
15 juil. 2017 · 22 min
John Neper : vingt ans à dresser ses tables de logarithmes
Le podcast suit John Neper dans sa quête de calculs moins pénibles, des logarithmes aux bâtons qui préfigurent les machines à calculer.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et un immense merci à notre public de nous rejoindre pour ce nouveau décryptage. Bonjour à tous, je suis
Intervenant 2
ravie d'être
Intervenant 1
là. Imaginez juste une seconde consacrer vingt années de sa propre vie à accomplir la tâche la plus ingrate, la plus répétitive et épuisante qui soit, uniquement pour s'assurer que les générations futures n'aient plus jamais à la subir.
Intervenant 2
C'est un sacrifice assez incroyable.
Intervenant 1
N'est-ce pas ? Aujourd'hui, notre exploration nous emmène au XVIe siècle, sur les traces d'un homme qui détestait tellement perdre son temps qu'il a fini par inventer un outil mathématique.
Intervenant 2
Un outil qui a, en fait, littéralement doublé l'espérance de vie professionnelle des astronomes de son époque.
Intervenant 1
Exactement. Et cet outil, c'est le logarithme. Et cet homme, c'est John Neper.
Intervenant 2
Alors, l'article que nous passons au crible aujourd'hui s'intitule « Les étonnantes inventions de John Neper ».
Intervenant 1
Un excellent dossier d'ailleurs.
Intervenant 2
Tout à fait. Et l'objectif de la discussion, c'est vraiment de comprendre le mécanisme mental et historique derrière tout ça. Comment une frustration très thérapraire peut se métamorphoser en une véritable révolution scientifique majeure.
Intervenant 1
Bon, décortiquons ça un peu. Parce que ce profil n'a absolument aucun sens si on se fie aux stéréotypes habituels.
Intervenant 2
C'est le moins qu'on puisse dire, ouais.
Intervenant 1
Quand on pense à une invention de cette envergure, on s'attend à un savant institutionnel, un membre d'une prestigieuse académie.
Intervenant 2
Avec la perruque poudrée et le tableau noir.
Intervenant 1
Voilà, c'est ça. Sauf que John Neper, ou Napier dans sa version écossaise francisée, il naît en 1550 dans une famille de très riches propriétaires terriens.
Intervenant 2
Oui, en Écosse, c'est un gentilhomme, un lord qui gère de vastes domaines agricoles au quotidien.
Intervenant 1
Le fait le plus fascinant pour moi, c'est qu'il entre à l'université de St Andrews, mais il la quitte sans jamais obtenir le moindre diplôme.
Intervenant 2
Le contraste est saisissant. Historiquement parlant, à son époque, Neper ne s'est d'ailleurs pas du tout fait connaître pour ses mathématiques.
Intervenant 1
Ah bon ?
Intervenant 2
Non, pas du tout. Ses véritables passions publiques, c'était la politique et la religion. C'était un théologien protestant extrêmement fervent.
Intervenant 1
D'accord, on est en pleine guerre de religion, il faut le rappeler.
Intervenant 2
Exactement, le contexte est hyper tendu. Pour te donner une idée, il a publié un ouvrage théologique violemment antipapiste, qui a d'ailleurs connu un succès européen immense.
Intervenant 1
Donc les mathématiques, c'était quoi, un passe-temps ?
Intervenant 2
Sur le papier, oui, ce n'était qu'une occupation totalement périphérique.
Intervenant 1
Attends, c'est là que le récit officiel coince un peu pour moi. S'il quitte l'université sans diplôme et qu'il passe le plus clair de son temps à administrer ses terres ou à écrire des pamphlets religieux, d'où sort-il le bagage technique pour pondre une théorie mathématique aussi profonde ?
Intervenant 2
C'est une excellente question.
Intervenant 1
Parce que bon, les mathématiques de haut niveau, ce n'est pas juste un petit bricolage du dimanche qu'on improvise entre deux récoltes de blé, quoi. C'est comme si aujourd'hui, un romancier à succès inventait un algorithme quantique révolutionnaire sur son temps libre.
Intervenant 2
L'analogie est marrante et la remarque est très juste. Mais en fait, il faut replacer la notion même de scientifique dans l'esprit du 16e et du 17e siècle.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Bah, la professionnalisation des mathématiques, ça n'existe pas vraiment sous la forme qu'on connaît aujourd'hui. Il n'y a pas de chercheurs au CNRS, tu vois.
Intervenant 1
Oui, c'est sûr.
Intervenant 2
Ce profil d'amateur éclairé, financièrement indépendant et intellectuellement vorace, c'est en fait le grand moteur de la science de cette époque.
Intervenant 1
Ah, tu veux dire des gens qui n'ont pas besoin de travailler pour vivre ?
Intervenant 2
Voilà. Pensons à Pierre de Fermat, par exemple, qui était magistrat de profession.
Intervenant 1
C'est vrai.
Intervenant 2
Ou à Thomas Bayes, qui officiait comme pasteur, ou encore Leibniz, qui était diplomate et philosophe avant tout.
Intervenant 1
Donc, Neper s'inscrit totalement dans cette lignée ?
Intervenant 2
Absolument. Il appartient à cette tradition d'esprit brillant, complètement libéré de la pression académique ou du besoin de publier, pour qui les mathématiques constituent un vaste terrain de jeu intellectuel.
Intervenant 1
Sauf que l'exploration de Neper partait d'une douleur très spécifique, si je puis dire.
Intervenant 2
Oui, il y avait un besoin très concret derrière.
Intervenant 1
Il ne cherchait pas la beauté pure de l'algèbre. Son problème à lui, c'était le volume asphyxiant des calculs nécessaires à la navigation et à l'astronomie balbutiantes.
Intervenant 2
Tout à fait. À l'époque, c'était un cauchemar absolu.
Intervenant 1
Pas de calculatrices, des nombres gigantesques avec des dizaines de chiffres. Ça devait être un enfer au quotidien pour ces gens-là.
Intervenant 2
L'article cite d'ailleurs ses propres notes et on y sent une véritable exaspération. Il écrit en substance qu'il n'y a rien de plus pénible dans la pratique que ces multiplications à rallonge.
Intervenant 1
Les divisions aussi,
Intervenant 2
j'imagine. Les divisions et surtout les extractions de racines de grands nombres. Il dénonce une perte de temps complètement assoumente, génératrice d'erreurs insidieuses qui pouvaient ruiner des mois d'observations astronomiques.
Intervenant 1
Parce qu'une petite erreur de retenue au début du calcul et tout s'effondrera.
Intervenant 2
Exactement. L'enjeu de son époque, c'est vraiment l'essor de la navigation au long cours et l'astronomie de précision. Des gens comme Tycho Brahe ou Kepler.
Intervenant 1
Des pointures, quoi.
Intervenant 2
Oui, et pour modéliser la course des planètes, ça exigeait de multiplier des sinus et des cosinus avec des précisions allant jusqu'à sept décimales, à la main.
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