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8 juin 2026 · 17 min

Newton : pourquoi l’espace absolu mène-t-il au divin ?

Dans cet épisode, suivez le passage de la géométrie au maqom et découvrez comment Newton relie les lois du mouvement à la présence divine.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis absolument ravie de lancer cette nouvelle discussion aujourd'hui, parce qu'on a une exploration intellectuelle complètement hors du commun au programme.

  2. Intervenant 2

    Salut, eh ouais. Je suis prêt pour cette plongée, ça va être passionnant, je pense qu'on va casser pas mal d'idées reçues.

  3. Intervenant 1

    Ah mais totalement. En fait, pour planter le décor de cette analyse, il faut qu'on remonte le temps. On part au 15 avril 1726.

  4. Intervenant 2

    Une date plutôt précise du coup.

  5. Intervenant 1

    Très précise. Et le décor est super paisible. On a un homme qui boit tranquillement son thé à l'ombre de pommiers en fleurs avec son grand ami, le médecin William Stucley.

  6. Intervenant 2

    La fameuse scène.

  7. Intervenant 1

    Voilà. Et au détour de la conversation, cet homme lui confie que l'idée de la gravitation universelle lui est venue exactement comme ça, des années plus tôt, assis, plongé dans une contemplation silencieuse du monde. Et cet homme, c'est Isaac Newton.

  8. Intervenant 2

    C'est marrant parce que cette anecdote de la pomme, rapportée dans les mémoires de Stucley, c'est vraiment devenu la légende fondatrice de la science moderne.

  9. Intervenant 1

    C'est clair. D'ailleurs, il y a même un surgent de ce pommier planté sous les fenêtres du Trinity College à Cambridge. Mais quand on pense à Newton, on imagine tout de suite le génie hyperrationnel, le père de la physique moderne, le cerveau qui a mis le cosmos en équation et chassé les superstitions.

  10. Intervenant 2

    Le parangon de la méthode scientifique.

  11. Intervenant 1

    C'est ça. Sauf que les sources incroyables qu'on a sous les yeux aujourd'hui, allant d'un article de fond intitulé « L'espace et le divin selon Newton », jusqu'aux mémoires de Stucley, sans oublier les propres écrits originaux de Newton comme l'Optique ou les Principia, ces sources nous révèlent un secret fascinant.

  12. Intervenant 2

    Un paradoxe total même.

  13. Intervenant 1

    Il faut qu'on décortique ça. La physique newtonienne, ce summum absolu de la géométrie, prend en réalité ses racines directes dans la mystique et la théologie.

  14. Intervenant 2

    Et c'est une révélation qui oblige à en repenser complètement l'histoire des sciences. Parce que l'histoire de la pomme, tout le monde la connaît, mais elle masque son véritable coup de génie.

  15. Intervenant 1

    Comment ça ?

  16. Intervenant 2

    La question scientifique la plus dure à laquelle Newton faisait face, c'était pas tellement de savoir pourquoi la pomme tombe, ni même comment. Le vrai défi, c'était de définir dans quel cadre elle tombe.

  17. Intervenant 1

    Le cadre, c'est-à-dire l'espace lui-même.

  18. Intervenant 2

    Exactement. Pour calculer une trajectoire, il te faut un endroit où ce mouvement se déploie. Et Newton s'attaque à ça, à la nature même de l'espace.

  19. Intervenant 1

    Et ça semble être une évidence pour nous. On imagine tous spontanément l'espace comme une immense boîte vide dans laquelle on a posé l'univers, les étoiles, les planètes. Un grand contenant mathématique.

  20. Intervenant 2

    Sauf que ce concept de boîte vide n'avait absolument rien d'évident à l'époque.

  21. Intervenant 1

    Ah

  22. Intervenant 2

    non. Non, avant la période moderne, l'espace en tant que concept géométrique autonome, ça n'existait tout simplement pas dans la pensée humaine.

  23. Intervenant 1

    Attends, vraiment ?

  24. Intervenant 2

    Il faut se replonger dans l'Antiquité pour comprendre ça.

  25. Intervenant 1

    L'héritage antique est crucial ici. Chez Pythagore, par exemple, le divin, c'est l'harmonie, la fameuse musique des sphères. C'est une question de proportion, de nombre, pas de contenant vide. Et si on prend Euclide ? Parce que sa géométrie, c'est quand même la base de tout.

  26. Intervenant 2

    Et bien, même chez Euclide, vers 300 avant notre ère, la logique est surprenante. Il étudie les formes, les points, les surfaces pour elle-même. Les propriétés géométriques sont internes aux figures.

  27. Intervenant 1

    Donc il n'y a pas besoin d'une sorte de trame de fond invisible pour dessiner un triangle.

  28. Intervenant 2

    Pas du tout. L'arrière-plan abstrait n'est pas requis.

  29. Intervenant 1

    C'est fou ça. En fait, si je repense à la physique d'Aristote ou de Platon, il y a une analogie qui marche bien pour vulgariser ça.

  30. Intervenant 2

    Ah, vas-y.

  31. Intervenant 1

    Chez Platon, on parle de la chaura, un réceptacle informe qui n'a rien de mathématique. Et chez Aristote, le mouvement est défini par le topos, le lieu, mais c'est défini par les corps adjacents.

  32. Intervenant 2

    Oui, l'enveloppe immédiate d'un

  33. Intervenant 1

    objet. Du coup, c'est un peu comme une partie d'échec, mais imagine une partie où le plateau, l'échiquier lui-même, n'existerait pas du tout à l'avance.

  34. Intervenant 2

    Ah, j'aime beaucoup l'image !

  35. Intervenant 1

    La position de ton cavalier n'aurait de sens que par son contact physique direct avec les autres pièces autour de lui. Si tu retires les pièces, il ne reste pas de cases vides en dessous. Il n'y a purement et simplement rien.

  36. Intervenant 2

    C'est exactement ça. L'espace n'est qu'un réseau de relations de voisinage. Et ce qui est fascinant ici, c'est que cette analogie de l'échiquier absent, elle illustre parfaitement la rationalité de l'époque.

  37. Intervenant 1

    C'était pas une erreur de leur part, c'était cohérent.

  38. Intervenant 2

    Totalement cohérent. Leur univers était divisé en deux mondes physiques distincts. Le monde terrestre, en bas, obéissait à des mouvements rectilignes, imparfaits. Les objets cherchaient juste à rejoindre leur lieu naturel.

  39. Intervenant 1

    Et le ciel alors ?

  40. Intervenant 2

    Le monde céleste, lui, obéissait à des mouvements circulaires parfaits et éternels. Du coup, vu que les lois de la nature changeaient dès qu'on franchissait la sphère de la Lune, il n'y avait aucune nécessité mathématique de postuler un espace unique et homogène pour tout englober.

  41. Intervenant 1

    D'accord, je vois.

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