
19 avr. 2021 · 22 min
Géométrie cartésienne : quand les figures deviennent équations
Dans cet épisode, suivez le passage des constructions grecques aux coordonnées de Descartes et découvrez comment les équations ont transformé la géométrie.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginons une seconde, essayez de multiplier de simples nombres. Et là, paf, la réalité gagne d'un coup une dimension physique.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux cauchemar des dimensions.
Intervenant 1
Exactement. On multiplie deux longueurs avec une bête règle en bois, et pouf, on se retrouve avec une surface rectangulaire entre les mains. On en multiplie trois, on obtient un bloc, un volume. Et si on a le malheur de vouloir en multiplier quatre,
Intervenant 2
L'univers mathématique s'effondre tout simplement.
Intervenant 1
Voilà, ça n'a plus aucun sens spatial. La quatrième dimension n'existe pas dans le monde physique. Et ce cauchemar conceptuel, c'était vraiment le quotidien des savants du 17ème siècle, non ?
Intervenant 2
Complètement. C'était la grande barrière de l'époque en fait. Une frontière qu'on pensait infranchissable. Parce que d'un côté, on avait l'algèbre qui commençait tout juste à jongler avec des lettres, des équations un peu vertigineuses. Ouais. Et de l'autre côté, la géométrie, elle, restait figée dans les formes physiques. Elle était totalement ancrée dans le monde réel, le palpable. Du coup, ces deux disciplines vivaient sur des planètes totalement différentes.
Intervenant 1
Et c'est exactement là qu'intervient notre décryptage d'aujourd'hui, basé sur un article du magazine Tangente qui est absolument captivant. Ça s'intitule « L'émergence de la géométrie cartésienne ». Un
Intervenant 2
texte
Intervenant 1
fondamental, oui. La mission pour notre analyse du jour, c'est de comprendre comment René Descartes a littéralement provoqué le plus grand crossover de l'histoire des sciences. Comment il a pris ces deux mondes qui s'ignoraient royalement et les a forcés à fusionner d'une manière totalement inédite.
Intervenant 2
C'est vraiment l'instant charnière, le moment précis où les mathématiques basculent définitivement dans la modernité en fait. Et pour comprendre l'ampleur de ce séisme, l'article nous invite à un véritable voyage dans le temps.
Intervenant 1
Et quel voyage ?
Intervenant 2
Ah bah oui, on va devoir parler des crues bouées du Nil, de ce prêt jalousement gardé par les savants grecs, d'un monstre géométrique à mille côtés qui défie littéralement notre cerveau.
Intervenant 1
Rien que ça.
Intervenant 2
Et surtout, bien sûr, d'un holdup intellectuel monumental qui a été publié en 1637 dans ce texte fondateur qui s'appelle La Géométrie.
Intervenant 1
Alors justement, ce qui m'a complètement bluffé dès les premières pages de cette exploration, c'est que la géométrie ne vient pas d'un joli tableau noir immaculé dans une université prestigieuse.
Intervenant 2
Ah non, pas du tout.
Intervenant 1
En lisant l'historien Hérodote, qui est cité dans le texte, on découvre qu'elle est qualifiée de don d'une île. Ça commence littéralement dans la boue de l'Égypte antique.
Intervenant 2
Et c'est un contexte fondateur qui est indispensable à garder en tête. Après chaque crue dévastatrice du Nil, l'eau effaçait complètement les frontières des parcelles agricoles, il n'y avait plus de repères.
Intervenant 1
C'était une page blanche à chaque fois.
Intervenant 2
C'est ça. Du coup, il fallait ré-arpenter les terrains en permanence, redessiner les limites physiques, mesurer la terre.
Intervenant 1
Ah, d'où le mot géométrie, la mesure de la terre.
Intervenant 2
Exactement. C'était pas de la théorie, c'était un besoin purement vital, administratif et fiscal. Bah, pour collecter les impôts, tout bêtement. Les arpenteurs devaient replanter des piquets dans la boue et calculer des aires de manière très empirique.
Intervenant 1
Et l'évolution de cette discipline qu'on lit dans nos sources, ça donne le vertige. On part de piquets dans la boue chez les Égyptiens, on passe aux Grecs qui en font un système déductif majestueux avec des axiomes, des théorèmes prouvés.
Intervenant 2
Avec une rigueur incroyable pour l'époque, ouais.
Intervenant 1
Ensuite, on apprend que les mathématiciens arabes y injectent toute la puissance de la trigonométrie, avec des constructions hyper complexes. Et puis, il y a les artistes de la Renaissance qui inventent la géométrie de la perspective.
Intervenant 2
Une très belle chronologie en effet.
Intervenant 1
Ouais, mais au milieu de cette frise historique très lisse, l'article lâche une véritable bombe. Une révélation qui m'a fait bondir de ma chaise, je vous avoue.
Intervenant 2
Ah oui ! Laquelle en particulier ? L'histoire des sciences regorge tellement de surprises en fait.
Intervenant 1
Celle sur l'invention des fameuses coordonnées. On a tous appris à l'école le repère cartésien avec son axe des abscisses horizontales, son axe des ordonnées verticales. Automatiquement, on se dit, bah, cartésien égale Descartes.
Intervenant 2
C'est logique de penser ça, oui.
Intervenant 1
Mais l'article révèle qu'au IIIe siècle avant notre ère, donc dans l'Antiquité, Apollonius de Perge étudiait déjà les ellipses en repérant des points grâce à deux distances croisées.
Intervenant 2
Ah, Apollonius, un précurseur génial,
Intervenant 1
oui. Et ce n'est même pas le seul, Enor. On cite mon certain Nicole Oresme, au XIVe siècle, qui invente une longitude et une latitude pour représenter des phénomènes physiques. Et il donne même l'équation d'une droite.
Intervenant 2
Oui, tout à fait.
Intervenant 1
J'ai eu l'impression qu'on m'avait menti toute ma vie. Si tous ces outils existaient des siècles avant, pourquoi est-ce qu'on attribue absolument toute la gloire à Descartes ?
Intervenant 2
C'est le grand paradoxe de l'histoire de découverte, en fait. La réalité scientifique, c'est presque toujours une longue chaîne de transmission, rarement l'éclair de génie d'un seul homme, isolé dans sa chambre.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Apollonius utilisait effectivement des segments de droite menés de manière ordonnée pour caractériser les coniques. L'idée de repérer un point sur une courbe par deux longueurs, c'était là, en filigrane.
Intervenant 1
Donc le concept existait bien.
Intervenant 2
Oui, et Nicole Oresme dessinait des graphiques. Et même plus tard, au XVIe siècle, Marino Ggetaldi manipulait déjà un peu l'algèbre pour résoudre certains problèmes géométriques d'Apollonius.
Intervenant 1
Mais alors, attendez, si je comprends bien, c'est un peu comme si Apollonius et Oresme avaient inventé les différentes lettres de l'alphabet, mais que personne n'avait encore eu l'idée de créer une grammaire complète pour écrire des phrases avec.
Intervenant 2
Ah, l'analogie est très juste. Les pièces du puzzle étaient effectivement dispersées sur la table de l'histoire. Ces précurseurs avaient des intuitions géniales, ça on ne peut pas leur enlever, mais elles restaient des astuces circonscrites à des problèmes super spécifiques.
Intervenant 1
Ils bricolaient dans leurs coins en gros.
Intervenant 2
Voilà, Apollonius repérait des points, mais son but ultime restait la contemplation d'une figure purement géométrique. Descartes, lui, il a construit le moteur universel. Il a pris tous ses fragments et en a fait une méthode absolue, systématique.
Intervenant 1
C'est-à-dire qu'ils voyaient plus grand.
Intervenant 2
Beaucoup plus grand. Ils ne cherchaient pas à résoudre un petit problème d'ellipses isolées. Ils cherchaient à créer une machine capable de traduire, écoutez bien, n'importe quel problème de l'espace en une simple ligne de calcul algébrique. Et c'est ça la vraie naissance de la géométrie analytique.
Intervenant 1
Ce terme de géométrie analytique, d'ailleurs, ça m'intrigue énormément. Ça sonne très froid, très moderne. Mais l'article explique qu'il y a là-dessous une véritable querelle philosophique avec les Grecs de l'Antiquité. Pourquoi utiliser ce mot spécifique d'analyse ?
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