
Voilà. Et c'est la première esquisse de l'expérience mathématique nulle. Si on répète ce jeu à l'infini, personne ne s'enrichit sur le dos de l'autre. Le risque annule la mise.
Intervenant 1
C'est exactement le principe de nos assurances modernes, fistan. Le système s'équilibre. Mais ce traité, il n'a pas révolutionné le monde tout de suite, si ?
Intervenant 2
Bah non, parce que Cardan le garde jalousement pour lui.
Intervenant 1
Alors, Adin ?
Intervenant 2
Ouais, le texte sera publié qu'en 1663, presque un siècle plus tard. Le secret reste dans ses tiroirs.
Intervenant 1
C'est tellement frustrant. Et pendant que son manuscrit prend la poussière, il y a un autre génie qui débarque, au début du XVIIe siècle, Galilée.
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