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17 oct. 2023 · 15 min

Les irrationnels sont-ils vraiment des nombres ?

Cet épisode suit les étapes d’un débat séculaire : pourquoi des racines comme √2, exactes mais incommensurables, ont-elles si longtemps embarrassé les mathématiciens ?

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde, très heureuse d'être là pour cette nouvelle plongée mathématique.

  3. Intervenant 1

    Alors aujourd'hui, on va aborder un sujet, disons un mystère du quotidien. Imaginons un instant un objet super banal, une calculatrice. Ouais, le truc qu'on a tous sur nos téléphones quoi. Exactement, on tape le chiffre 2, puis bam, on appuie sur la touche racine carré. Et là, l'écran affiche 1,4, 1,4 et ainsi de suite jusqu'au bord de l'écran.

  4. Intervenant 2

    Visuellement, c'est net. On a l'impression que c'est fini, que c'est totalement maîtrisé par la machine.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Sauf que la réalité, c'est que derrière ce tout dernier chiffre sur l'affichage LCD se cache un véritable monstre conceptuel.

  6. Intervenant 2

    Ah bah carrément ! Un concept qui a provoqué en fait l'une des plus grandes crises existentielles de toute l'histoire des mathématiques.

  7. Intervenant 1

    Et c'est justement notre mission aujourd'hui. On va plonger au cœur des archives historiques et des dossiers du magazine Tangente. Pour comprendre pourquoi. Pourquoi ce résultat, qui est juste impossible à écrire complètement, a rendu fous les plus grands esprits.

  8. Intervenant 2

    Parce qu'on a l'habitude de compter avec des nombres entiers, tu vois. Un, deux, trois, ça c'est tangible.

  9. Intervenant 1

    Ouais, je peux compter mes pommes, pas de souci.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Mais que se passe-t-il quand la réalité physique nous impose une quantité qui refuse de rentrer dans nos cases ? Le mot crise n'est vraiment pas exagéré.

  11. Intervenant 1

    Ah ouais ? À ce point-là ?

  12. Intervenant 2

    Ah mais totalement ! Le matériel source qu'on va regarder montre que l'acceptation de ces valeurs, ces fameuses racines qui ne tombent pas justes, c'était pas juste une petite dispute académique de salon.

  13. Intervenant 1

    C'était quoi alors ?

  14. Intervenant 2

    C'était une remise en question absolue de l'essence même de ce qu'est un nombre. Il y a eu des siècles de débats, de dénis, de contorsions philosophiques incroyables.

  15. Intervenant 1

    Juste pour qu'on accepte de les appeler des nombres irrationnels ?

  16. Intervenant 2

    C'est ça. Avant, ils étaient vraiment vus comme une anomalie terrifiante. Un truc qui menaçait de faire s'effondrer toute la logique mathématique.

  17. Intervenant 1

    D'accord, décortiquons un peu tout ça parce que c'est fascinant. On imagine souvent les maths comme une science parfaite figée depuis le début.

  18. Intervenant 2

    Ouais, alors que pas du tout en fait.

  19. Intervenant 1

    Ben non.

  20. Intervenant 2

    Pour comprendre la violence du choc, faut qu'on s'immerge au XVIe siècle, en pleine Renaissance. Nos sources mettent en avant un type assez étonnant pour incarner ce doute, Jacques Pelletier-Dumont.

  21. Intervenant 1

    Ah, Pelletier.

  22. Intervenant 2

    1554. C'est ça.

  23. Intervenant 1

    Et ce qui est fou, c'est qu'il n'est pas seulement un mathématicien qui sort un traité d'algèbre. C'est un humaniste, un poète. Il était membre de la Pléiade avec Ronsal et Dubelet.

  24. Intervenant 2

    Et c'est justement cet esprit très littéraire qui va se poser une question mais d'une profondeur inouïe. Il se demande très sérieusement si ces fameux irrationnels méritent le statut de nombre. Ils

  25. Intervenant 1

    bloquent complètement

  26. Intervenant 2

    quoi. Ils bloquent parce que, regarde comment on voyait les maths à l'époque. Les fractions, genre un demi ou trois quarts, ça passait crème.

  27. Intervenant 1

    Oui, c'est rationnel. On découpe une tarte, on visualise très

  28. Intervenant 2

    bien. Exactement. Mais la racine carrée de deux. Pelletier va utiliser une expression magnifique et terrible à la fois. Il les appelle des racines sourdes.

  29. Intervenant 1

    Des racines sourdes ? J'adore cette expression. Mais il faut qu'on explique ça. Pourquoi sourdes ? Qu'est-ce que le son vient faire dans l'algèbre du XVIe siècle ?

  30. Intervenant 2

    Eh bien, l'origine de ce terme révèle vraiment le blocage cognitif de l'époque. Pelletier explique que ces valeurs n'ont aucune proportion commune avec les nombres réguliers.

  31. Intervenant 1

    Ok, on ne peut pas les comparer, c'est ça ?

  32. Intervenant 2

    Voilà. On ne peut les évoquer que par des circonlocutions. Et son argument massue, je le cite, c'est qu'en les prononçant, on n'entend point quels ils sont.

  33. Intervenant 1

    Ah, d'accord.

  34. Intervenant 2

    Tu vois, si je te dis le mot « trois », ton cerveau visualise directement trois objets. L'essence de la quantité est dans le mot.

  35. Intervenant 1

    Ouais, c'est immédiat.

  36. Intervenant 2

    Mais si je dis racine carrée de 2, le langage ne reflète aucune quantité saisissable. Ça décrit juste une opération à

  37. Intervenant 1

    faire. Ah

  38. Intervenant 2

    oui. La résonance entre le nom et la réalité physique est totalement rompue.

  39. Intervenant 1

    C'est exactement

  40. Intervenant 2

    ça. D'où le terme « sourd ».

  41. Intervenant 1

    C'est brillant comme distinction. Si je dis, je sais pas, la moitié d'une pomme, on voit tous la même chose. Mais si je dis la racine carrée de deux pommes, le cerveau fait un écran bleu complet.

  42. Intervenant 2

    C'est clair, le langage échoue.

  43. Intervenant 1

    Donc en gros, à l'époque, les mathématiques sont comme un club VIP super strict. Les nombres entiers, ils sont sur la liste des invités. Mais les irrationnels, c'est des intrus qu'on n'arrive même pas à nommer à l'entrée. Si je peux pas le nommer précisément, c'est pas un nombre.

  44. Intervenant 2

    C'est tout son dilemme. Et ce qui est fascinant ici, c'est que Pelletier, malgré tout son dégoût pour ses valeurs, il est obligé de capituler sur le plan utilitaire.

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