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22 août 2025 · 27 min

Bâtons de Napier : quand les tables deviennent un instrument

Dans cet épisode audio, partez du tableau par jalousies, puis suivez l’idée de Napier : inscrire les produits sur des bâtons et lire les sommes en diagonale.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver pour une nouvelle exploration. Alors, imaginons la scène, on est au restaurant, grosse tablée de 10 personnes, l'addition arrive et bim, il faut la diviser équitablement.

  2. Intervenant 2

    Ah bah, classique, le moment que tout le monde redoute un peu.

  3. Intervenant 1

    Ouais, c'est clair. Ou alors, un autre exemple, on est en plein bricolage un dimanche après et on doit calculer la surface d'un mur avec des mesures un peu biscornues. Bah, quel est notre tout premier réflexe à tous ?

  4. Intervenant 2

    On sort le téléphone.

  5. Intervenant 1

    Exactement. On dégaine le smartphone de la poche, on ouvre l'appli calculatrice, on tapote trois nombres avec le pouce et bam, le résultat tombe instantanément, sans aucun effort. En fait, c'est devenu d'une banalité affligeante quoi.

  6. Intervenant 2

    Complètement. C'est un geste tellement intégré qu'on ne le remarque même plus.

  7. Intervenant 1

    Eh bien, aujourd'hui, on va complètement transformer notre regard sur ce petit geste du quotidien. Parce que pendant des siècles, l'acte de poser une simple multiplication avec des nombres un peu récalcitrants, c'était un véritable parcours du combattant, un défi logistique épuisant.

  8. Intervenant 2

    Ah oui, la fluidité avec laquelle on manipule ces concepts aujourd'hui, en fait, ça masque une histoire intellectuelle remplie de frustrations profondes et de trouvailles techniques absolument brillantes.

  9. Intervenant 1

    C'est fou de se dire

  10. Intervenant 2

    ça. Mais totalement. Les mathématiciens, les astronomes et les marchands du passé ont littéralement transpiré pour optimiser ces calculs. Ça leur prenait un temps fou et c'était une source intarissable d'erreurs, vraiment.

  11. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu tout ça. Pour comprendre cette épopée, on va suivre les traces d'un savant écossais du tournant du XVIIe siècle, un certain John Neffir.

  12. Intervenant 2

    Un grand nom !

  13. Intervenant 1

    Oui, alors nos auditeurs passionnés de mathématiques connaissent sûrement son nom grâce au logarithme évidemment. Mais attention, on ne va pas parler d'analyse mathématique aujourd'hui.

  14. Intervenant 2

    Ah non, on va faire beaucoup plus concret.

  15. Intervenant 1

    Voilà, on va se concentrer sur son matériel. Plus précisément, l'automatisation de l'arithmétique grâce à ce qu'on a appelé les bâtons de Napier.

  16. Intervenant 2

    Un objet fascinant.

  17. Intervenant 1

    Mais du coup, pour bien mesurer l'impact de cette trouvaille matérielle, je suppose qu'il faut se replonger dans le contexte brut de l'époque, non ?

  18. Intervenant 2

    On est au XVIe siècle, juste avant son invention. À quoi ressemblait concrètement une opération mathématique ?

  19. Intervenant 1

    Alors, le climat intellectuel de l'époque est en pleine mutation. En Europe, on traverse une phase de transition assez délicate concernant l'écriture même des nombres.

  20. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  21. Intervenant 1

    On n'écrivait pas les nombres comme aujourd'hui ?

  22. Intervenant 2

    L'usage des chiffres indo-arabes, c'est-à-dire le système de position avec les symboles de 0 à 9 qu'on utilise tous, c'est pas encore le standard absolu partout.

  23. Intervenant 1

    Ah d'accord.

  24. Intervenant 2

    Ça fait quelques siècles qu'ils ont été introduits par des savants comme Fibonacci, mais l'inertie culturelle est colossale. Pour beaucoup de marchands qui ont l'habitude de glisser des jetons sur des abacs ou d'utiliser les chiffres romains, le système de positionnement, c'est un concept extrêmement abstrait.

  25. Intervenant 1

    J'essaie de me mettre à leur place et c'est vrai que le changement de paradigme est super brutal. Enfin, avec les chiffres romains, si on veut ajouter de la valeur, on accole simplement des symboles l'un à côté de l'autre.

  26. Intervenant 2

    Voilà, c'est additif.

  27. Intervenant 1

    C'est presque palpable quoi. Alors qu'avec le nouveau système, la valeur intrinsèque du chiffre 4, par exemple, elle change du tout au tout selon qu'il est placé à la fin, au milieu ou au début du nombre.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Et l'apparition du zéro, qui marque le vide, ça demande une abstraction radicalement nouvelle pour l'époque. Le saut conceptuel est gigantesque.

  29. Intervenant 1

    J'imagine que ça ne s'est pas fait du jour au lendemain ?

  30. Intervenant 2

    Ah ben non. À tel point qu'à cette époque, il fallait éditer et publier des manuels volumineux, des véritables traités didactiques, uniquement pour enseigner à des adultes comment lire et écrire ces nouveaux nombres.

  31. Intervenant 1

    Ah ouais, des tutos version papier quoi !

  32. Intervenant 2

    C'est un peu ça. Et surtout pour expliquer comment poser les opérations de base sur du papier. L'idée même d'utiliser une plume, de l'encre et du papier pour faire de l'arithmétique, ça remplace très très progressivement le calcul manuel avec des jetons en plomb.

  33. Intervenant 1

    Donc on a des marchands, des comptables et des savants qui doivent apprivoiser ce nouveau langage de l'écrit. Mais du coup, si on veut multiplier de gros montants pour gérer des cargaisons de navires ou je ne sais pas, pour calculer la trajectoire d'une comète, on ne peut plus juste empiler des jetons.

  34. Intervenant 2

    Ah non, ce n'est plus possible.

  35. Intervenant 1

    Alors on se tourne vers quoi ?

  36. Intervenant 2

    Vers ces fameux manuels de la Renaissance.

  37. Intervenant 1

    Précisément. Et le manuel de référence, le vrai best-seller incontesté à la fin du 15e et au 16e siècle, il est signé Luca Pacioli.

  38. Intervenant 2

    Lucas

  39. Intervenant 1

    Pacioli, ok. Ouais, il publie en 1494 une somme monumentale. Ça s'appelle la Summa de Aritmetica. En gros, c'est l'encyclopédie des connaissances mathématiques de son temps.

  40. Intervenant 2

    Un beau pavé.

  41. Intervenant 1

    Un énorme pavé. Et Pacioli, il détaille méticuleusement la méthode reine pour poser une multiplication complexe. C'est la méthode dite pergelousia. Pergelousia.

  42. Intervenant 2

    Par jalousies. Le terme évoque directement l'architecture, en fait.

  43. Intervenant 1

    Ah, c'est marrant.

  44. Intervenant 2

    Ben oui, on parle bien de ces volets, les fameuses jalousies vénitièmes avec leurs lattes obliques en bois qui laissent entrer l'air tout en masquant l'intérieur des maisons.

  45. Intervenant 1

    Ouais.

  46. Intervenant 2

    J'imagine qu'il y a un lien direct avec la forme géométrique que prend le calcul sur la feuille du coup.

  47. Intervenant 1

    La ressemblance visuelle est frappante, ouais. C'est pour ça que la méthode porte ce nom. C'est une technique de calcul qui s'appuie intégralement sur le tracé d'une grille.

  48. Intervenant 2

    D'accord, une grille. Admettons qu'on veuille calculer la multiplication de 987 par 987. C'est d'ailleurs l'exemple que propose Luca Pacioli dans son livre. Bah on ne l'écrit pas l'un au-dessus de l'autre comme on l'enseigne dans les écoles primaires modernes.

  49. Intervenant 1

    Ah bon ? On fait comment alors ?

  50. Intervenant 2

    On commence par de l'art dramatique. Enfin plutôt de l'art du dessin quoi.

  51. Intervenant 1

    Ok, donc on sort la règle, l'équerre et la plume. On a deux nombres de trois chiffres chacun. Je déduis qu'on trace d'abord un grand carré.

  52. Intervenant 2

    C'est ça.

  53. Intervenant 1

    Et on le divise scrupuleusement en trois colonnes et trois lignes. Ce qui nous donne neuf petites cases pour commencer.

  54. Intervenant 2

    C'est le canevas de base, voilà. Et ensuite, c'est là qu'interviennent les fameuses jalousies. Dans chacune de ces neuf cases carrées, on doit tracer avec précision une ligne diagonale.

  55. Intervenant 1

    Dans chaque case ?

  56. Intervenant 2

    Dans chaque case. On part du coin inférieur gauche pour aller systématiquement vers le coin supérieur droit.

  57. Intervenant 1

    Ok, je visualise bien la grille avec plein de barres obliques.

  58. Intervenant 2

    Une fois ce quadrillage complexe terminé, on inscrit le premier nombre, 987, au-dessus du tableau. On aligne un chiffre par colonne. Et on écrit le second nombre, 987, sur le flanc droit du tableau, de haut en bas, un chiffre par ligne.

  59. Intervenant 1

    Jusque-là, la mise en place géométrique se tient. Mais là où je risque de m'emmêler les pinceaux en visualisant la scène, c'est pour l'étape du remplissage.

  60. Intervenant 2

    C'est l'étape cruciale.

  61. Intervenant 1

    Bah oui, si on prend la case en haut à gauche de notre grand carré, elle correspond au croisement du 9 de la colonne du haut et du 9 de la ligne de droite. On fait l'opération élémentaire, 9 x 9, ça donne 81.

  62. Intervenant 2

    Absolument.

  63. Intervenant 1

    Mais notre petite case, elle est physiquement coupée en deux par la fameuse diagonale oblique qu'on vient de tracer. Donc je mets le 8 de quel côté ? Et le 1, je le mets où ?

  64. Intervenant 2

    Alors là, la convention spatiale est d'une rigidité totale. C'est d'ailleurs ce qui garantit que la méthode soit infaillible. Si on ne s'y trompe pas, bien sûr.

  65. Intervenant 1

    Ce qui est vite arrivé,

  66. Intervenant 2

    j'imagine. Très vite. La règle, c'est premier chiffre, le chiffre des dizaines va obligatoirement dans la moitié inférieure gauche de la case, sous la diagonale.

  67. Intervenant 1

    Ok, dizaine en bas.

  68. Intervenant 2

    Et le chiffre des unités, lui, il est consigné dans la moitié supérieure droite, donc au-dessus de la ligne diagonale. Pour placer le nombre au 81, le 8 s'écrit en bas et le 1 se perche en haut.

  69. Intervenant 1

    Attendez, je suis en train d'imaginer le geste et je réalise l'intense gymnastique mentale que ça exige de la part du calculateur.

  70. Intervenant 2

    Ah, ça demande une sacrée concentration.

  71. Intervenant 1

    Mais rien que pour placer ces deux chiffres, il faut violemment lutter contre notre sens de lecture habituel. On a l'habitude d'écrire de gauche à droite ou de haut en bas.

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