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17 oct. 2023 · 13 min

Des ruches aux polyèdres en losanges : quatre siècles

Cet épisode part des alvéoles observées par Kepler, puis suit les découvertes qui ont peu à peu enrichi la famille des solides en losanges.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente, un accueil vraiment chaleureux et hyper enthousiaste à toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde. Très content d'être là pour décortiquer ce sujet avec

  3. Intervenant 1

    toi. Surtout qu'aujourd'hui, on va commencer par une petite expérience de pensée, une sorte d'énigme visuelle. Imaginons une seconde qu'on donne une contrainte absolue, mais vraiment stricte, à un

  4. Intervenant 2

    architecte. Quel genre de contrainte ?

  5. Intervenant 1

    Il doit concevoir un espace fermé parfait, un volume en trois dimensions, mais attention, sans avoir le droit d'utiliser le moindre carré ni le moindre triangle.

  6. Intervenant 2

    Ah ouais, ça enlève pas mal de possibilités de base.

  7. Intervenant 1

    C'est clair. En fait, la règle lui impose une seule et unique brique de construction, le losange.

  8. Intervenant 2

    Juste des losanges. Voilà, ce polygone qu'on connaît tous, quatre côtés de la même longueur, mais sans angle droit. Et la vraie question de notre exploration aujourd'hui, c'est est-ce que c'est seulement possible, mathématiquement parlant, de bâtir un monde en 3D entier, juste avec cette forme-là ?

  9. Intervenant 1

    Ça pourrait ressembler à un simple défi pour créateur de casse-tête en bois. Mais en réalité, ça cache l'une des trajectoires les plus fascinantes de l'histoire des sciences.

  10. Intervenant 2

    Vraiment ? À ce point-là ?

  11. Intervenant 1

    Oh que oui ! Chercher à fermer un volume dans l'espace en n'utilisant que des losanges réguliers, ça a mobilisé des esprits extrêmement brillants pendant plus de quatre siècles. C'est une quête géométrique pleine de rebondissements.

  12. Intervenant 2

    Et de ce que j'ai vu dans nos sources, il y a eu des intuitions géniales, mais aussi pas mal d'oublis et de gros préjugés.

  13. Intervenant 1

    Exactement, des préjugés esthétiques profonds même. Et c'est génial parce que l'étude de ces solides, ce que les mathématiciens appellent les polyèdres rhombiques, ça illustre parfaitement comment la pensée scientifique avance, trébuche et finit par s'élargir.

  14. Intervenant 2

    Et le truc fou, c'est que le point de départ de tout ça, ce n'est pas du tout sur le tableau noir d'un théoricien isolé dans son bureau. Ça vient d'une observation super minutieuse de la nature.

  15. Intervenant 1

    Ouais, il faut remonter au XVIIe siècle avec Johannes Klepler, l'astronaute.

  16. Intervenant 2

    C'est ça. En 1611, le gars se promène en hiver et décide de regarder de près un flocon de neige qui vient de tomber sur son manteau.

  17. Intervenant 1

    Et

  18. Intervenant 2

    là,

  19. Intervenant 1

    il bloque sur un

  20. Intervenant 2

    détail. Exactement. Il bloque sur la symétrie hexagonale systématique. Il se demande pourquoi l'eau cristallisée fait toujours invariablement six branches. Et ça le pousse à chercher d'autres symétries dans la nature.

  21. Intervenant 1

    Et c'est là que son approche naturaliste devient hyper importante pour notre histoire de losanges. En cherchant des principes d'organisation, il observe les ruches d'abeilles.

  22. Intervenant 2

    Ah, les fameuses alvéoles hexagonales.

  23. Intervenant 1

    Voilà. C'est la forme parfaite pour stocker un maximum de moelle avec un minimum de cire. Mais Kepler, lui, il s'arrête pas à l'ouverture de l'alvéole. Il regarde tout au fond de la cellule.

  24. Intervenant 2

    Ouais, la cloison qui sépare les deux rangées d'alvéoles dos à dos. Et là, surprise !

  25. Intervenant 1

    Exact. Le fond n'est pas plat du tout. Il est formé de trois losanges strictement identiques, soudées ensemble, qui font une petite cuvette.

  26. Intervenant 2

    C'est brillant quand on y pense. J'aime bien comparer la nature à une sorte d'architecte d'intérieur qui optimise le moindre millimètre carré.

  27. Intervenant 1

    C'est tout à fait ça.

  28. Intervenant 2

    Si on colle deux couches d'alvéoles, ces fonds en losanges s'emboîtent sans laisser d'espace vide. Mais du coup, comment cette observation pousse Kepler à créer de nouvelles formes en 3D ?

  29. Intervenant 1

    Il se dit que si on peut assembler trois losanges pour faire un fond, on devrait pouvoir continuer à en rajouter pour fermer un volume complet. Il cherchait des solides analogues aux solides de Platon ou d'Archimède, mais fait uniquement de losanges.

  30. Intervenant 2

    Ce qu'on appelle les polyèdres rhombiques.

  31. Intervenant 1

    C'est ça. Et pour que ça ressemble aux solides de Platon, il fallait que toutes les faces soient identiques, des monoèdres en langage géométrique.

  32. Intervenant 2

    D'accord.

  33. Intervenant 1

    Donc Kepler se met au travail et il trouve deux figures majeures. D'abord le dodecaèdre rhombique.

  34. Intervenant 2

    Douze faces, donc ?

  35. Intervenant 1

    Douze losanges, oui.

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