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29 juin 2026 · 5 min

Archimède : l’enquête sur le feuillet retrouvé à Blois

L’épisode suit les indices de 1906 qui ont permis d’identifier à Blois un feuillet perdu d’Archimède, puis explore le texte encore masqué par une peinture.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue à toutes et à tous pour cette nouvelle exploration, c'est le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui on va parler d'un truc fascinant. Imaginez un instant découvrir les pensées perdues d'Archimède, le plus grand mathématicien de l'antiquité, le tout caché sous la peinture un peu grossière d'une fosse en lumineur moderne.

  2. Intervenant 2

    C'est ça, le mythe de la géométrie pure et intouchable, il en prend un sacré coup. En fait, la réalité historique est souvent bien plus chaotique que ça.

  3. Intervenant 1

    Complètement. Du coup, aujourd'hui, on plonge dans une enquête vraiment dingue où un texte qu'on croyait disparu depuis 1906 refait surface de manière spectaculaire en 2025. On a des moines gratteurs de parchemin, des faussaires et des accélérateurs de particules.

  4. Intervenant 2

    Oui, c'est un vrai polar et tout part d'une espèce de blague de chercheur en fait. En 2025, Victor Gisberg se mit en tête de chercher, presque par hasard, un manuscrit rare sur le catalogue numérique Arca. Il regarde du côté de la bibliothèque de Blois et là, surprise totale. Il

  5. Intervenant 1

    tombe sur quoi exactement ?

  6. Intervenant 2

    Il reconnaît des figures géométriques très spécifiques. En fait, il venait de retrouver le fameux feuillet numéro 123 du palimpseste d'Archimède.

  7. Intervenant 1

    Attends, comment un traité de mathématiques grecque du Xe siècle peut se retrouver tranquillement caché dans un catalogue à Blois ?

  8. Intervenant 2

    Le recyclage. À Constantinople, au Xe siècle, un copiste transcrit Archimède. Mais la peau animale, c'est une ressource extrêmement rare et chère. Donc, 200 ans plus tard, un moine qui a désespérément besoin d'écrire un livre de prière, il prend ce manuscrit, gratte l'encre, tourne la page à 90 degrés et écrit par-dessus.

  9. Intervenant 1

    Ah oui, c'est le principe même du palimpseste, en fait.

  10. Intervenant 2

    Exactement.

  11. Intervenant 1

    Ça me rappelle, tu sais, les vieilles cassettes audio familiales où on enregistrait une émission de radio par-dessus un anniversaire parce qu'on manquait de bande. Le support physique primait vraiment sur le contenu intellectuel, quoi.

  12. Intervenant 2

    C'est une super comparaison. Sauf que là, au Moyen Âge, l'encre s'incrustait profondément dans le parchemin. Les mathématiques restaient donc là, en filigrane, sous les prières.

  13. Intervenant 1

    D'accord. Mais si le texte était toujours visible en filigrane, pourquoi on l'a perdu de vue pendant plus d'un siècle après sa première redécouverte en 1906 ?

  14. Intervenant 2

    Pour des raisons bassement vénales. Au XXe siècle, un propriétaire a eu l'idée brillante d'ajouter une enlignure du prophète Daniel sur la face cachée. Son seul but, c'était d'augmenter le prix de revente en faisant passer ça pour une œuvre d'art ancienne. Non

  15. Intervenant 1

    mais quel gâchis !

  16. Intervenant 2

    Abel et Matt ont été littéralement étouffés sous une couche de peinture moderne.

  17. Intervenant 1

    Et comment on arrive à lire à travers la peinture aujourd'hui du coup ?

  18. Intervenant 2

    Pas avec nos yeux en tout cas. La science utilise d'abord l'imagerie multispectrale, mais le vrai tour de force repose sur un synchrotron. C'est un accélérateur de particules géant qui produit des rayons X extrêmement intenses pour bombarder le manuscrit.

  19. Intervenant 1

    Attends, je t'arrête. Un rayon X, ça va juste traverser le parchemin, non ? Comment on fait la différence entre la peinture du faussaire et le texte médiéval en dessous ?

  20. Intervenant 2

    La clé, c'est la chimie. L'encre médiévale contenait du fer. La peinture moderne du faussaire, elle, n'en contient absolument pas. Donc les rayons X vont faire réagir uniquement les atomes de fer.

  21. Intervenant 1

    Ah, bien vu !

  22. Intervenant 2

    Ouais. Et ensuite, un algorithme détecte et cartographie ce fer, redessinant trait pour trait le texte du 10e siècle.

  23. Intervenant 1

    C'est quand même fou ! On mobilise des algorithmes de pointe et un accélérateur de particules immense, tout ça pour réparer les dégâts d'un arnaqueur qui voulait juste se faire un billet.

  24. Intervenant 2

    Mais ça en valait la peine. Sous la peinture, on a pu déchiffrer les propositions 39 à 41 du traité de la sphère et du cylindre. Archimède, il démontre que le volume d'un cylindre vaut exactement une fois et demie celui de la sphère inscrite à l'intérieur.

  25. Intervenant 1

    Sans équation. Enfin, je veux dire, comment il démontre ça sans notre algèbre moderne ?

  26. Intervenant 2

    Il s'appuie sur la fameuse méthode d'exhaustion, qui avait été formalisée par Eudox Deucnide. Le principe est brillant. Il place une sphère et il l'encadre avec des pyramides polygonales.

  27. Intervenant 1

    D'accord, donc une à l'intérieur et une autre à l'extérieur, c'est ça ?

  28. Intervenant 2

    C'est ça. Et ensuite, il multiplie les faces de ces pyramides à l'infini. Et par un raisonnement, par l'absurde, il prouve que le volume du cylindre ne peut être ni plus grand ni plus petit.

  29. Intervenant 1

    J'adore cette image. C'est littéralement un étau géométrique en fait. Il resserre l'étau autour de la sphère jusqu'à écraser tout espace vide pour coincer la vérité.

  30. Intervenant 2

    Voilà la véritable prouesse. Sans utiliser nos notations actuelles, il invente l'ancêtre du calcul intégral. C'est d'une pureté et d'une logique implacable.

  31. Intervenant 1

    C'est ce qui rend cette histoire si marquante pour ceux qui nous écoutent je trouve. Ça illustre vraiment la résilience incroyable des idées fondamentales face au temps.

  32. Intervenant 2

    Et le suspense reste entier. Il manque encore deux feuillets de ce manuscrit dans le monde. Ils prennent peut-être la poussière dans un carton au fond d'un grenier en ce moment même.

  33. Intervenant 1

    Ce qui m'amène à une réflexion finale un peu vertigineuse. Si un moine du XIIe siècle a jugé bon d'effacer les idées d'Archimède pour faire un peu de place, quelle connaissance inestimable sommes-nous peut-être en train d'écraser aujourd'hui sur nos propres serveurs par simple manque d'espace de stockage numérique ?

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