
17 oct. 2023 · 23 min
Losange : du « carré penché » aux pavages
Dans cet épisode, partez du « carré penché », corrigez cette intuition, puis suivez les propriétés du losange jusqu’aux pavages et aux figures emboîtées.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut Sam, je suis super ravie d'être là pour cette nouvelle exploration.
Intervenant 1
Et aujourd'hui, on part pour une immersion vraiment fascinante. On s'attaque à un article qui s'appelle « du rhomb au losange ».
Intervenant 2
Un très bel article.
Intervenant 1
Et en fait, notre mission du jour, c'est de déconstruire un truc que tout le monde croit connaître sur le bout des doigts, le fameux losange.
Intervenant 2
C'est vrai qu'on a l'impression que c'est la forme la plus basique du monde.
Intervenant 1
Bah oui, demander à n'importe quel gamin, n'importe quel écolier, de dessiner un losange, la réponse est immédiate. Il trace un carré, il penche un peu la tête et il dessine la figure sur une de ses pointes.
Intervenant 2
Et il te dit que c'est un carré penché, voilà.
Intervenant 1
C'est ça, c'est genre une réaction presque instinctive. Mais mathématiquement parlant, cette petite inclinaison, elle cache une véritable guerre, une guerre de définition.
Intervenant 2
Et une guerre qui dure depuis longtemps en plus.
Intervenant 1
Plus de 2000 ans, depuis Euclide en fait. Et on va vite voir que l'orientation d'une figure sur une feuille de papier, c'est juste une illusion ultra-puissante.
Intervenant 2
Totalement. Cette illusion visuelle, elle est tenace et elle est universelle en fait. Notre cerveau, il associe toujours la forme à la gravité.
Intervenant 1
Ah, la gravité terrestre carrément.
Intervenant 2
Mais oui, la gravité qu'on perçoit autour de nous, on imagine toujours le carré sagement posé sur sa base horizontale.
Intervenant 1
Ouais, ça fait solide, genre les fondations d'une maison.
Intervenant 2
Exactement. C'est synonyme de stabilité. Alors que le losange, à l'inverse, on le voit en équilibre précaire sur sa pointe. Comme, je sais pas, un cerf-volant prêt à décoller ou un diamant suspendu.
Intervenant 1
C'est super poétique, mais c'est faux mathématiquement.
Intervenant 2
C'est complètement faux. La définition rigoureuse d'un quadrilatère, elle se moque éperdument de la gravité. Ou de l'angle sous lequel tu tournes ton cahier.
Intervenant 1
L'essence de la figure ne change pas.
Intervenant 2
Voilà. L'essence de la forme réside dans la relation entre ses éléments internes, pas dans son rapport au monde extérieur.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Déjà, si on oublie l'inclinaison, il faut s'intéresser aux mots.
Intervenant 2
L'étymologie, oui.
Intervenant 1
Le terme originel, qu'on retrouve dans l'article, c'est le « rhomb ». D'où ça vient ce mot étrange, avant de finir dans nos manuels de géométrie abstrates ?
Intervenant 2
Bah, ça tire ses racines du grec ancien, le mot « rhombos ». Et le truc fou, c'est que ça ne désignait pas du tout une forme dessinée dans le sable.
Intervenant 1
Attends, vraiment ? C'était quoi alors ?
Intervenant 2
C'était un objet physique, un objet dynamique. En fait, le romb était un instrument rituel. Une petite planchette de bois, taillée en pointe, qu'on attachait à une cordelette.
Intervenant 1
Ok. Et on en faisait quoi de cette planchette ?
Intervenant 2
On la faisait tournoyer frénétiquement dans les airs, au-dessus de la tête. Et ça produisait un bourdonnement sourd, un son presque magique.
Intervenant 1
Ah ouais, un instrument à vent en
Intervenant 2
gros ? C'est ça. Et en tournoyant, cet objet dessinait visuellement cette fameuse forme profilée dans l'espace.
Intervenant 1
C'est fou de réaliser qu'une notion géonétrique aussi… bah… aussi statique aujourd'hui, elle prenne racine dans un mouvement rotatif. Ce
Intervenant 2
qui est fascinant ici, c'est que la science contemporaine a d'ailleurs conservé cet héritage.
Intervenant 1
Avec quel mot ?
Intervenant 2
Avec l'adjectif « rhombique ». C'est un terme indispensable aujourd'hui en cristallographie, tu sais, pour décrire les mailles microscopiques de certains minéraux.
Intervenant 1
D'accord, donc on a l'origine du mot. Mais pourtant, quand on cherche la première vraie tentative de classification stricte de cette figure…
Intervenant 2
On tombe inévitablement sur Euclide.
Intervenant 1
Voilà, le livre 1 des éléments d'Euclide. Et c'est là que les colliers qui parlent de carré penché trouvent un allié de poids assez inattendu.
Intervenant 2
Et pas n'importe quel allié.
Intervenant 1
Parce que Euclide, si on se fie à la définition 22, celle traduite par le chercheur Bernard Wittrach, il est d'une rigidité absolue.
Intervenant 2
Oui, la géométrie antique, ça fonctionnait par compartimentage strict. C'était très influencé par des idéaux pureté.
Intervenant 1
Chaque forme dans sa case.
Intervenant 2
Exactement. Dans cette fameuse définition, Euclide commence par le carré. Il dit que c'est la figure qui est à la fois équilatérale.
Intervenant 1
Donc les quatre côtés de même longueur.
Intervenant 2
Oui. équilatéral et rectangle, c'est-à-dire doté de quatre angles droits. Ensuite, il définit l'oblongue.
Intervenant 1
Ce qu'on appelle, nous, le rectangle, du
Intervenant 2
coup ? C'est ça. Il a les angles droits, mais ses côtés sont inégaux. Et enfin, il arrive à notre fameux losange.
Intervenant 1
Et alors, le verdict de Clyde ?
Intervenant 2
Pour lui, le losange est la figure qui est équilatérale, mais, et je le cite, « non rectangle ».
Intervenant 1
Non rectangle. Donc l'adverbe de négation est carrément au cœur de son identité.
Intervenant 2
C'est ça. S'il a des angles droits, ce n'est pas un losange pour Euclide.
Intervenant 1
C'est fou. C'est comme si, enfin, c'est l'analogie classique du physionomiste à l'entrée d'une boîte de nuit géométrique ultra-sélect, tu vois.
Intervenant 2
Ah oui, le club des losanges.
Intervenant 1
Voilà, le carré se présente à la porte, avec ses quatre côtés égaux, et le videur, Euclide, lui barre la route en disant « désolé mec, tes angles sont trop parfaits, tu es beaucoup trop droit pour entrer ».
Intervenant 2
C'est tout à fait ça.
Intervenant 1
Ici, on exige des angles obliques, on veut du penché. Bref, c'est une méthode de classification super exclusive.
Intervenant 2
Selon cette logique antique, un carré n'est donc pas un losange. Point final. Les deux espèces ne se croisent jamais.
Intervenant 1
Ce qui est quand même contre-intuitif pour nous aujourd'hui.
Intervenant 2
Oui, mais cette exclusivité illustre parfaitement la pensée philosophique de l'époque. Chaque forme devait posséder son propre domaine immuable.
Intervenant 1
Mais du coup, comment on en est arrivé à la définition « moderne » ? Parce qu'aujourd'hui, on ne dit plus ça.
Intervenant 2
Eh bien, la géométrie moderne, en particulier avec la formalisation de la théorie des ensembles au XIXe et XXe siècle, a totalement renversé cette table.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Au lieu de séparer les formes par leurs différences, elle a décidé de les grouper par leurs ressemblances.
Intervenant 1
Donc on cherche ce qui les rassemble.
Intervenant 2
Exactement. La définition contemporaine du losange est devenue redoutable de simplicité. C'est un polygone plat et fermé, possédant quatre côtés de même longueur.
Intervenant 1
Et la règle sur les angles ?
Intervenant 2
La condition sur la nature des angles a tout bonnement été effacée du contrat. Ah
Intervenant 1
ouais ?
Intervenant 2
Ce qui veut dire que le carré devient un cas particulier en fait, une sous-catégorie.
Intervenant 1
C'est ça, un membre à part entière.
Intervenant 2
C'est un losange qui a eu le privilège de s'offrir quatre angles droits, en plus de ses côtés égaux. Il a obtenu un statut VIP au sein même du club des losanges.
Intervenant 1
Et c'est un changement majeur. Mais concrètement, pourquoi les mathématiciens ont opéré ce changement de paradigme ? Je veux dire, en quoi cette philosophie de l'inclusion est plus efficace pour la science ?
Intervenant 2
L'inclusion, ça permet un mécanisme fondamental en mathématiques. L'héritage des propriétés.
Intervenant 1
L'héritage, d'accord.
Intervenant 2
Si le carré est officiellement reconnu comme un membre de la famille des losanges, alors absolument tous les théorèmes et toutes les formules que nous allons découvrir sur le losange s'appliqueront automatiquement…
Intervenant 1
Ah, au carré aussi !
Intervenant 2
Oui, et sans aucun effort supplémentaire. Pas besoin de redémontrer quoi que ce soit,
Intervenant 1
C'est une économie de pensée magistrale, ça.
Intervenant 2
C'est le mot. Ça permet de bâtir des édifices conceptuels immenses sur des fondations très simples.
Intervenant 1
Et justement, puisqu'on parle des théorèmes qui s'appliquent, regardons ce qui fait l'ADN profond de ce quadrilatère.
Intervenant 2
Très bien, on rentre dans le vif du sujet.
Intervenant 1
Si on dessine mentalement un losange ABCD. Bon, on a bien nos quatre arêtes égales. Mais j'ai l'impression que le vrai secret de la figure,
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