
1 déc. 2025 · 19 min
Source céleste : comment la Chine médiévale pensait le négatif
Dans cet épisode audio, suivez Li Ye des surfaces à l’équation, puis comparez sa méthode à celle de Yang Hui face aux coefficients négatifs.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment une immense joie d'ouvrir cette nouvelle exploration aujourd'hui.
Intervenant 2
Salut Evelyne. Ouais, et je suis hyper enthousiaste pour le programme qu'on a.
Intervenant 1
Ah, il y a de quoi. Parce qu'on a tous en tête cette fameuse recherche de l'inconnu. Tu sais, le célébrissime petit
Intervenant 2
x. Le fameux. Le cauchemar de pas mal de collégiens, en fait.
Intervenant 1
C'est ça. Souvent, avouons-le, on imagine ça comme un exercice scolaire un peu rébarbatif quoi. Une lettre froide, anonyme, juste jetée à la craie sur un tableau noir par pure convention.
Intervenant 2
Ouais, un truc super clinique en
Intervenant 1
fait. Totalement. Mais que dirait-on si cet inconnu, ce petit X, recelait une profondeur complètement insoupçonnée ?
Intervenant 2
Ah, ça pour le coup, c'est la promesse de notre source du jour.
Intervenant 1
Exactement. Imagine si, au lieu d'une simple lettre, cette recherche était intimement liée à la philosophie taoïste, à la cosmologie, et même, tiens-toi bien, au centre névralgique d'un plateau de jeu de
Intervenant 2
Go. C'est fou de se dire ça. Et du coup, l'objectif de cette plongée dans nos sources, et plus particulièrement dans cet article fascinant sur l'établissement des équations polynomiales, c'est vraiment de voyager dans le temps. On part où alors ? On part pour la Chine, sous les dynasties Song et Yuan, donc autour du XIIIe siècle.
Intervenant 1
D'accord, un sacré bond en arrière.
Intervenant 2
Ouais. Notre mission aujourd'hui, c'est de décortiquer comment des mathématiciens d'exception ont inventé des stratégies inouïes pour résoudre des problèmes complexes.
Intervenant 1
Des stratégies qui passent par la géométrie au début, non ?
Intervenant 2
Tout à fait. On va retracer leur passage d'une géométrie très visuelle, très concrète, vers l'abstraction pure de l'algèbre.
Intervenant 1
Et surtout, on va voir comment ils ont affronté un concept terrifiant pour l'époque, les nombres négatifs.
Intervenant 2
Le fameux mur des nombres négatifs. Mais avant d'en arriver là, il y a une étape fondatrice.
Intervenant 1
Oui, parce que pour comprendre comment ces savants posaient leurs équations, il faut d'abord regarder la manière dont ils nommaient ce qu'ils cherchaient.
Intervenant 2
Exactement. L'approche, elle est profondément philosophique, en fait, avant même de devenir calculatoire.
Intervenant 1
Dans nos sources, on parle d'une méthode au nom magnifique, la méthode de la source céleste.
Intervenant 2
C'est poétique. En chinois, cette méthode, elle se nomme le tian yuan. Et ce terme n'a vraiment rien d'une étiquette arbitraire comme notre X moderne.
Intervenant 1
Non, ça va chercher beaucoup plus loin.
Intervenant 2
Oui, ça fait directement référence aux entités agissantes du taoïsme. Faut savoir que dans les systèmes d'équations les plus poussés de cette époque, on pouvait chercher jusqu'à quatre inconnues différentes.
Intervenant 1
Quatre inconnus ? Ah oui, quand même !
Intervenant 2
Et pour les nommer, les mathématiciens utilisaient les quatre piliers cosmologiques. Le ciel, tienne, la terre, dit, l'homme, rône et les choses, où.
Intervenant 1
Franchement, il y a une poésie vertigineuse là-dedans. Au lieu de chercher des variables muettes genre A, B, C, D, on cherche littéralement la part du ciel, la part de la terre et la place de l'homme dans un problème géométrique.
Intervenant 2
C'est ça. Ça donne une toute autre dimension au calcul.
Intervenant 1
C'est grandiose. Mais le terme Yuan, il ajoute encore une autre couche de
Intervenant 2
mystère, non ? Complètement. Le mot Yuan, ça signifie la source ou l'origine. Et c'est lui qui désigne l'inconnu principal. Mais le truc dingue, c'est que c'est aussi le nom spécifique qu'on donne à l'intersection centrale sur un plateau de jeu de go.
Intervenant 1
Attends, le jeu avec les pierres noires et blanches ?
Intervenant 2
Exactement. Et il faut vraiment se replonger dans le contexte de l'époque. Ces tables de jeu, qui étaient quadrillées de manière extrêmement rigoureuse, elles servaient aussi à des pratiques de divination.
Intervenant 1
Ah d'accord ! Donc, trouver la valeur de l'inconnu, cette fameuse source, c'était pas juste un petit calcul de coin de table ?
Intervenant 2
Non, pas du tout. C'était presque un acte de révélation, tu vois. Une manière de déchiffrer une vérité cosmique qui serait cachée au centre du plateau.
Intervenant 1
C'est incroyable ! Si on compare ça à nos habitudes modernes, notre mathématique, elle paraît hyper clinique pour le coup.
Intervenant 2
Très sèche, ouais.
Intervenant 1
Chercher la source céleste en s'inspirant d'un plateau divinatoire, ça donne à une bête équation une dimension épique. C'est comme une quête mystique vers le centre de l'univers.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça. Et ce qui est d'autant plus bluffant, c'est que ce n'était pas juste une espèce de vague idée de philosophe isolée dans son coin.
Intervenant 1
C'était une vraie technique.
Intervenant 2
C'était une méthode algébrique redoutable, extrêmement structurée. Elle a d'ailleurs dominé les mathématiques de toute l'Asie orientale.
Intervenant 1
C'est ce qu'on voit dans les textes, oui.
Intervenant 2
On la retrouve formalisée chez des géants de l'époque, genre Liyé, au milieu du XIIIe siècle, qui publie des traités avec des noms géniaux, comme le « Miroir marin des mesures du cercle ».
Intervenant 1
J'adore ces titres.
Intervenant 2
C'est autre chose que Manuel de Mathématiques, classe de troisième. Et un peu plus tard, en 1303, le mathématicien Zhu Shijie publie « Le miroir précieux des quatre inconnus ».
Intervenant 1
Et c'est précisément ce livre qui va, quelques siècles plus tard, voyager jusqu'au Japon, c'est bien ça ?
Intervenant 2
Exactement. Et c'est là que la puissance de cette notation prend tout son sens.
Intervenant 1
Elle a carrément fondé une nouvelle école mathématique à l'étranger ?
Intervenant 2
Ouais. Le succès au Japon a été retentissant, on est au XVIIe siècle. La méthode a été tellement étudiée et perfectionnée, d'ailleurs par des savants comme Sekita Kakazu, que l'école japonaise d'algèbre traditionnelle a carrément pris le nom de Tengen.
Intervenant 1
Tengen.
Intervenant 2
C'est tout simplement la prononciation japonaise des caractères Tianyuan.
Intervenant 1
Ah ouais, c'est logique !
Intervenant 2
Cette notation était tellement puissante qu'elle permettait de structurer des calculs que les mathématiciens européens, à la même époque, y peinaient encore à formuler.
Intervenant 1
Mais du coup, parce qu'il y a un truc qui me chiffonne. Il y a un gouffre entre nommer une inconnue de manière super poétique et résoudre réellement un problème polynomial complexe.
Intervenant 2
C'est là qu'on rentre dans le dur.
Intervenant 1
Parce qu'à l'époque des sangles, ils n'avaient pas de cahiers quadrillés ni de stylos pour gribouiller des équations à rallonge. Comment ils faisaient concrètement pour manipuler cette source céleste Dao ?
Intervenant 2
La pratique passait par des outils physiques très, très sophistiqués. Avant que l'algèbre ne devienne purement abstraite, tu vois, la résolution reposait sur une procédure qu'on appelait Tiao Duan.
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